Karim Ouattara, jeune leader ivoirien: « J’exhorte la jeunesse burkinabè à faire mieux que Blaise Compaoré »

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Révélé à la fin des années 90 grâce à son action syndicale au sein de la Section de Ferkéssédogou de la Fédération Estudiantine et Scolaire de la Côte d’Ivoire (FESCI), Karim Ouattara fait aujourd’hui partie des jeunes leaders les plus en vue dans ce pays. Aujourd’hui en sa qualité de Conseiller Spécial du Directeur Général de la Loterie Nationale de Côte d’Ivoire, Karim Ouattara, surnommé “Monsieur réconciliation de la jeunesse” au sein de la défunte Commission dialogue, vérité et réconciliation (CDVR) dirigée par Charles Konan-Banny, aura eu le mérite de faire tomber le mur de la méfiance entre les jeunes Ivoiriens. Il partage, dans cet entretien, son expérience, sa vision et son espoir pour la jeunesse africaine.

Burkina24 : Nous vous avons connu à la fin des années 90 comme un syndicaliste de premier plan et très engagé au sein de la FESCI. Plus de 10 années après l’on vous retrouve dans les sillages du Président de l’Assemblée Nationale, Guillaume SORO et du Président de la République, Alassane OUATTARA. Que recherchez-vous aujourd’hui sur le terrain de la politique ?

Karim OUATTARA : Je me permets, dès l’entame de notre entretien, de remercier votre organe de presse, Burkina24. Pour répondre clairement à votre question, je dirai que pour l’instant, je ne pourrai me qualifier de politicien accompli. Je dirai que je suis en apprentissage, par conséquent, à la recherche d’expérience.

Burkina24 : Votre jeunesse nous donne l’occasion d’aborder la question de la jeunesse africaine. Comment est-ce que vous entrevoyez l’avenir des jeunes Africains ?

Karim OUATTARA : La jeunesse africaine a ses particularités selon qu’on soit dans l’Afrique francophone ou dans l’Afrique anglophone ou encore les pays du Maghreb. Mais pour parler de la jeunesse africaine en général, je vois son avenir plus reluisant et plein d’espoir.

Je vois cette jeunesse suffisamment responsable et ce depuis le printemps arabe jusqu’à ce qui se passe dans nos différentes républiques d’Afrique subsaharienne; une jeunesse qui est à même de prendre le devant de la scène politique et de faire en sorte que la volonté des peuples soit respectée. Ma conviction est que l’avenir de l’Afrique se trouve entre les mains de la jeunesse africaine.

Burkina24 : Parlant du cas particulier de la jeunesse ivoirienne, c’est sûr que vous nous direz qu’un renouveau prometteur s’offre à elle. Alors quels sont les indicateurs qui vont motiver votre optimisme ? 

Karim OUATTARA: Je pense qu’il suffit juste d’observer le taux de suivi des mots d’ordre politique par la jeunesse. Aujourd’hui la jeunesse dans sa majorité ne se reconnaît plus dans les appels aux soulèvements politiques sans en comprendre l’intérêt pour elle et pour le peuple. Avant, la jeunesse se laissait plus ou moins manipuler par le politique sans trop d’effort.

Il suffisait qu’un mot d’ordre politique soit lancé que toutes les rues d’Abidjan soient remplies et ce des années 90 à ce jour. Mais de plus en plus, la jeunesse après avoir fait l’expérience des manipulations et de la violence, semble avoir compris dans sa grande majorité qu’il n’y a pas d’issue favorable pour elle-même dans cette perspective.

Aujourd’hui en Côte d’Ivoire, nous n’avons pas besoin de chercher midi à 14 heures, les jeunes s’expriment à travers des moyens dont ils ne disposaient pas par le passé dans les années 90, notamment les réseaux sociaux numériques qui leur permettent de se rencontrer et d’échanger sans qu’ils aient besoin de se retrouver sur une place publique et être à la merci des matraques et des bombes lacrymogènes.

Car en utilisant la rue comme seul moyen d’exprimer leurs convictions communes, ils s’exposaient à des heurts, à des arrestations et toute autre forme d’intimidation. Ils arrivent désormais à partager leurs opinions, à faire pressions sur les gouvernants sans passer par les casses et les mouvements de rue. Bien que ces cadres d’échanges soient virtuels, la pression est réelle sur les gouvernants.

La jeunesse est plus intéressée par la question de son emploi que des questions politiciennes creuses et égoïstes dictées par des politiciens véreux en quête de pouvoir pour leur seul intérêt. Nous notons que de plus en plus, la jeunesse est responsable, autonome, consciente, entreprenante et innovante.

