Transition au Burkina : L’analyse de Labidi Naba

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Ceci est une analyse de Labidi Naba de la transition à quelques mois de sa fin. Il profite lancer un appel aux organisations de la société civile qu’il accuse de se livrer à “un cirque ridicule”.

A deux mois de la fin de la transition, nous nous faisons le devoir, comme il en a été en février (http://226infos.net/?p=3571) d’apporter notre humble analyse sur la conduite des 10 mois de la Transition et éventuellement faire des propositions à même de réussir les élections prochaines.

L’insurrection populaire des 30 et 31 octobre 2015, qui a engendré la mise en place d’un pouvoir transitionnel, a suscité aux yeux des burkinabè, notamment les insurgés, l’espoir d’un changement positif et de l’établissement d’un nouvel ordre démocratique dans notre très cher Burkina Faso.

Au plan national, la jeunesse révoltée tenait là, l’opportunité tant rêvée de remettre les compteurs à zéro sur les problèmes de JUSTICE, de JUSTICE SOCIALE, de JUSTICE ECONOMIQUE et de DEMOCRATIE VERITABLE.

Malheureusement comme pour tout changement fondamental surtout pour ceux intervenant après des années de monopolisation du pouvoir d’état par un groupuscule de privilégiés, il y a eu effusion de sang.

Le sang de jeunes burkinabè s’est versé.

Si fait que dans un contexte de mondialisation et de géopolitique empreint de l’emprise des métropoles sur nos pays, l’instauration d’un régime d’exception qui était adéquate à la situation, fut substitué par la transition, régis par la constitution de la 4ième république et une Charte de la Transition.

Dès lors, les missions de la Transition, dans l’esprit de bien de burkinabè étaient sans ambages, elles furent consolidées par les discours du chef de l’état SEM Michel KAFANDO lors de la passation de charges je cite «Voilà un pays modeste et humble, dont la simplicité de vie des populations aurait pu en faire un modèle de développement homogène et égalitaire. Tel était au demeurant l’idéal prôné par la Révolution de 1983. En lieu et place, 30 ans après, nous assistons à un saut qualitatif et surtout quantitatif, brusque, pourvoyeur de richesses inexpliquées, de privilèges indus, d’avantages oligarchiques.

Le message du peuple est clair et nous l’avons entendu : plus jamais d’injustice. Plus jamais de gabegie, plus jamais de corruption. Tout nous conduit donc à prendre nos responsabilités et à répondre à cet appel » ; et le premier ministre Isaac ZIDA le 19 novembre 2014 de renchérir « Aux hommes et aux femmes qui seront appelés à faire partie de l’exécutif de la transition, nous allons œuvrer en toute humilité et dans un engagement sacerdotal et patriotique, à redonner confiance à notre peuple par notre ardeur au travail, le don de soi sans calcul égoïste, pour renforcer la paix sociale, la sécurité nationale et la cohésion intergénérationnelle ».

Beaux discours mais aux antipodes de la réalité ; le peuple a dû batailler fort quelques jours après ces discours pour extirper du nouveau gouvernement des ministres jugés indélicats et dont la nomination violait les critères de moralité et de probité édictées par la charte de la transition pour l’occupation de mandat public (http://www.lefaso.net/spip.php?article61965 ; http://www.lefaso.net/spip.php?article62492 ).

Le heurt à nos consciences fut intenable d’autant plus que nous étions aux premières heures de la mise en place du gouvernent qui devrait redonner confiance au peuple, que la charte de la transition était ainsi gravement violenté.

Plus tard d’errements en errements nous avons objectivement constaté les frictions suivantes portées contre les idéaux de l’insurrection d’Octobre.

  • Les martyrs ont été inhumés, sans que les précautions pour une justice à eux à rendre, ne soient prises ; puisqu’aucune autopsie n’a été réalisée sur les corps, pourtant cette action relevant d’une volonté politique conforme aux attentes de la population était très simple à accomplir.

  • Le chantier pour une nouvelle constitution reste un leurre dans cette période idéale de la transition ; nous entrainant obstinément vers de probables polémiques, de vives contestations, foyers de crises corsées. Pendant que nous y étions, une nouvelle constitution pouvait être élaborée et soumise à un referendum. Mais hélas !

Cette mission fondamentale est chimérique actuellement. L’insurrection est ainsi vidée de son âme. Elle pourrait au juste être qualifiée de colère passagère.

Aujourd’hui c’est le CNT qui s’active sur la question, mais que peut-elle bien  faire surtout si l’on connait les difficultés auxquelles nos vaillants députés animés par une volonté de répondre aux idéaux de l’insurrection, ce sont confrontés quant à la régularité de telle loi adoptée ou de tel acte pris.

Il est absurde pour la conscience des insurgés et la mémoire des martyrs que nous avancions vers l’élection d’un nouveau président du Faso qui prêtera serment sur la constitution de la 4ième république lui confèrent les mêmes pouvoirs monarchiques que ceux qu’usait l’ancien président pour parvenir à ses desseins.

Les autorités de la transition avaient bien les moyens et aussi du temps pour parvenir à nous doter d’une nouvelle constitution à temps. C’est la volonté politique qui a manqué.

