Situation nationale : Des Burkinabè d’Allemagne donnent de la voix

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Dans cette déclaration, des Burkinabè vivant en Allemagne donnent leur lecture de la situation nationale.

Avant tout propos, nous aimerions saluer la manière dont le Chef de l´État a su gérer la toute dernière crise née des divergences au sein de l´armée. La mise en place du «Cadre de Concertation de Sages» et ses attributions par décret, permettront de rapprocher des positions souvent très éloignées les unes des autres.

Nous souhaitons vivement que les travaux de ce Cadre de Concertation de Sages puissent apaiser la situation nationale de façon durable et que les différents protagonistes parviennent toujours à un consensus qui place l´intérêt supérieur de la nation au-dessus des intérêts individuels.

– Nous avons suivi avec inquiétude les différentes crises (du reste) répétitives qui menaçaient sérieusement la paix sociale, mais aussi l´aboutissement de la transition dans notre chère patrie, le BURKINA FASO.

– Nous avons aussi écouté avec intérêt la dernière intervention du Président du Faso SEM Michel Kafando avant le léger remaniement ministériel.

Alors, nous venons par cet écrit apporter notre contribution aux initiatives pouvant ramener la paix sociale et la stabilité au “Burkina post insurrectionnel”. Nous avons choisi d´aborder l´actualité nationale sous cinq points, lesquels concentrent en eux-mêmes l´essentiel des raisons ou des causes de l´impasse dans laquelle notre pays se trouve.

                1-L´Armée et plus particulièrement le Régiment de Sécurité Présidentielle (RSP).

                2- Les Partis Politiques

                3- Les Organisations de la Société Civile

                4- Le nouveau code électoral et la décision de la Cour de Justice de la CEDEAO

                5- La mise en accusation de l´ancien Président Blaise Compaoré et de son dernier        gouvernement.

1- De notre Armée Nationale et plus particulièrement du Régiment de Sécurité Présidentielle (RSP)

Nous pensons que l´Armée a un rôle bien défini dans la vie de toute nation, dans la vie de tout état de droit. En tant que garante de l´intégrité territoriale, elle peut aussi contribuer à la stabilité et à la paix sociale. Combien plus encore pour notre chère patrie, qui d´une part vient de vivre une insurrection populaire (avec des institutions qui sont mises en suspens) et qui d´autre part, entend organiser sereinement dans la transparence les prochaines consultations électorales. Alors comment ne pas nous demander si le moment choisi par “certains officiers corrompus de notre Armée” pour poser ces exigences maximalistes intolérables n´est pas suspect?

La visite des stations de radios par des soldats avec des armements de l´état pour menacer des hommes et des femmes de la presse qui ne demandent qu´à exercer librement leur profession, nous rappelle malheureusement des pratiques d´un autre âge que nous condamnons ici avec fermeté.

Nous avons connu une autre armée. Celle qui sous la révolution apportait de l´eau aux habitants démunis dans les quartiers de la périphérie de Ouagadougou. Oui, celle qui sous la révolution construisait des routes et des écoles, participait au reboisement et à la lutte contre la désertification.

Celle qui sous la révolution participait aux vaccinations “commando”. Celle qui enfin vivait au sein du peuple, et luttait avec le peuple et pour le peuple… pour le bonheur de tous les Burkinabè! En lieu et place de cette armée, nous avons maintenant des “officiers affairistes” et “milliardaires”, qui se soucient très peu de la paix intérieure de notre chère patrie! Cela est inacceptable.

Sans pour autant vouloir prétendre que tous les éléments du RSP sans exception, constituent un danger pour la stabilité de nos institutions et pour la paix sociale, nous pensons que l´existence de ces deux dernières dépendra désormais de la redéfinition du rôle même du RSP et surtout de sa délocalisation. Dans un état de droit, le palais présidentiel en tant qu´institution de la République ne saurait abriter en son sein une caserne militaire, qui en réalité est plutôt semblable à une milice de “véritables prédateurs” sans foi ni loi.

