Karim Saïdou : « Le MPP peut avoir la majorité absolue à l’Assemblée »

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Les élections législatives du 29 novembre 2015 ont livré leurs résultats au Burkina. Le Mouvement du peuple pour le progrès (MPP), dont le candidat a gagné l’élection présidentielle, a obtenu 55 sièges sur les 127 en jeu. Son poursuivant direct, l’Union pour le progrès et le changement (UPC), totalise 33 sièges, pendant que l’ancien parti au pouvoir, le Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), arrive troisième avec 18 sièges. Le nouveau parti au pouvoir n’a pas la majorité absolue. Quelle conséquence sur la vie parlementaire et la vie des institutions dans les cinq prochaines années ? Abdoul Karim Saïdou, politologue et actuel directeur exécutif par intérim du Centre pour la gouvernance démocratique (CGD), décrypte.

Burkina24 (B24) : Quelle lecture faites-vous des résultats des législatives ?

Abdoul Karim Saïdou (A.K.S) : Le premier élément qu’on peut retenir c’est le fait qu’aucun parti n’a obtenu la majorité absolue. Traditionnellement, à l’exception des élections de 2002, l’ancien parti au pouvoir le CDP avait toujours la majorité absolue. Dans l’ancien parlement, il avait 70 députés sur les 127. C’est un élément majeur.

Le deuxième élément, c’est qu’on assiste à un équilibre des forces. Si on prend en compte que l’UPC et le CDP seront des partis d’opposition, on peut considérer que si on additionne le nombre de députés du CDP et de l’UPC, c’est largement équilibré par rapport au nombre de députés obtenus par le MPP.

Mais cela dit, il est bien possible que le MPP puisse avoir la majorité absolue, parce que les alliances vont se tisser d’ici-là entre le MPP et d’autres partis qui ont eu un à deux députés. Il y en a déjà qui sont des alliés et qui ont soutenu la candidature de Roch Marc Christian Kaboré à l’élection présidentielle. Tout dépend de la capacité de négociation et des alliances qui vont se tisser.

>>>Voir : les résultats des élections législatives

Mais dans tous les cas, pour des questions majeures telles que la révision constitutionnelle, le MPP ne peut pas avoir les trois quart (des députés de l’Assemblée nationale, NDLR) pour réviser la constitution par la voie parlementaire.

De façon générale, c’est un élément important. Le fait qu’un parti au pouvoir n’ait pas la majorité absolue à l’Assemblée nationale n’est pas en soi une mauvaise chose. De mon point de vue, c’est même une bonne chose parce que cela va impulser une dynamique du dialogue, une recherche de compromis sur les différents projets et propositions de loi.

B24 : Mais quelle serait la conséquence, si malgré le jeu des alliances, le MPP n’arrivait pas à avoir une majorité absolue ?

A.K.S : La première conséquence est qu’il ne pourra pas investir son Premier ministre. Depuis la révision de 2012, le Premier ministre doit être investi et doit présenter une déclaration de politique générale qui donne lieu à un débat et à un vote.

Pour que le Premier ministre soit investi, il doit avoir la majorité absolue. Et si le Premier ministre n’a pas la majorité absolue, il ne peut pas gouverner. Pour valider la nomination du Premier ministre, le MPP aura besoin de cette majorité absolue.

Pour ce qui est des lois ordinaires, on n’a pas besoin de la majorité absolue. On a juste besoin d’une majorité simple des députés présents. Cela va se faire au cas par cas parce que cela dépend des enjeux qui vont se présenter.

B24 : Y a-t-il une possibilité que l’Assemblée nationale soit dissoute en cas de blocage ?

A.K.S : On ne peut pas prédire à l’avance, mais dans le cas d’une motion de censure du Premier ministre, on a besoin de la majorité absolue. Cela va dépendre des différents enjeux, des conflits qui pourraient se présenter pendant l’exercice du pouvoir. Pour qu’il y ait une crise, il faut qu’il y ait une fissure au sein même du groupe parlementaire MPP. Si le groupe parlementaire reste soudé et s’il arrive à obtenir le soutien d’autres députés, il peut constituer une majorité très forte. Je ne pense pas qu’on puisse aboutir à un blocage.

Je voudrais aussi noter que lorsqu’on prend le principal parti d’opposition, l’UPC, il n’est pas un parti qui a une posture radicale. De ce qu’on a pu observer, c’est un parti qui a une approche républicaine. Je pense qu’il ne va pas user de sa position au parlement pour bloquer la marche des institutions.

Les députés savent aussi que le peuple les a à l’œil. Moi je suis contre l’idée d’un gouvernement d’union nationale ou de coalition parce que je trouve que dans le contexte actuel du Burkina, nous ne sommes pas en guerre, nous ne sommes pas en train de préparer une guerre. On a besoin d’un gouvernement et d’une opposition qui joue son rôle, c’est-à-dire qui exerce une fonction de contre-pouvoir.

Propos recueillis par Abdou ZOURE

Burkina24

Abdou ZOURE

Abdou Zouré est le rédacteur en chef de Burkina24.

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