Le général de brigade Pingrenomma Zagre est désormais le chef d’état-major général des armées

Putsch du 16 septembre 2015 : Ce que le Général Pingrenoma Zagré a fait

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Qu’est-ce que le Général Pingrenoma Zagré, chef d’état-major général des armées, a-t-il fait pendant le coup d’Etat du 16 septembre 2015 ? A-t-il soutenu le Général Diendéré dont il est promotionnaire ? Les jeunes officiers des garnisons lui ont-ils forcé la main pour prendre d’assaut le camp Naaba Kom II ? Il donne des réponses dans une interview accordée le 9 décembre 2015  à nos confrères de Sidwaya, dont voici un large extrait.

Sidwaya : Aux premières heures du putsch de la mi-septembre 2015, le peuple a attendu son Armée pour venir à son secours. On a eu l’impression que les FAN (Forces armées nationales) ont tardé avant de réagir. Que s’est-il passé ?

Pingrenoma Zagré. : C’est exactement le 16 septembre, aux environs de 14h20 lorsque je terminais le Conseil d’administration de l’USFA que j’ai été appelé par le général Diendéré, m’informant de l’arrestation du Président du Faso et des membres du gouvernement. Sur le champ, j’ai réagi en disant que c’était un fait très grave qui venait d’être commis.

J’ai ajouté que ce fait était en contradiction avec les efforts que nous étions en train de mener afin que les FAN se retirent entièrement de la vie politique. J’ai alors convoqué les chefs d’états-majors pour une réunion à 17h. J’y ai associé la commission de réflexion et d’aide à la décision, qui a été mise en place au cours de cette année 2015 et qui permet de traiter de certaines questions stratégiques.

Nous avons également sollicité à la réunion son Excellence Jean-Baptiste Ouédraogo et Monseigneur Paul Ouédraogo. Au cours de cette rencontre qui a duré de l’après-midi du 16 septembre jusqu’au lendemain à 3heures et demie, de manière unanime, nous avons condamné le coup d’Etat. Nous nous sommes investis à convaincre Diendéré qui était assisté à la réunion du colonel-major Kéré, d’arrêter l’action qui était en cours, de procéder à la libération immédiate des membres du gouvernement et de se soumettre à l’autorité de la Transition.

Nous avons dû, dans la même nuit, nous rendre au camp Naaba Koom pour y rencontrer une délégation des éléments de l’ex-RSP en vue de les persuader de revenir sur leur action, et leur montrer qu’il était totalement inadmissible pour des militaires, après tant de mois d’effort de la Transition pour permettre le retour à une vie constitutionnelle normale, de prendre de telles initiatives. Sur notre insistance, dans la même nuit, il a été procédé à la libération des quatre femmes ministres. Vous savez, un putsch de ce genre est une opération politique et militaire.

A l’avènement du coup, nous ne savons pas s’il y avait des alliances sur lesquelles le général Diendéré s’appuyait pour dire qu’il avait le soutien de l’Armée. Donc, il fallait observer pour connaître l’environnement dans lequel nous sommes. Ce n’était pas une situation où le pays était en crise avec une force étrangère. Il s’agissait d’un contexte dans lequel, au sein d’une même Armée, des composantes, notamment le RSP, où nous savons très bien que c’était un groupuscule qui imposait son diktat. Nous avons analysé pour ne pas prendre de décisions précipitées qui allaient mettre en péril la vie des membres du gouvernement et donner lieu à une escalade de la violence.

J’avais l’intime conviction qu’une option d’affrontement immédiat allait avoir des conséquences bien plus graves. Voici les raisons pour lesquelles, dans les premiers instants du putsch, nous nous sommes abstenus de tomber dans le piège que nous tendaient les éléments de l’ex-RSP.

Sidwaya : On a eu l’impression que la haute hiérarchie militaire a été débordée par de jeunes officiers qui ont décidé d’intervenir. Est-ce exact ?

Pingrenoma Zagré. : Lorsqu’effectivement au niveau des garnisons quelques officiers ont pris contact avec moi, on a pris des options. J’ai dit qu’il fallait éviter toute décision précipitée qui allait mettre en péril la vie des membres du gouvernement et donner lieu à une escalade dont les conséquences allaient être bien plus dramatiques avec l’instauration d’un chaos et une insécurité généralisée à travers non seulement l’agglomération de la zone de Ouagadougou, mais au-delà, ce qui pouvait exposer notre pays à une insécurité au niveau de nos frontières.

Voici un choix simple que j’ai fait lorsqu’au niveau des garnisons, on a pris contact avec moi. Il fallait éviter d’envoyer précipitamment des officiers à Ouagadougou qui n’ayant pas la même perception des choses, pouvaient eux-mêmes s’affronter.

Voici les mesures de prudence que j’ai personnellement partagée avec les autres officiers. Lorsque les chefs de corps sont arrivés à Ouagadougou, il y avait deux options, soit aller à l’affrontement, soit avoir un mode d’action pour éviter l’affrontement. Et c’est ce mode d’action que nous avons privilégié.

Je tiens à vous rassurer que dans ce concept d’opération, nous avons pleinement associé les chefs de corps qui sont venus des autres garnisons et ce mode d’action a été unanimement partagé. Voici comment cela s’est passé lorsque les officiers sont arrivés. Durant les jours qui ont suivi le putsch, il y a eu une stratégie de communication qui a été développée.

Les chefs de corps étaient en contact avec leurs camarades qui étaient au RSP. Au quotidien, nous avions des rencontres tous les soirs pour faire le point de la situation pendant que la troupe était mobilisée sur le terrain en train de dissuader les éléments du RSP sur le risque auquel ils s’exposeraient s’ils persistaient dans leur position.

En ce qui nous concerne personnellement, nous n’avons pas cessé de maintenir le contact avec le général Diendéré et les officiers du RSP pour les convaincre du mauvais choix qu’ils avaient fait, qu’il fallait déposer les armes et se soumettre à l’autorité du chef d’état-major général des armées. C’est ce travail qui a permis de procéder à un changement de mentalité au niveau de la majorité des éléments du RSP et a permis d’éviter l’affrontement.

Sidwaya : Donc ça relevait plus de la stratégie puisqu’entre-temps l’on vous a prêté une certaine proximité avec le général Diendéré qui serait peut-être à la base de cette trop grande prudence ?

Pingrenoma Zagré. : C’est vrai, le général Diendéré est un promotionnaire, j’en ai beaucoup au sein des forces armées nationales. Nous avons ensemble fréquenté l’école spéciale militaire de Saint Cyr. Chacun a eu son parcours professionnel. Il n’y a jamais été ni un confident ni un compagnon particulier pour moi.

En tant que chef d’état-major général des armées, je dois avoir l’intelligence pour communiquer avec les hommes quel que soit leur rang, quel que soit leur niveau. Et c’est sur cette base qu’avec le général Diendéré comme les autres officiers du RSP, je suis resté en contact pour les convaincre qu’ils avaient fait un mauvais choix.

Bien sûr, en dehors de ceux qui font l’objet de poursuite judiciaire, la justice dira ce qu’il en est. De manière unanime, au niveau du commandement, nous avons condamné ce coup d’Etat. Au niveau des relations du général Diendéré et moi, il n’y a jamais eu de complicité, il n’y a jamais eu un appui quelconque que le général Diendéré pouvait attendre de ma part pour faire aboutir ce putsch.

Burkina24

Sources : Bayiri.com, Sidwaya

Rédaction B24

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