Alphonse Soro, député ivoirien : « Que les acquis de cette insurrection soient préservés »

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L`honorable Alphonse SORO fait partie des plus jeunes députés de la Côte d`Ivoire. Né le 1er août 1977 à Lakpolo, village senoufo, situé dans la banlieue de Korhogo, Alphonse Tiorna SORO est titulaire d’un master of art en management et marketing. Chef d’entreprise, il s’est surtout distingué pour son engagement dans la lutte syndicale puis politique. Burkina24 l’a rencontré. Il partage avec nous son parcours et sa vision pour la jeunesse africaine. Par ailleurs, il s’adresse « avec la plus grande humilité » au peuple burkinabé qu’il estime énormément et auquel il dit être très attaché.

Burkina24 (B24): M. SORO Alphonse, vous êtes l’un des plus jeunes députés de la Côte d’Ivoire. Nous savons également que vous avez un parcours syndical et politique des plus remplis. Est-ce que vous pouvez revenir un temps soit peu sur les motivations qui vous ont emmenées sur le terrain syndical et politique ?

Honorable Alphonse SORO (Hon. A.S): Je souhaite d’entrée de jeu, vous remercier pour l’opportunité que vous me donnez de m’exprimer sur votre auguste organe de presse en ligne et saluer votre organe pour le travail qu’il fait et pour la parole que vous donner pour recueillir les différentes opinions.

Je vais me permettre de scinder votre question en deux parties d’autant plus que les motivations pour être syndicaliste diffèrent de celles qui m’ont emmenées en politique.

Pour commencer par le syndicalisme, il faudrait se référer à ce qu’on a appelé en Côte d’Ivoire, la génération de 1990. Cette génération prend en compte tout ceux qui à partir des années 1990 étaient dans les lycées et collèges ou à l’université. 1990 est une date historique et marque en Côte d’Ivoire, le début du multipartisme qui a occasionné un foisonnement de syndicats et de parties politiques, la parole ayant été libérée.

Cette période correspond également à celle d’une crise économique dans notre pays, laquelle crise est survenue après les années 70 et 80 où on a connu le miracle économique ivoirien.

Bien entendu, cette crise économique a occasionné des difficultés de tout genre sur l’ensemble du fonctionnement des institutions et des secteurs de la république dont le système éducatif en général. A ce niveau, les conditions d’études des étudiants étaient devenues des plus difficiles. Permettez-moi de citer entre autres, le non-paiement des bourses et la caducité des infrastructures d’accueil, salles de cours et cités universitaires, les problèmes liés au transport et tout cela du fait des difficultés liées à la gestion de la masse.

Nous avons, par conséquent, été emmenés à nous engager avec d’autres camarades pour revendiquer de meilleures conditions d’études pour les élèves et les étudiants. A vrai dire, les conditions d’études étaient telles que nous n’avions pas le choix que de nous engager. Ce n’était donc pas de manière délibérée ou fantaisiste que nous sommes arrivés à devenir syndicalistes.

Toutes ces situations ont incité les étudiants à s’organiser, à se regrouper, en clair à s’engager au plan syndical afin de porter auprès des autorités compétentes leurs revendications. Mon combat au sein de la Fédération Estudiantine et Scolaire de Côte d’Ivoire, la FESCI  a duré une décennie. J’y ai mis fin en 1999, un an après ‘’le congrès des machettes’’ qui a désigné Blé Goudé Charles comme Secrétaire Général de cette organisation.

Le syndicalisme a certainement été un tremplin, je l’avoue, mais pour avoir été initié à la revendication et porter les aspirations d’autres personnes, de là à faire la politique, il a qu’un pas.

De 1997 à 1998, la politique en Côte d’Ivoire a été portée par la politique de l’’’ivoirité’’ qui était en train de conduire le pays au chaos.

L’on se souvient des crises foncières à Tabou, toujours entre 97 et 98, ajoutons à cela, les difficultés pour certaines personnes à s’affirmer nationales.

Moi qui me suis depuis toujours engagé pour porter les revendications et les aspirations des autres, je me suis vu, naturellement, interpelé donc invité sur le terrain politique pour plus de démocratie, plus de liberté et de justice.

Qui plus est, moi ressortissant du nord de la Côte d’Ivoire, j’estimais que les populations du Nord étaient l’objet d’humiliation et d’exclusion.  J’ai donc mis fin à mon combat syndical pour entamer un activisme politique à travers des associations de jeunesses telles que le Forum des Jeunes qu’avait par la suite dirigé, l’actuelle Président de l’Assemblée Nationale ivoirienne Guillaume SORO. En 1999, au lendemain du coup d’Etat, c’est au sein de cette organisation que nous allons demander des élections inclusives.

