Terrorisme : « Penser globalement, agir localement »

Face au terrorisme, quelle attitude adopter ? Makaiboo  Somah a son idée. Pour lui, il « faut penser globalement et agir localement ».

« Think globally and act locally-act locally and think globally »contre la terreur et le terrorisme. Je suis Bamako, Je suis Lagos, Je suis Kinshaha, je suis Paris, Je suis…

Pour vaincre son mal, on doit être en mesure de l’expliquer en vue de trouver le diagnostic approprié. Le terrorisme au nord du Mali, s’explique par la position obscure de la France vis à vis des djihadistes du Nord Mali. A supposer que la France du Nord se rebelle contre celle du Sud avec des mercenaires armés jusqu’aux dents et que les maliens interviennent pour briser l’élan des rebelles et disent ensuite au pouvoir central de Paris de les mercenaires laisser le narguer. Vous vous imaginez un scénario pareil? Mais en sol africain, tout est possible.

Au Nigeria, la corruption dans l’armée et les deals entre certains officiers militaires et les terroristes de Boko Haram freinent les efforts consentis par tous pour en finir avec le gangstérisme et la terreur.

L’Etat nigérian devrait commencer à nettoyer devant ses portes en arrêtant les vrais terroristes au sein de l’armée loyaliste, car sans cela aucune chaine de solidarité aussi forte soit-elle ne pourra arriver à bout du mal. Nous devons en tant qu’africains nous assumer et ce de façon conséquente. Quand des africains disent: «je ne suis pas Paris». Être Paris ou pas ne l’être, n’est pas le combat à mener. Le vrai combat à mener est celui de « think globally and act locally ».

Ce concept de Patrick Geddes dans son livre Cities in Evolution publié en 1915 lié à la gestion environnementale peut s’appliquer à gestion du terrorisme selon le principe « think globally and act locally-act locally and think globally ». Que peut-on faire et penser sur le plan local et global dans la lutte contre le terrorisme?

Le terrorisme n’étant pas une forme physique ou matérielle, il serait absurde de lui déclarer la guerre ou de lui coller un visage ou une couleur de peau sans tomber dans les travers et les dérives (la libération de milliers de prisonniers de Guantanamo en dit long sur les abus et les dérives liés à cette lutte depuis les attentats du 11 septembre 2001), les attentats du Bataclan à Paris nous ont démontré que le terrorisme n’a pas seulement un visage arabe, il a aussi un visage européen. Plusieurs Africains s’offusquent encore de ce que les Attentats de Paris soient plus médiatisés que les terreurs vécues et perpétrées en Afrique notamment au Nigéria, au Cameroun, au Tchad, au Mali et au Niger par la secte Boko Haram.

La destruction de la Lybie semble avoir été dans la zone subsaharienne le déclic ayant occasionné l’ouverture de la boîte aux pandores et les auteurs de ce bourbier sont en liberté pour probablement commettre encore d’autres crimes en toute impunité. Tant que certains auteurs de crimes choquants nageront dans l’impunité totale tout en narguant la Cour Pénale Internationale, le ressentiment sera toujours grand.

L’injustice sème la frustration et la frustration la haine. Pour des procès que l’on aurait pu simplement gérer sur le sol africain, les ex chefs de guerres ou d’état sont convoyés vers la Cour Pénale Internationale.

La question du terrorisme nous interpelle tous et exige de nous africains plus d’efforts à consentir en formant des compétences requises dans ce domaine. Il convient sur ce point de faire la part des choses entre le terrorisme d’état et le terrorisme nouvelle formule importée, entretenue avec la misère régnante et généralisée des populations africaines.

Nos Etats en Afrique se sont toujours illustrés dans leur gestion à travers la barbarie allant dans le sens de la sauvegarde d’intérêts occidentaux et individuels. Nos chefs d’états ressemblent plus à des valets de l’impérialisme plus qu’à des présidents élus pour la cause africaine et nationale. Ils ont toujours plus servi les intérêts des occidentaux en Afrique que ceux de leurs propres concitoyens.

C’est pourquoi, il faut dans la lutte contre le terrorisme sur le sol africain, des présidents forts et soucieux de l’indépendance politique et économique des leurs avec une lutte prononcée contre la corruption, les détournements, l’intolérance et le radicalisme. Chercher sur le plan local à connaître les causes du radicalisme est déjà une grande avancée dans la lutte contre la terreur.

Cela permettra sur un plan global dans une concertation entre états, de d’abord, prévenir sur le phénomène et ensuite de mieux l’endiguer. Pourquoi devient-on radical ou on est facilement radicalisé? Cette question pourrait intéresser les sciences sociales avec des études empiriques sur le sol africain.

Quand on prend tout à un individu et qu’on ait l’outrecuidance de vouloir hypothéquer son avenir et sa dignité, il ne peut que radicaliser. Heureusement, la grande majorité des cultures africaines dans leur ensemble rejettent le suicide sous toutes ses formes (qu’elle soit individuelle ou collective, le suicide est vue comme une abomination). On préfère vivre sa vie qui est soit sa vie, mais qui reste un emprunt de dieu à l’homme par dieu.