Si la dissolution du RSP est et demeure non négociable, la question de la procédure “de sa dissolution” sera toujours posée. Pourtant, nul besoin d´être un juriste pour répondre! Puisque le RSP a été institué par décret, le parallélisme des formes permettra de le dissoudre également de la même manière, c’est-à-dire dire par décret! La sécurité du Président de la République devrait alors échoir aux éléments de la police et de la gendarmerie.

Sans vouloir remettre systématiquement en cause les décisions du “Cadre de Concertation de Sages“, qui suggèrent de laisser le soin au prochain pouvoir issu des élections de trouver une solution définitive au cas du RSP, nous regrettons tout de même les insuffisances de cette décision.

En réalité le RSP effraie et fait peur! Crevons dans ce cas l´abcès pour éviter que le Président du Faso prenne des décisions le fusil sur la tempe!

Le président du Faso et le Conseil National de la Transition tirant leurs légitimités dans la charte de la Transition, et demeurant dans “l´esprit du peuple insurgé” auraient pu prendre une décision plus courageuse. Comme par exemple la réorientation des missions du RSP, ou tout simplement sa délocalisation du palais présidentiel. Nous les invitons donc à achever dignement la révolution, en prenant en compte les souhaits du peuple Burkinabè.

– Et si tous ces remous au sein du RSP, trouvaient leurs origines dans les dossiers de crimes économiques et de sang que l´on reproche (à tort ou à raison)…à quelques officiers du RSP!?

– Il est clair que ce n´est pas tout le RSP qui entrave la bonne marche de la transition, mais quelques “manipulés” au service d´intérêts inavoués (!?)

– Nos autorités doivent avoir donc le courage d´affronter la réalité maintenant. Si ce problème n´est pas résolu dès aujourd’hui, demain nous l´aurons encore et toujours, mais aussi avec d´autres ramifications inconnues qui pourraient se révéler encore plus dangereuses!

– De toute façon la question suivante restera posée: quels sont ceux qui tirent réellement les ficelles et est leur agenda caché?

2- Des Partis Politiques

Face à la crise que nous venons de traverser, le manque de cohésion des partis politiques nous a particulièrement affligés. Avec regret, nous avons fait le constat que la plupart des partis politiques, surtout ceux de l´ex-opposition ont préféré favoriser leur “précampagne” dans des cérémonies d´investiture ou dans des déclarations et des thèses désobligeantes, au lieu de réagir fermement face à la situation de crise née des mésententes entre le RSP et le premier ministre.

Le silence de ces partis politiques en a dit long sur l´état d´esprit réel de ces hommes politiques. Seul le pouvoir les intéresse. Ils sont tellement pressés d´y arriver qu´ils viennent même à vouloir brûler les étapes.

Seuls quelques rares partis ont eu le courage de réagir vigoureusement en condamnant sans ambigüité les agissements du RSP et en exigeant pour la nième fois sa dissolution pure et simple.

Nous pensons que si toute l´opposition avait été ferme et avait parlé d´une seule voix, et dès les premiers jours de la crise, l´issue aurait peut-être été autrement. Certes, le maintien du premier ministre est une petite victoire, mais il vient d´être dépouillé du ministère de la défense. Le colonel Auguste Denise Barry qui semblait être l´un des membres les plus actifs du gouvernement vient d´être remercié. Ici encore une question s´impose: Qu´est ce qui se cache en réalité derrière ce léger remaniement?

De notre point de vue, les élections à venir y sont pour quelque chose, et nous pensons que l´ancien pouvoir ne se laissera pas facilement oublier. Ses cellules dormantes dans l´armée feront tout pour remettre en scelle ceux que les Burkinabè ont chassés en octobre dernier.

3- Des Organisations de la société civile

– En tant que structures autosuffisantes et autonomes de l´état, elles sont à l´avant garde de la lutte du peuple Burkinabè.

– En tant que corps social pouvant orienter les masses et contrôler l´action de la classe politique, nous devons davantage nous mobiliser et les soutenir.

– Leur attitude tout au long de la crise vient nous rappeler si besoin en était encore qu´elle est une force qui compte et qui comptera désormais au Burkina Faso.

Cependant certaines insuffisances rendent souvent ces Organisations de la Société Civile moins crédibles.

