Fousséni OUEDRAOGO : « Les populations ont le droit de mettre la pression sur les partis politiques »

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Dans cette interview, Fousseni Ouédraogo, le président du Mouvement burkinabè pour le développement et le civisme (MBDC) donne sa lecture de ce que les électeurs doivent demander aux hommes politiques à l’orée des élections.

Votre organisation a organisé du 04 au 08 au 2014 à Koudougou, la 3e Edition de l’Université des jeunes leaders. Quels sont les motifs de satisfaction que vous en tirez ?

FOUSSENI OUEDRAOGO (FO) : Cette université organisée par le MBDC grâce au partenariat de Diakonia a été de notre point de vue une réussite. Nous en tirons un bilan positif puisqu’elle a permis une maitrise des différents courants idéologiques. Nous avons pu renforcer les capacités des 30 jeunes participants en répondant à leurs besoins et préoccupations.

Ces derniers ont pris l’engagement d’accroitre leur participation en politique, ou même dans la vie associative. L’une des réussites aussi c’est l’engagement de la mise en place d’un réseau des jeunes leaders assorti d’un plan d’action d’une année. Nous apprécions enfin la confiance renouvelée de notre partenaire à nos côtés qui a décidé de reconduire cette université de nouveau l’an prochain pour la 4e édition.

Quelle adéquation peut-on faire de ces courants idéologiques dont vous parliez tantôt et le contexte actuel ?

FO : Lorsqu’on observe la pluralité des partis politiques et les tendances au plan national, on note qu’ils sont issus principalement de deux courants : le socialisme et le libéralisme. La maitrise de ces courants conditionne le projet de société que nous devons mettre en place. Nous pensons qu’il y a des besoins et des défis à relever qui doivent s’inscrire dans ces courants idéologiques.

Quand on prend par exemple le courant idéologique libéralisme, vous mettez alors l’accent sur le capital, la propriété privée. Si en revanche vous optez pour le socialisme, en ce moment vous mettez en avant l’intérêt général, l’esprit communautaire. C’est en ce sens qu’il est fondamental d’avoir un courant idéologique qui soit en phase avec les préoccupations de l’heure. Au lieu de naviguer à vue, il faut clairement s’afficher pour apporter des solutions durables aux problèmes du moment.

A l’orée des élections au Burkina Faso, quelles sont les grandes questions du moment que vous souhaiteriez voir être prises en compte par les programmes politiques ?

FO : Je me réfère tout d’abord à la question de l’éducation en référence à la situation peu enviable que l’on observe dans nos universités publiques où les années se chevauchent depuis plus de 10 ans. Il importe donc dans le contexte de refonte de la société burkinabè, de la démocratie de poser la question de notre université. Par rapport à ce contexte particulier, je me demande alors si le vrai passeport pour accéder à l’université se limite à la simple obtention du BAC.

Moi j’estime qu’avoir 10 de moyenne est certes une garantie de succès au BAC, mais ne peut pas vous donner droit d’accéder forcément à l’université. Partant de là, il est important que les partis politiques se positionnent sur ce type de question. Par exemple en partant de la base de 12 de moyenne minimum, les politiques pourront avoir une idée claire de ceux qui iront à l’université en fonction du nombre de places disponibles, dans quelles conditions ils vont étudier et quel est le mécanisme d’insertion socio professionnel à imaginer pour les prendre tous en compte.

Mais si ces précautions ne sont pas prises, les étudiants vont être dispersés dans les salles inappropriées pour prendre des cours à travers la ville. En ce moment on formera une masse critique d’ignorants, mal formés et donc incapables de développer le pays. Dans ce sens, les politiques doivent vite se positionner par rapport au système éducatif et les moyens à mobiliser pour y apporter des solutions durables selon un timing déterminé et avec quels types d’acteurs.

 La transition en cours est une grande opportunité pour que les parents d’élèves, les jeunes interrogent les partis politiques, les candidats de façon claire sur la question de l’université, de l’éducation en imaginant des indicateurs et des critères pour les juger aux actes.

Egalement sur la question de la corruption ou de l’impunité, les hommes politiques, les futurs gouvernants doivent être interpellés de façon objective sur leurs réponses pertinentes et avec quels moyens, sur quelle période ils envisagent résoudre ces équations. C’est de la sorte que l’on pourra faire le bilan des actions des partis politiques.

Seul un courant idéologique clairement défini, et clairement positionné dans notre contexte actuel peut nous apporter des réponses judicieuses aux problèmes actuels et à venir.

Sur la question du chômage également, il ne suffit pas de dire qu’on va créer de l’emploi. Il faut partir du taux de chômage et dire qu’a l’issue de 5 ans de mandat, le problème sera réduit à telle échelle et avec tels moyens et tels acteurs. Il faut donc avoir un projet de société précis pour que les populations puissent suivre objectivement les engagements, les feuilles de route des partis politiques.

Je pense donc que les populations ont le droit de mettre la pression sur les partis politiques pour qu’ils donnent une vision claire de là où ils veulent conduire le peuple. Ces préalables valent aussi pour les questions des droits de l’homme, du taux de croissance de l’économie.

Il est nécessaire que chaque parti politique décline ainsi sa vision afin de convaincre les populations en évitant de les tourner en rond. Seul un courant idéologique clair peut faire sortir le pays de l’ornière.

« Le MBDC n’a pas l’ambition de se muer en parti politique »

 

Le concept du plus rien ne sera comme avant est en vogue. Comment cela se traduit-il vraiment dans les comportements des jeunes ?

Marcel MERLE affirmait je cite que «notre démarche doit épouser la logique selon laquelle : si nous commençons par la certitude, nous finirons par le doute ; si nous commençons par le doute sans trop nous hâter d’en sortir, nous finirons par la certitude ».

Pour revenir donc à votre question, je pense que ce concept est une volonté des autorités pour imprimer une autre vision de gouvernance, des attitudes et comportements à observer. Il faut que chaque Burkinabè se pose la question de savoir ce qu’il faisait de mauvais et dont il a besoin de se départir désormais. C’est pourquoi j’insiste sur le fait que dans tous les compartiments du pays, il faut en faire un comportement et non pas le percevoir comme un simple slogan en vogue.

Vue l’insistance du MBDC à accentuer ces pressions, ces appels à la vigilance vis-à-vis des politiciens que vous interpellez sur leur programme politique, est ce que l’association pourrait se muer en un parti politique plus tard ?

Nous ne sommes pas dans le mélange de genre. Le Mouvement burkinabè pour le développement et le civisme (MBDC) ne peut pas être neutre dans la gestion de la cité. Notre organisation n’est pas partisane. Elle est certes apolitique, mais n’est pas pour autant insensible par rapport à la gestion de la cité.

C’est pourquoi nous avons régulièrement des approches de plaidoyer et des lobbyings pour que les jeunes sortent du carcan où ils étaient confinés pour jouer les premiers rôles. C’est le sens de la tenue des universités des jeunes leaders parce qu’être responsables demain s’apprend dans les regroupements, les instances politiques. Nous sommes pour la promotion du civisme, de la démocratie. Seulement nous avons une ligne rouge à ne pas franchir.

Nous n’allons pas nous muer en politiciens, mais avons plutôt un regard critique sur les actions politiques. La jeunesse a joué un rôle actif lors de l’insurrection. Nous restons dans la société civile où nous nous sentons bien avec nos convictions que nous partageons avec les jeunes.

Interview réalisée par Abdoul Wahab NOMBRE, chargé à l’information du MBDC

Rédaction B24

L'actualité du Burkina 24h/24.

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