Nos revendications et manifestations s’étant heurtées à des répressions sanglantes du pouvoir de Laurent GBAGBO, l’on a délibérément fait le lit d’une rébellion, en 2012, dont nous avons été de ceux qui ont été les responsables civiles et politiques.

Aujourd’hui, nous nous réjouissons d’avoir été les artisans de cette élection à l’origine du changement qui est en train d’apporter le développement à la Côte d’Ivoire.

B24: Quelle est le rêve que vous nourrissez pour la jeunesse ivoirienne en particulier et africaine en général ?

Hon. A.S : Je ne sais pas si je peux me considérer comme un modèle pour la jeunesse, mais le moindre que je puisse dire c’est que je me considère comme une personne dont la vie a été marquée par les crises incessantes qu’à connu notre pays, la Côte d’Ivoire. Devant ces crises, je n’ai pas eu d’autres choix que de m’engager pour qu’on obtienne un changement.

Jeunes que nous sommes, nous devons avoir des convictions en lieu et place de suivisme moutonnier. Un jeune ne doit s’engager dans quoique ce soit s’il n’y a pas un idéal à rechercher. En ce qui nous concerne, lorsque nous avons lancé ce combat, nous aspirions à une situation de stabilité et de paix durable pour la création d’emploi pour les jeunes, la création d’infrastructure de développement pour le pays et pour de meilleures vies des citoyens.

La problématique de l’emploi-jeune est sur toutes les lèvres sur le continent africain. Toutefois, l’on ne peut pas régler ce problème de façon efficace sans faire face aux préliminaires parce que tant qu’il aura l’instabilité, il n’y aura pas de place pour parler de développement.

Les jeunes doivent se retrouver autours des aspirations qui concernent les jeunes, notamment la formation de qualité et l’excellence, l’objectif étant de devenir des gagneurs moins politiques mais plus technocrates.

En ce qui me concerne, au delà de la politique, j’ai occupé des fonctions techniques et administratives telles que la direction du comité de suivi du coton et de l’anacarde, puis le secrétariat technique du comité interministériel de relance et de développement du coton, de l’anacarde et du  karité. J’ai été par ailleurs, consultant national d’aide au programme UEMOA de restructuration et de mise à niveau des entreprises avant de me faire élire député à l’Assemblée Nationale ivoirienne. Parallèlement à toutes ces taches, je suis chef d’entreprise et c’est ce qui m’appartient.

B24: A la fin de notre entretien, un mot à l’endroit du peuple burkinabè en cette période de transition et qui s’apprête à élire un nouveau Président de la république.

Hon. A.S : Nous suivons avec la plus grande des attentions, l’actualité au Burkina Faso. Nous ne cessons de formuler de nombreuses prières en faveur de ce peuple qui s’est montré très hospitalier à notre égard.

Pour nous, la crise ivoirienne doit être un cas d’école pour tous nos pays voisins de sorte à ce que les erreurs commises chez nous ne se répètent pas au Burkina Faso. Sans vouloir m’ériger en donneur de leçons, notre souhait est que les acteurs de la vie politique burkinabè s’inspirent de l’expérience ivoirienne en y prenant ce qui a été bon, tout en mettant de côté le moins bon.

Pour être plus clair dans mon propos, j’invite humblement la classe politique burkinabè à expérimenter une élection inclusive comme ce fut le cas en Côte d’Ivoire en 2010. Je me souviens, encore que nous avions eu des débats très ouverts et des élections au cours desquelles les ivoiriens ont désigné celui dont le programme de société est censé mieux répondre à leurs aspirations, le Président Alassane OUATTARA dont nous sommes très fiers.

Nous souhaitons que le calme revienne très rapidement au Burkina Faso et surtout qu’il ne connaisse pas une crise postélectorale car les autorités ivoiriennes sont impatients de mettre en œuvre le Traité d’Amitié et de Coopération de nos deux peuples frères.

En effet, le peuple burkinabè s’est montré très déterminé et très déterminant dans sa quête de démocratie et d’alternance politique. Et je le salue encore. A la jeunesse burkinabè en particulier, que les acquis de cette insurrection soient préservés et les aspirations soient réalisées.

Je finis en félicitant le peuple Burkinabè pour son intégrité et pour son engagement pour l’avènement d’une démocratie véritable dans ce pays.

Entretien réalisé par Kouamé L.-Ph. Arnaud KOUAKOU

Correspondant de Burkina24 en Côte d’Ivoire



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