La transition était le lieu et surtout l’opportunité d’assainir le cadre juridique et institutionnel de ces baux, mais nous constatons au forceps que les baux sont maintenus et les mêmes gourous d’antan reçoivent toujours leurs rentes fabuleuses périodiquement. Il eut fallu tout simplement suspendre ces baux administratifs afin d’y voir les aspects de conformité, la nature et de moralité de leur acquisition. Sur ce plan l’état palestinien aurait mieux fait que nous. Et l’on nous parle de budget d’austérité.

  • Aussi depuis décembre il a été demandé aux autorités de la transition le gel des avoirs d’anciens dignitaires dormant dans des comptes apatrides à l’étranger afin que dans un traitement judiciaire digne d’un état de droit sans vice et sans lèse, soit juste récupéré, ce qui a été volé au peuple plus d’un quart de siècle durant. Mais rien n’y fit et cet argent est à jamais dissipé dans des paradis fiscaux hors du Burkina.

  • L’esprit de l’insurrection n’est pas de s’adonner à une chasse aux sorcières, il n’est pas de s’attaquer à un groupe plutôt qu’à un autre. Non ! Les insurgés ont eu bien l’occasion de perpétrer  toute sorte de vindicte le 30 octobre, mais leur haut esprit de fraternité et de justice que nous saluons, leur a commandé de laisser cette œuvre à l’action d’une justice intègre.

Nous sommes tous des burkinabè bénéficiant des mêmes droits. Et nous n’allons pas sombrer dans les dérives anti-démocratiques du passé. Nous devons démontrer aux hommes forts d’hier qu’ils peuvent vivre dignement et librement dans un Burkina de justice égalitaire.

La justice à double vitesse c’est à dire celle qui utilise la force contre l’adversaire et qui protège les amis, celle qui interpelle un tel plutôt que un autre tel pourtant coupable de délits de même nature ne laisse pas indiffèrent la jeunesse burkinabè. En témoignent les sursauts d’indignation des burkinabè quand il voit persécuté par la justice X pendant que Y jubile impunément pourtant tous comptables du même délit.

Une justice impartiale est le socle à même de garantir l’égalité, la paix et la cohésion sociale durablement entre les filles et fils du Burkina Faso.

Elle est l’entité si elle est mal conduite qui engendre les exaspérations les plus vives, sources de crises violentes.

Ce que tous ne souhaitons pas. Le passif judiciaire que connait notre pays doit être épongé tôt ou tard avec équité.

La CRNR ne doit être pas un tremplin de légalisation morale de l’impunité bien que n’étant pas une juridiction, dans son rôle d’unification des frères que nous sommes, elle doit se souvenir que la réconciliation vraie et durable postule d’une justice impartiale, forte et équitable pour tous.

En plus de ces impertinences de la transition, il y a les Organisations de la Société Civile (OSC) dont les actions ont été déterminantes lors les évènements d’octobre. Mais leur rôle dans la transition doit être recadré au plus vite à commencer par une relecture de la loi portant leur création. Si le MATDS a fait un travail conséquent (enquêtes de moralité des dirigeants principaux, visite des locaux de l’association…) qui reste à renforcer, les OSC doivent être dépolitisées, mais scrupuleusement dépolitisées !

Le fourvoiement des OSC appendices de partis politiques dévoyés de leur position de veille pour des rôles de mercenaires mercantiles empestent le jeu démocratique.

Ces OSC constituent un cancer pour notre société ; et la polarise au point de créer des fronts hostiles au lieu d’une rencontre d’opinions, d’arguments qualitatifs et constructifs utiles à la nation. Ces OSC avant-gardistes ne savent que soutenir leurs intérêts bassement égoïstes, soit leur parti politique, soit un ministre et certainement après octobre ils muteront en FEDAP(nom du président élu).

Cela nous amène à dire un mot sur la crise RSP/ZIDA qui a vu des OSC s’élever pour soutenir soit le RSP, soit le premier ministre ZIDA ; un cirque aussi ridicule que le combat de chiffonnier auxquelles elles se sont livrées lors de leur désignation au CNT.

La résolution de cette crise ne résidait point au spectacle qui nous a été offert mais à l’élucidation du soi-disant complot du 28 juin. Il consistait pour s’en faire que l’autorité œuvrer à  retrouver les coupables et à les sanctionner à la hauteur de leur forfait  conformément à la loi. Vrai complot ou faux complot, aujourd’hui le doute persiste.

En définitive, considérant le caractère irréversible du temps nous lançons un appel pressant à tous les leaders d’OSC à sauvegarder ce qui reste et à tout mettre en œuvre pour la réussite des élections du 11 octobre.

Tous les acteurs même ceux aux voix dissonantes devront mettre de côté leurs querelles byzantines pour se retrouver ensemble autour de la même table main dans la main pour gagner dans la paix et la cohésion sociale le reste du processus électoral et bien sûr dans le Burkina post-transition.

Notre rôle de veille doit primer sur tout, pour qu’à jamais le caractère andragogique de l’insurrection exalte les autres peuples frères opprimés.

Puisse cet appel être entendu par tous,

Puisse les oppositions d’idées, d’opinions ou même d’idéologie se tenir dans un climat démocratique.

Que Dieu bénisse le Burkina Faso.

Labidi NABA

Président de Observateurs Sans Frontières (OSF)

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