Burkina24 : Vous avez forcement un avis à donner sur l’engagement de la jeunesse burkinabè lors du soulèvement populaire d’Octobre 2014. Que vous ont inspiré ces évènements  ?

Karim OUATTARA: Vous savez quand on demande à la population de courir dans les rues ce ne sont pas les vieux qui courent (rire). Ce sont donc les jeunes qui étaient devant et qui ont exprimé ce qu’ils pensaient être mieux pour leur pays, le Burkina Faso. Il ne faudrait pas qu’ils aient agit uniquement que pour faire partir le Président Blaise Compaoré du pouvoir. Il s’agit de penser le Burkina Faso, de penser l’intérêt des Burkinabè, de penser l’avenir de leur pays.

J’observe la transition de loin. Les Ivoiriens ne peuvent pas faire comme s’ils ne savent pas ou ne peuvent pas voir ce qui se passe au Burkina Faso. Moi en ce qui me concerne, je refuse d’appliquer la politique de l’autruche. C’est comme si nous habitions dans un même bâtiment, un même pallier avec un voisin chez qui l’on feint de voir l’incendie qui s’y propage.

Pour ce qui est du Burkina, il n’est certes pas question d’incendie, heureusement, mais l’idée est que la Côte d’Ivoire et le Burkina étant des pays frontaliers, ce qui se passe en Côte d’Ivoire intéresse le Burkina Faso et vice-versa, d’autant plus qu’en Côte d’Ivoire, nous comptons plus de 4 millions de ressortissants Burkinabè et que les mariages intercommunautaires ont rapproché les deux peuples.

Partant sur ce fait, je pense que si aujourd’hui l’on estime que le peuple a manifesté pour le départ de l’ex-Président Blaise Compaoré qui a énormément travaillé pour le Burkina Faso, qui a pu obtenir la stabilité du Burkinabé sur au moins deux décennies, il faudrait que cette transition puisse servir à son tour à stabiliser ce pays-frère sur plusieurs décennies à venir parce que c’est dans la paix et la quiétude que le Burkina Faso sera développé et construit.

Il ne faudrait pas qu’une transition soit un tremplin pour des soulèvements et des remous sociaux. Il ne faut pas que la transition fasse le lit d’une démocratie sélective. Il faudrait que la démocratie soit entière et totale.

Burkina24 : Vous faites certainement allusion à la décision du Conseil Constitutionnel Burkinabè recalant certains cadres de l’ex-parti au pouvoir le CDP à la présidentielle du 11 Octobre prochain ?

Karim OUATTARA: Je ne fais pas forcement cas à cela. Toutefois, je me dis que si l’on estime que la transition sert à répondre aux aspirations du peuple, il faut alors laisser ce peuple prendre ses responsabilités ; c’est-à-dire qu’il faut donner la latitude au peuple de choisir avec qui marcher et avec qui ne pas marcher. C’est comme si aujourd’hui, l’ex-Président Blaise Compaoré, malgré son exil décide de se présenter aux élections et que le peuple burkinabè lui accorde sa confiance à plus de 50% du suffrage. Que ferait alors la transition ?

Refuser qu’il reprenne le pouvoir ?, je ne pense pas parce que la démocratie, c’est l’expression de la voix du peuple. C’est pour cette raison je dis qu’il faut que la démocratie soit totale, il ne faudrait pas qu’elle soit sélective. Je le répète, il ne faudrait pas que la transition soit le tremplin  à des remous sociaux demain. En clair, ce qui se passe au Burkina intéresse la Côte d’Ivoire.

Burkina24 : A la jeunesse burkinabè en particulier, quelle est concrètement l’adresse que vous souhaiteriez faire partager ?

Karim OUATTARA: A la jeunesse burkinabè, je souhaite, avant toute chose adresser mes félicitations pour le fait d’avoir réussi à ne pas glisser dans l’excès, parce qu’elle aurait pu profiter du départ de l’ex-président pour s’adonner à des actes peu honorables. Elle s’en est abstenue justifiant que son titre de « peuple intègre » ne lui est pas arrogé. Je souhaite qu’au nom de cette intégrité, cette jeunesse reste au service de son pays et de l’Afrique toute entière.

Qu’elle s’éloigne de toute sélection entre jeune burkinabè et non-burkinabè, car dans un passé récent de la Côte d’Ivoire, une partie de la jeunesse ivoirienne a commis cette grossière erreur en compartimentant les jeunes natifs et nationaux de la Côte d’Ivoire et les nationaux d’ailleurs appelés de façon péjorative étrangers. C’est humblement que je prodigue ces conseils à la jeunesse burkinabè car aucun peuple ne peut se développer en autarcie et je sais que le Burkina Faso est bien placé pour le comprendre.

