“A mes amis détenteurs du pouvoir d’Etat: Félicitations, courage et cohésion !”

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Ceci est une déclaration du Pr Etienne Traoré, président du parti “Burkina Yirwa”, affilié au parti au pouvoir.

D’abord toutes mes félicitations aux membres du nouveau gouvernement. Je crois qu’ils ont toutes les capacités intellectuelles pour réussir leurs missions. Mais à la condition indispensable d’être soutenus par les partis politiques qui les ont mandatés, et surtout le parti majoritaire.

Or à ce dernier niveau, j’entends beaucoup de frustrations de la part de très vaillants militants qui se sont battus pour la victoire du candidat Roch KABORE. Ça me semble être des frustrations légitimes quand on se rend compte que la grande majorité des membres du gouvernement n’a connu ni l’insurrection, ni la défense âpre des campagnes présidentielles et législatives. Il faudra donc vite rééquilibrer les choses pour éviter des résistances, des redditions, sinon des sabotages internes car l’homme est ce qu’il est: plus accroché à ses intérêts qu’à des principes et autres règlements!

Pour réussir, le pouvoir, notre pouvoir, devra vite résoudre ce problème réel, mais aussi résoudre d’autres problèmes dont je ne citerai que quelques uns :

– Les promesses démagogiques et populistes qui sont fort tentantes chez nous où tout est urgent et prioritaire. A cet effet, il sera utile de montrer au peuple quel est le véritable point de notre économie, de nos finances publiques et de notre endettement pour l’inviter aux sacrifices nécessaires de redressement ;

-Transposer à l’Etat le fonctionnement tricéphale ( Roch, Salif, Simon) qui était pratiquement appliquée à la direction du MPP. Ce serait un très gros facteur de lenteur dans la décision au moment où tout est urgent, et même une source d’immobilisme au moment où il nous faut des solutions rapides et justes à nos nombreux problèmes existentiels. Je souhaite alors que cesse ce tricéphalisme (dans le MPP) au profit d’une nette hiérarchie (à la direction de l’Etat) tenant compte de ce fait majeur: le peuple Burkinabè a élu un et un seul Président du Faso!!! Après donc de nécessaires consultations des autres, que le Président décide, ordonne et que les autres exécutent! Hors cette nécessaire hiérarchie démocratique, nous risquons de plonger dans l’immobilisme, voire l’anarchie. J’ai peut-être tort de croire que c’est ce qui a expliqué les retards mis à désigner le Premier Ministre et les membres du Gouvernement !

– Reconduire les mauvaises pratiques d’avant en ce qui concerne nos gouvernants: se mettre au dessus des lois. Nos dirigeants devront se donner désormais un devoir d’exemplarité dans leur travail et leurs comportements quotidiens. A ce niveau, l’Etat devrait se donner les moyens de contrôle interne, écouter et encourager les contrôles externes des contre-pouvoirs civils ( syndicats, mouvements des droits humains, mouvements d’éveil civiques et citoyens, autorités religieuses et coutumières etc.).

-Ruser avec les dossiers de justice par des procédures compliquées et interminables. Avoir donc le courage de réconcilier la justice avec les justiciables par le traitement prioritaire de tous les dossiers de crimes économiques et de sang si longtemps camouflés.

-Continuer à faire des promesses démagogiques et électoralistes aux jeunes et aux femmes (urbains et ruraux). A cet effet, indiquer rapidement la stratégie et le calendrier de solutions au chômage des jeunes, à la paupérisation et l’exclusion des femmes etc.

Je sais que la critique (même constructive) est facile. Mais j’ai la conviction démocratique qu’elle est nécessaire car comme l’a déjà dit Montesquieu: de par sa nature, l’homme a toujours tendance à abuser du pouvoir. Que s’élèvent alors mille sentinelles de la démocratie. Pourvu qu’elles soient critiques (contradictions objectives et désintéressées) et non de critique (contradictions systématiques et subjectives). C’est tout ce que je souhaite pour notre jeu démocratique post-insurrectionnel.

Enfin, à la majorité actuelle, notre majorité, je souhaite qu’elle fasse avancer la démocratie politique, économique et sociale. Que nos dirigeants vivent avec et selon cette conviction: la politique est un service public et social; ce n’est donc pas un lieu et un jeu d’enrichissement. Celui qui ne peut pas accepter cela, je lui demande simplement d’aller faire du commerce !!!

Que Dieu continue de bénir notre pays aux habitants fiers, honnêtes et modestes!

 Etienne Traoré, enseignant d’université. Ouagadougou, le 15 Janvier 2016.

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