Le terrorisme importé et violent est plus l’œuvre de l’intolérance, de l’obscurantisme, du fondamentalisme etc. Il se diffère du terrorisme d’état qui est un terrorisme pour la sauvegarde d’intérêts, qu’ils soient étrangers ou personnels. Le terrorisme importé est un terrorisme de combat visant à semer la peur et la psychose en vue de propager un message ou une idéologie plus ou moins contestée. Ce type de terrorisme est plus visible et mieux relayé par la presse mondiale que celui d’état, car ce dernier profite plus aux chefs d’Etat et à leurs gouvernements respectifs et aux puissances étrangères au profit de qui il est actionné.

C’est ainsi que la France et ses alliés ferment les yeux sur beaucoup de cas d’abus et de meurtres dans l’exercice gouvernemental de certains clans au pouvoir en Afrique depuis des lustres. Ces dirigeants africains soutenus par les puissances étrangères ont banalisé et désacralisé la vie humaine.

La presse européenne, dans son ensemble, est dans son essence capitaliste et se veut gardienne des progrès économiques et techniques réalisés dans la zone Euro et par ricochet sur le plan international.

A travers ses projections ciblées de mise en exergue des attentats de la zone euro (Charlie Hebdo, le Bataclan), elle interpelle indirectement les états africains à mettre sur pied leur propre agence de presse avec des journalistes chercheurs d’images et reporters de guerres.

A ce titre, elle nous invite à nous départir du journalisme alimentaire consistant à chroniquer et relayer les images venues d’ailleurs pour aller vers le journalisme professionnel et d’investigations avec des chasseurs d’images et d’informations présents sur les scènes de crimes et de combats.

Pour cela, il va falloir que les Etats africains dans leur ensemble dotent plus les journalistes de moyens consistants tout en leur permettant de capturer les images sur le plan local en vue d’un traitement local du phénomène et aussi sur le plan global en vue de faire une lecture proprement africaine de la situation.

La dotation des journalistes en moyens consistants doit être accompagnée de mesures supplémentaires dépénalisant le délit de presse, tout en assurant aux journalistes la possibilité de formation continue. Il est temps que nos états songent à la formation de journalistes dans la lutte contre le terrorisme.

Le terrorisme importé aura de beaux jours sur le sol africain tant que la pauvreté, le laxisme, la corruption, le régionalisme, le fondamentalisme religieux, la sève nourricière de ce type de terrorisme ne seront pas combattus par une politique éducationnelle propice à la création équitable de richesses.

Certains spécialistes prétendent que les défenseurs de ces types de terrorisme lié au fondamentalisme religieux, sont en général des idolâtres mécréants, des gangsters assoiffés de sang et que leurs faits et gestes n’ont forcément rien à voir avec la religion. En général, toute religion s’installe facilement sur le sol africain sans jamais réellement livrer aux autorités politiques et administratives un plan de suivi des activités entrant dans le cadre du culte religieux.

Il faut que nos états jettent un coup d’œil sur les curricula les activités éducatives des mosquées et des églises en Afrique en général. On dira que la question divine est complexe que les voies su seigneur sont insondables. Cette insondabilité des voies du seigneur nous interpelle plus encore à nous ingérer dans la vie de nos lieux de culte tout en bannissant le radicalisme et le fanatisme.

En général, ces lieux de culte ont des écoles et c’est là que l’état est tant qu’instance suprême laïc doit intervenir pour signaler les abus et les contenir. En plus des différents types de terrorismes cités à savoir, celui étatique et celui importé, il y a encore le terrorisme individuel, économique et cybernétique. Dans notre contexte africain, les formes de terrorisme les plus répandues sont : le terrorisme d’Etat, le terrorisme organisé (sur la base ethnique ou identitaire) et le fondamentalisme ou terrorisme importé.

Je suis Paris ou je ne suis pas Paris n’épargne personne des conséquences du terrorisme. Lorsque les tueries de Paris ont eu lieu, c’est vrai qu’elles avaient au début un caractère local (elles se sont déroulées sur le sol français), mais après le décompte macabre des morts, elles ont eu une dimension globale (les différentes nationalités des victimes). Si les attentats de Paris comportent une dimension mondiale avec toute la chaine de solidarité qui s’y est dessinée, il doit en être de mêmes pour toutes victimes du terrorisme. Les caméras de télévisions et les antennes de radios ne doivent pas être sélectives.

La vie est et doit être partout la même. Un Français, un Asiatique, un Américain ou un Africain qui tombe suite à des actes terroristes, est une perte pour son pays et pour le monde entier. C’est pourquoi, il faudra une coopération sincère en matière de renseignements entre les grands blocs, les pays et les corps dans le combat contre le terrorisme de combat et de la psychose.

Makaiboo O. Somah G.

–          Doctorant en littérature allemande

–          Enseignant d’allemand

–          Bdiste et graffeur, didacticien de bandes dessinées

–          Pompier volontaire

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