En clair,que la jeunesse burkinabè s’ouvre davantage! L’ex-président Blaise Compaoré a réussi ce challenge. Il a tenu le pari de faire du Burkina Faso une destination prisée. J’exhorte la jeunesse de ce pays à en faire davantage sinon mieux que Blaise Compaoré et c’est sur ce chantier qu’on les attend. C’est à partir de cet instant que nous pourrons objectivement mesurer la portée de ce mouvement populaire.

Je me garde donc de juger, toutefois, je les féliciterais uniquement que lorsque ce pays pointera du nez dans plusieurs domaines. A partir de ce moment, nous dirons tous félicitations à la jeunesse qui a pris ses responsabilités en sortant le Burkina Faso de sa léthargie. Et si j’avais des félicitations à adresser ce serait comme je l’ai dit, pour n’avoir pas donné dans l’excès.

Burkina24 : Le départ de l’ex-président Blaise Compaoré a été précipité par sa volonté de toucher à la Constitution de son pays. Que pensez-vous de cette tendance qui semble prospérer dans certains Etats africains ?

Karim OUATTARA: Je pense que nous devons désacraliser nos Constitutions actuelles. Il faut qu’on n’arrête de rendre nos Constitutions héritées trop sacrées car nous-mêmes en tant qu’Africains, nous ne savons pas véritablement ce qui s’est passé dans les bois sacrés lors de la rédaction de ces constitutions. Nos constitutions actuelles sont des legs coloniaux.

Très souvent, nous ne connaissons pas ceux qui sont à l’origine des délimitations de nos bois sacrés contrairement à nos constitutions qui sont des legs coloniaux. J’ai eu l’occasion de parcourir certaines constitutions de pays africains à qui l’indépendance a été octroyée car comme vous le savez, il y a ceux dont les indépendances ont été conquises tandis que d’autre, s octroyées. Pour ces derniers, ils ont acquis leur  indépendance de l’Occident avec tous les attributs administratifs  venant de leurs colonisateurs.

Je constate qu’on continue de se plaindre de la “Françafrique” et qu’on soit aliéné. Mais dites-moi, si tous les rouages qui permettent de gérer l’administration de votre pays sont hérités de celui dont vous voulez vous libérer et que vous ne voulez pas changer cela et pire c’est le sacraliser, cela signifie que vous sacralisez vos liens. Comme je l’ai dit tantôt, il faut désacraliser les constitutions, regarder de fond en comble pour l’adapter au nouveau contexte car les générations ont changé et regardez l’avenir. Est-ce que nos constitutions sont encore utiles, plus de 50 années après nos indépendances ?

Est-ce que ces constitutions seront encore utiles pour les 50 années à venir ? Voici des questions qu’il va falloir se poser plus tôt que se demander si un Président doit s’éterniser au pouvoir. Si c’est pour s’éterniser au pouvoir, je répondrai tout de suite par la négative parce qu’on ne peut pas être le seul dans tout un pays à avoir l’intelligence capable de le gérer de bout-en-bout.

De toutes les façons, j’estime que si l’âge ne t’a pas invalidé et que la maladie ne t’a pas invalidé, la mort va te disqualifier. Il faut donc que ces Chefs d’Etat qui nourrissent ces ambitions comprennent qu’ils ne sont pas éternels et qu’ils doivent penser d’abord à leur peuple.

Burkina24: N’est-ce pas que cela soulève la question de l’opportunité de la démocratie comme système de gouvernance adapté à notre contexte africain ?

Karim OUATTARA: La démocratie s’adapte parfaitement à notre contexte africain,  sauf que les Africains confondent démocratie et oligarchie. L’oligarchie étant un système politique dans lequel la défense des intérêts de notre caste, notre tribu ou de notre groupe éthique constitue notre priorité. C’est véritablement ce qui est appliqué en Afrique et non la démocratie.

En Afrique, vous savez comment nos frontières ont été délimitées ; dans un même Etat,  on peut retrouver plusieurs tribus, plusieurs ethnies. Ainsi, chacun lutte pour qu’un ressortissant de sa tribu soit aux affaires dans l’optique que les retombées leur reviennent en premier lieu. C’est cela l’erreur que nous commettons…Il faut donc que nous nous approprions le concept de la nation qui veut qu’on soit conscient d’appartenir à une communauté dont les membres ont en commun soit une identité historique, linguistique ou encore une même identité géographique.

Pour ce qui est du cas de l’Afrique, nous partageons la même superficie. Ainsi que nous soyons ivoiriens du nord, du sud de l’est ou de l’ouest, nous sommes tous des Ivoiriens, il en est autant pour les Burkinabè et tout autre peuple.

