Souleymane Zèba de Naturama : « Les choix politiques ont leur coût environnemental »

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Les questions environnementales sont-elles prises en compte dans les programmes des différents candidats à la présidentielle ? Telle est la question posée à Souleymane Zèba, président de la Fondation Naturama, à 48 heures de la fermeture de la campagne électorale comptant pour les élections législatives du 29 novembre 2015. Les réponses seront décalées par rapport à l’actualité nationale, mais le nouveau président élu pourra en prendre de la graine durant les cinq prochaines années que le peuple burkinabè lui a concédées pour conduire le Burkina sur la route du développement.

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Burkina24 (B24) : En écoutant les différents candidats aux élections, est-ce que vous avez l’impression que les questions environnementales sont prises en compte ?

Souleymane Zèba (S.Z) : Il se trouve que non seulement l’environnement est très peu pris en compte dans les programmes des candidats, mais autour de la campagne, il n’y a pas tellement de plateformes de discussion entre les candidats et les populations.

Aux meetings, ce sont les candidats et leurs représentants qui parlent. Mais les paysans ont rarement la parole pour poser les questions.

A Naturama, on ne s’attend pas à ce que l’environnement soit seulement un chapitre du programme d’un candidat. L’environnement est une matière assez complexe.

Quand les candidats parlent de l’agriculture, ils parlent de la mécanisation. Puis facilement, vous les entendez dire au titre de l’agriculture, « on est premier producteur de coton » et vont encourager cette tendance-là. Il se trouve cependant que toutes les options de programmes économiques ont leur coût environnemental.

B24 : Qu’est-ce que la mécanisation de l’agriculture peut avoir comme effet sur l’environnement ?

S.Z : Il est démontré que sur nos sols déjà fatigués, les tracteurs retournent la terre jusqu’à 30 centimètres de profondeur. Quand vous avez retourné cette terre cette année et que l’année prochaine vous la retournez à nouveau, sans un apport sérieux en fumier, ce sol devient du sable. Vous avez complètement dégradé le sol.

Ceux qui disent qu’ils vont acheter des milliers de tracteurs et de charrues, cela ne veut pas dire que c’est mauvais, mais il y a un coût qu’il faut payer. Ce coût-là, c’est qu’il faut investir suffisamment en fumier organique pour que la fertilité du sol demeure durable.

Je ne fais pas l’apologie de la daba. Je dis que tous les choix de modernisation ont un coût environnemental. Faute de quoi, on se flatte. Ils vont faire un programme qui va avoir un effet les deux premières années et après, le paysan est grugé. La productivité qu’il avait à l’hectare, il ne l’a plus. Il a perdu la productivité de sa terre. Et la nation a perdu la productivité du territoire national.

C’est pareil quand je donnais l’exemple du coton. Si vous regardez dans les 30 dernières années, les changements qu’il y a eu au niveau de la fertilité des sols sont des changements négatifs pour le Burkina. Il y a 35 ans, Dori était la zone qui produisait le plus le coton. Aujourd’hui, si tu dis qu’on peut y produire le coton, les gens vont te prendre pour un fou.

C’est pourquoi nous disons que les choix politiques, que ce soit dans le domaine de l’agriculture, minier, ont un coût environnemental.

Les gens ne se rendent pas compte qu’on a un passif sérieux en matière de fertilité des terres. Ces dernières années, on a lessivé les terres avec des options politiques qui n’étaient pas compensées du point de vue environnemental.

L’aspect économique et social de l’environnement nécessite un investissement public. Les politiques publiques de développement qui constituent l’ossature des offres des candidats devaient être particulièrement attentives à cela.

B24 : Y a-t-il une estimation de cet investissement ?

S.Z : Cela dépend de l’option politique. Ce que nous observons c’est la naïveté des candidats par rapport à un certain nombre de choix qu’ils croient bons parce qu’ils ne mesurent pas les conséquences de ce que cela veut dire.

Nous disons qu’il y a des domaines qui ont besoin de beaucoup plus d’investissements publics. Cela demande que l’Etat injecte de l’argent. Pour ne pas continuer à dégrader, on a besoin d’investissements.

B24 : Au-delà des interpellations, avez-vous approché les candidats ?

S.Z : C’est même notre approche. Les gens ne votent pas tellement sur la base du programme chez nous, pour le moment. Nous croyons qu’une fois qu’on a élu les députés et le chef de l’Etat, il y a une possibilité de dialoguer pour attirer leur attention sur les différentes dimensions de leurs choix politiques. S’ils écoutent, on pourra être entendu. S’ils n’écoutent pas, on aura d’autres moyens pour nous faire entendre.

B24 : Lesquels ?

On peut utiliser la presse, la rue pour se faire entendre. C’est clair. On a dit que plus rien ne sera comme avant. Je crois que les limites de la démocratie, c’est qu’un bon leader peut vous garantir la démocratie et ses dividendes. Mais la démocratie ne vous garantit pas que vous aurez un bon leader.

Nous espérons avoir des bons leaders. Si on a des bons leaders, ils vont nous écouter. Si on n’a pas de bons leaders, on va utiliser d’autres voies.

B24 : Si vous aviez les 14 candidats en face de vous, qu’est-ce que vous allez leur dire ?

S.Z : Je leur dirai que leur programme reflète le déficit de capacité du pays dans le domaine environnemental. Il faut qu’ils sachent qu’une fois les élections terminées, les gagnants, c’est comme s’ils dormaient. Il faut qu’ils se réveillent. Que la réalité est différente de la campagne. Et que comme ils doivent se réveiller, ils nous trouveront.

Entretien réalisé par Abdou ZOURE et Oui Koueta

Burkina24

Oui Koueta

'The vitality of a country can also be measured through that of its journalists'

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