– D´abord leurs divisons internes. On a l´impression qu´il y a plusieurs groupes qui se combattent: tantôt on parle du “collectif de la société civile”, qui lui prône le contraire de ce que dit ou fait l´autre groupe.

– Ensuite, il y a la prolifération des rumeurs qui attribuent tantôt la distribution de “billets de banque” tantôt de menaces verbales, afin de pouvoir mobiliser tel ou tel autre groupe. Nous devons inviter les leaders des Organisations de la Société Civile à mettre fin à cette pagaille, qui fort bien ressemble à ce que la FEDAP/BC faisait.

4- Du nouveau cote électoral et de la décision de la Cour de Justice de la CEDEAO

À la lecture de la décision de la Cour de justice de la CEDEAO, nous pouvons être tentés de croire que la CEDEAO a pris fait et cause pour l´ancien pouvoir. Cependant nous estimons aussi que cette décision est une bonne chose pour notre pays et pour la démocratie car la formulation des textes pouvait effectivement être une source sérieuse de contestations des élections à venir.

Contestations qui auraient pu aussi nous plonger inutilement dans un bourbier. Il appartiendra à la justice de fournir des éléments qui pourraient empêcher ceux à qui elle reproche des choses d´être candidats aux prochaines élections.

Nous profitons donc de cette opportunité pour inviter les autorités de la transition à apprécier conformément à la charte de Transition, la décision de la cour de Justice de la CEDEAO (comme l´a d´ailleurs promis le Président de la Transition SEM Michel Kafando dans son dernier message à la Nation).

Pour le reste, nous faisons seulement confiance aux urnes et à la maturité des électeurs aux cas où des “candidats notoirement malfrats” seraient retenus.

Nous tenons particulièrement à regretter que la CEDEAO ait été “aphone” quand le président Blaise Compaoré décidait unilatéralement de modifier la constitution en refusant d´écouter les cris de détresse de ses compatriotes. Dans ces conditions la CEDEAO s´apparente plus à un “syndicat des chefs d´états” qu´à un instrument au service du bien-être des populations. Cette posture est inadmissible.

5- De la mise en accusation de l´ancien Président Blaise Compaoré et de son dernier gouvernement

Le “timing” de la mise en accusation de l´ancien président et de son dernier gouvernement soulève un certain nombre de questions. Nous aurions souhaité que cette mise en accusation fût effective aux premiers mois de la transition. (il ne se reste que pour éviter toute forme d´amalgame avec la décision actuelle de la CEDEAO). Pour les événements des 30 et 31 octobre 2014, nous pensons que justice doit être rendue.

Ainsi, il nous paraît juste que tous les ministres ayant participé au conseil de ministre extraordinaire (lequel avait décidé d´introduire le projet de loi portant modification de l´article 37 largement contesté) puissent s´expliquer sur le rôle qu´ils ont joué.

Quant aux mises en accusations pour détournements de deniers publics, là encore nous regrettons le caractère sélectif de ces mises en accusation. Ces mises en accusation ne devraient pas seulement concerner les membres du dernier gouvernement. Certains ministres accusés ont dû hériter des problèmes que d´autres ont créés et entretenus pendant des années.

Les responsabilités vont donc au delà de l´action du dernier gouvernement. Le fait d´avoir tourné la veste la veille de déclin de l´ancien régime ne devrait pas aussi être un laissez-passer ou constituer un blanchissement de tout soupçon. Afin de balayer toute forme de complaisance dans ces dossiers judiciaires, nous recommandons vivement que le CNT considère tous les aspects cités ci-dessus.

Nous invitons le CNT à exploiter tous les rapports d´audit surtout de l´ASCE et du REN-LAC etc. pour instruire les dossiers de tous ceux qui y figurent. La justice pourra ainsi être rendue, et ne souffrira d´aucun manquement.

Vive le Burkina Faso,

La patrie ou la mort, nous vaincrons!

Ont Signé:

Bara Boubacar,

Dipama Hamado,

Souly N. Stéphane,

Tarnagda Roger,

Tiendrebeogo Passam,

Yanna Jean-Eric.


NDLR : Le titre est de la Rédaction b24




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