C’est en prenant en compte ce facteur qui est la conscience d’appartenir à la communauté qu’on réfléchit en termes de gestion de la chose commune qui est la république, on réfléchit à l’intérêt communautaire. C’est à partir de ce moment qu’on ne parle plus de castes et tribus, donc plus d’oligarchie, pour entrer dans la démocratie.

Burkina24 : Dans la peau d’un Ministre de la jeunesse,  quelle sera votre approche pour aider les jeunes Ivoiriens à répondre aux défis  qui se présentent à eux ?

Karim OUATTARA: Je tiens à préciser que cela ne fait pas partie de mes ambitions. J’insiste à ce que cela soit bien clair ! Être ministre n’est même pas en dernière position dans la liste de mes objectifs.

Pour répondre à votre question, je dirais que la jeunesse ivoirienne détient elle-même ses propres solutions. Le Ministre n’est qu’un coordinateur, il n’est qu’un trait d’union entre les jeunes et le Chef de l’Etat, entre les jeunes et le gouvernement, les institutions, les organismes nationaux et internationaux, bref entre les jeunes et les acteurs qui ont les outils pour faire la promotion de cette jeunesse.

Il n’existe pas de solution miracle qu’un quelconque ministre de la jeunesse viendra appliquer pour un meilleur épanouissement des jeunes. Même le médecin passe par une consultation pour diagnostiquer un malade. C’est la même chose. Il faut plus écouter les jeunes que leur dicter au risque de leur prescrire des médicaments auxquels ils sont allergiques.

Ce que nous constatons généralement, c’est qu’on réduit les jeunes au rôle d’auditeurs. Pourtant c’est eux qui doivent être écoutés. Commençons déjà par nommer des jeunes aux postes de ministère en charge de la jeunesse,  c’est le premier signal fort. Comme je le disais, cela ne m’intéresse pas. Toutefois, si modestement je peux donner des conseils à tous les ministres de jeunesse en Afrique et à ceux qui sont tentés par ce poste, c’est de plus écouter les jeunes que de parler.

Autre chose, très souvent en Afrique nous constatons un jumelage des attributions de la jeunesse et du sport comme si la jeunesse était le sport. Conséquence : le sport phagocytait la jeunesse et même le football phagocytait le sport au point où les ministères de la jeunesse et du sport devenaient par la force le Ministère du football.

Pour ce qui est de la Côte d’Ivoire, je me réjouis que nous venons de rompre cette chaîne en scindant le ministère du sport et le ministère de la jeunesse. Je comprends qu’il y ait beaucoup de défis pour un ministre de la jeunesse en Côte d’Ivoire mais avec une population d’à peine 25 millions d’habitants, on ne peut être essoufflé devant les problèmes de la jeunesse. Si tel est le cas aujourd’hui, que ferons-nous dans 40 ans ? Parce qu’une chose est sûre,  la population ne régresse pas !

Il faut, par conséquent, créer des opportunités, il faut créer plus des cadres de réflexion afin d’anticiper. Pourquoi penser que les jeunes doivent à tout prix travailler dans des bureaux ? Il faut faire la promotion d’un nouveau jeune à travers l’entreprenariat.

Je me permets de parler de ces jeunes qui de façon volontaire ont décidé de s’engager dans la culture dont principalement le cinéma, la musique, la mode, l’artisanat. Nous devons nous battre pour créer des « Drogba » de notre cinéma à l’instar des acteurs de la trempe de Will Smith et Denzel Washinton pour ne citer que ceux-là. Où est-ce qu’ils ont gagné leurs renommées ? Bien sûr le cinéma…

Kouamé L.-Ph. Arnaud KOUAKOU

Correspondant de Burkina24 en Côte d’Ivoire

 

Il y a 54 commentaires

  1. Que voulez-vous? un jeune burkinab? qui aime sa patrie ayant servie dans l’arm?e la plus puissante du monde s’est pr?sent? a vous en relevant un probl?me tr?s s?rieux a travers un article bien ?riger vous l’avez traiter de toutes les vomissures. Aujourd’hui vous avez un jeune ivoirien qui vous donne des conseils appr?ciez le et encouragez le au moins.

  2. KARIM OUATTARA ,apporte ton conseil ? ADO, pour qu’ils r?concilie les ivoiriens dabor ok? Au Burkina faso ils n’y ? pas d’?trangers au Burkina faso OK Tous ceux qui sont au Burkina faso sont des burkinab? sauf les libanais o? Blanc qui sont ?trangers au Burkina faso OK?

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