Deux Burkinabè de la diaspora à Taïwan s’adressent au Président Roch Kaboré dans une lettre ouverte

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Dans cette lettre ouverte,  Serge P. Nabyoure et Moise W. Convolbo tous les deux vivant à Taïwan s’adressent au nouveau Président élu du Burkina Faso, Son Excellence Roch Marc Christian KABORE.

Excellence Monsieur le Président,

Nous vous félicitations pour votre élection à la Présidence du Faso. Vous avez été élu par un peuple déterminé qui, en vous mettant à sa tête, veut reconstruire son pays sur des bases nouvelles. Dans la dynamique de cette aspiration commune, permettez-nous de partager avec vous nos perspectives et d’attirer votre attention sur trois points-clés qui nous paraissent indispensables pour cette reconstruction.

  1. De la particularité de la génération présente

Nous reconnaissons d’emblée que chaque génération a son histoire. Certaines générations se soumettent, d’autres se battent. D’autres encore “se cherchent” pendant que d’autres se libèrent. Certaines générations enfin détruisent alors que d’autres préservent … ainsi se façonne la destinée des Nations.

Nous reconnaissons également que chaque histoire a sa génération. Dans toute histoire de développement, il y a une génération charnière qui pose les fondements et la charpente d’une nation marchant inéluctablement vers un développement visible et intégral, et qui accepte, par ses sacrifices, ses renonciations et sa détermination, à en payer le prix.

La génération présente du Burkina Faso assume son histoire et ses responsabilités. Les 30 et 31 octobre 2014, elle a montré ce dont elle était capable pour s’affranchir de la mal gouvernance. Depuis lors et spécialement lors du coup d’état manqué du 16 septembre 2015, elle a encore montré sa détermination à ne pas y retomber. Elle a payé le prix fort du sang – que les âmes de nos martyrs reposent en paix. Par conséquent, il n’y a plus de défi au développement que cette génération ne saurait relever. Galvanisez-la donc pour qu’elle aille de conquête en conquête sinon vous la prédisposez à vous combattre, et c’est vous qui en sortirez perdant.

  1. De la nécessité de construire durablement le pays

Excellence Monsieur le Président,

Vos premiers mots au lendemain des élections portaient sur l’urgence de se mettre au travail pour la reconstruction du pays. Nous devons effectivement relancer la construction de la nation sur de bases nouvelles ; et la seule manière de construire un pays, c’est de le construire effectivement ! Daignez jouer votre partition. Construisez les routes, gagnez « la bataille du rail ». Que ce soit vos réalisations plutôt que vos arguments qui marquent votre passage à la tête de la nation. Ce n’est un secret pour personne, vous n’aurez ni le temps ni les moyens de vous attaquer à tous les chantiers, quelle que soit votre bonne volonté. Toutefois, vous pouvez réaliser peu et bien, avec le temps et les ressources à votre disposition.

“Le Burkina est un pays aux ressources limitées” et “pour un pays comme le nôtre, tout est prioritaire” : voilà deux excuses, communément évoquées par les gouvernements passés et qui, franchement, ne doivent plus avoir de place dans notre discours National. Elles endiguent les mentalités et nous maintiennent dans le statu quo. En effet, l’insuffisance des ressources est une réalité à laquelle rien ni personne n’échappe : des chefs d’entreprises aux chefs de famille, des pays riches aux pays pauvres… Aucun pays n’a jamais eu à sa disposition toutes les ressources dont il a besoin. Nous devons tous travailler en synergie pour bâtir notre nation avec ce que nous avons : le potentiel humain. Par ailleurs, il est temps que nous ne confondions plus l’importance et l’ampleur des tâches à abattre avec les priorités. Il y a certes beaucoup à faire dans un pays comme le nôtre; beaucoup de tâches importantes à exécuter, mais il vous incombe de les prioriser pour nous conduire vers un vrai développement durable. Ne trahissez pas les défis que vous vous êtes vous-mêmes lancés.

  1. De la vision partagée d’une Nation prospère

Pour finir, Excellence,

Une nation se doit d’avoir une vision claire, connue de tous et à laquelle tous adhèrent en consentant les sacrifices requis à sa réalisation. C’est autour de cette vision que le reste gravite : Santé, Éducation, Économie, Développent des infrastructures, etc. Une vision nationale doit être l’aboutissement d’études approfondies et de concertations entre les différentes composantes de la société, notamment les experts et les acteurs-clés de la vie socio-économique. Rompre avec le passé requiert que les hommes politiques se mettent au service de la réalisation de cette vision en apportant leur savoir-faire et des propositions concrètes.

Vous ne serez plus Président lorsque ce Burkina dont nous rêvons tous se réalisera mais il ne se réalisera jamais si chacun de nous a une perception différente de ce rêve. Nous devrons nous départir des expressions ambiguës comme “pays émergent”, “pays de référence dans la sous-région” ou d’autres du même genre qui entretiennent plus de confusion qu’elles n’éclairent sur les contours de notre rêve commun. Adoptons plutôt un langage simple, claire et sans équivoque accompagné d’une illustration précise. Considérons une image représentative de ce que nous voudrons devenir. Comme le dit l’adage, « une image vaut mille mots » : A quel pays le Burkina ressemblera-t-il à l’orée de 2035 ou de 2050 ? Au Maroc d’aujourd’hui ? À l’Afrique du Sud ?  À la France ? Ou au Brésil ? Osez nous proposer une orientation, Monsieur le Président !

C’est seulement une fois que nous aurons déterminé avec clarté où nous voulons aller que nous saurons apprécier les vents favorables qui nous mèneront à bon port.

En vérité c’est maintenant que commence la vraie transition : une transition vers un Burkina plus soucieux des aspirations du peuple, vers un Burkina véritablement démocratique et prospère, vers un Burkina qui se construit… L’évolution de notre nation vous offre aujourd’hui une opportunité unique d’opérer une rupture et de mener le Burkina Faso vers une nation qui sait où elle va et va où elle veut aller.

Que Dieu vous aide dans cette mission et bénisse notre nation.

Serge Panogbnean NABYOURE ([email protected] ) et

Moïse Wendkuuni CONVOLBO ( [email protected] ),

Deux Burkinabè vivant à Taïwan.



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