Message de l’Union des Familles des martyrs : « La leçon de l’insurrection n’est toujours pas apprise »

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Ceci est un message de l’Union des Familles des martyrs de l’Insurrection Populaire des 30 et 31 octobre 2014 (UFMIP).

En tant que familles durement éprouvées, familles ayant vécu les évènements des 30 et 31 octobre 2014 au Burkina Faso et qui continuent de vivre dans la douleur, en tant que parents ayant encore en mémoire les images horribles de nos enfants violentés, criblés de balles, gisant dans leur sang, le devoir familial et patriotique nous interpelle au regard de la situation qui prévaut ces derniers jours suite aux récentes décisions  du Conseil constitutionnel, à agir en vue de préserver la paix et la cohésion entre les Burkinabè.

Nous invitons tous les Burkinabè particulièrement, la jeunesse et les hommes politiques à se ressaisir pendant qu’il est encore temps.

Aux frères et sœurs, il faut se ressaisir et faire profil bas car la politique, ce n’est pas la mélodie de l’arrogance, du verbe incendiaire et du non respect de la vie humaine. La politique est une chapelle de l’humilité, de la concorde, de la vertu, du service, de l’alternance, du progrès partagé.

Les postes politiques ne sont pas une fin en soi. La politique c’est l’investissement de soi pour sa communauté. La politique ne se limite pas coute que coute, vaille que vaille, « milles morts à gauche mille morts à droite, on s’en fou », pourvu qu’on soit Président, député ou maire. Le pouvoir, le « naam », l’argent, votre « Dieu » et l’être humain, zéro.

Alors, nous vous demandons de façon amicale et fraternelle de faire profil bas, de veiller à préserver la paix dans notre pays car il y va de l’intérêt pour tous.

Rappelez-vous, lors de la cérémonie d’hommage aux martyrs le 30 mai 2015, nous les parents des victimes avions malgré nos douleurs et malgré la non identification des coupables de nos morts et blessés, nous avons en son temps dit que « nous serons prêts  à pardonner à toutes ces personnes qui ont été responsables de la mort de nos proches à des degrés de responsabilités diverses mais dans la vérité de la transparence des cœurs ».

Malheureusement, nous sommes au regret de constater que certains de ces responsables veulent remuer leurs couteaux dans nos plaies encore saignantes. Ils veulent encore semer la merde dans notre pays et nous ne saurons l’accepter.

Oui, de par leurs agissements de ces jours, nous sommes au regret de constater que la leçon de l’insurrection n’est toujours pas apprise.

Mieux vaut prévenir que guérir, nous prenons la communauté nationale et internationale à témoin, nous prenons la Cour Pénale Internationale (CPI) à témoin. Des morts et du sang versé sur le territoire burkinabè du fait de la politique avide et sans scrupule, nous n’en voulons plus. Si jamais, il y a encore la moindre goutte de sang, si jamais des familles en viennent à être endeuillées comme nous, « ils seront tenus pour responsables ».

Parmi nos enfants qui sont morts en défendant le non à la modification de la Constitution burkinabè, il y en a qui aspiraient à devenir Président du Faso, il y en a qui aspiraient à siéger comme députés, mais à jamais ils ont été exclus parce qu’ils ont été tués, ils ne vivent plus, ils n’existent plus. Ils sont morts, enterrés, et nous continuons de pleurer, meurtris au fond de nous-mêmes.

Ils ne vivent plus pour y prétendre pourtant ils en avaient le droit, le charisme, la vertu et le relief pour prétendre diriger. A jamais ils sont exclus. Y a-t-il pire forme d’exclusion que cela ? Pendant que nous sommes toujours en train de pleurer, certains en viennent à se donner bonne conscience en tablant sur le nombre de morts, plus d’une trentaine enregistrée pendant l’insurrection populaire.

Une vie vaut un million de vies, un million de vies renvoie à la vie, quelque soit le nombre de morts, la vie reste la vie, elle est un don de Dieu et nul, soit il « puissant », n’a le droit de la ôter. La vie est sacrée.

Pour terminer, nous ne cesserons de remercier la jeunesse burkinabé pour son acte de bravoure les 30 et 31 octobre 2014. Nous avons une pensée particulière pour les blessés, qui, aux cotés de leurs sœurs et frères ont combattu le bon combat.

Par ailleurs, nous invitons cette même jeunesse à ne pas se laisser manipuler par les hommes politiques qui veulent saper la transition et les élections à venir. Que tous ces jeunes ne se laissent pas acheter leur conscience, qu’ils ne vendent pas leurs âmes aux diables. Nous les invitons à prendre leur destin en mains, car vous êtes l’avenir du Burkina et il vous appartient de continuer et d’écrire l’histoire.

Nos encouragements à toute l’équipe de la transition ; à son Excellence Michel Kafando et à l’ensemble de son gouvernement, aux députés du Conseil national de la transition (CNT), les membres du conseil  constitutionnel, l’administration judiciaire.

Nos remerciements à tous les promoteurs de l’unité nationale et de la paix, les sages, les autorités coutumières, religieuses, les forces de défense et de sécurité, les Organisations de la société civile (OSC), la diaspora, les amis du Burkina Faso de l’intérieur et de l’extérieur, le peuple intègre du Burkina Faso.

Ensemble, œuvrons pour un Burkina nouveau, un Burkina d’amour et de paix, un Burkina uni, prospère et rayonnant.

« Nanlara, Ansara » (si nous dormons nous sommes morts) et ce sera pire qu’avant, nous a averti, Feu Joseph Ki Zerbo.

 Que Dieu bénisse le Burkina Faso !!!

 Signé,

Union des Familles des martyrs de l’Insurrection Populaire des 30 et 31 octobre 2014 (UFMIP).

Récépissé N° 00473 /MATD/SG/DGLAP/DOASOC

(NB : Le titre est de la Rédaction de Burkina24)



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