David Eboutou : “L’objectif de cet attentat est de rendre le Burkina ingouvernable”

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David Eboutou est expert en questions de Relations Internationales. Par ailleurs Historien, il  a été Consultant pour la Télévision Afrique Media et exerce en ce moment comme Consultant Permanent pour des questions de Panafricanisme sur la Télévision Vision 4. Il exerce également comme Consultant pour plusieurs organes écrits.  Dans cette interview, il scrute la dernière actualité au Burkina Faso, marquée par l’attentat du 15 janvier dernier mais aussi les mandats d’arrêt internationaux contre Guillaume Soro et l’ex-président Blaise Compaoré.

Burkina24: Un mot sur les derniers attentats terroristes qui ont endeuillé le Burkina Faso, quand on sait que votre pays d’origine, le Cameroun,  subit des assauts répétés de ces mêmes terroristes.

David Eboutou: Je voudrais tout d’abord m’associer au vaillant peuple du Burkina Faso en général et aux membres des différentes familles des victimes assassinées en particulier pour leur adresser toute ma compassion.

S’il faut reconnaitre que le terrorisme est devenu un phénomène global aujourd’hui, il est tout aussi important d’intégrer les différentes variables qui favorisent sa propension dans une zone comme dans l’autre. Selon les contextes et les lieux, on peut être à même d’apporter quelques éléments explicatifs qui rendent “crisogéniques” certains pays qui finissent par être la cible des terroristes.

Selon les centres d’interêt, on ne pourrait donc pas classifier les attentats-Kamikazes de ces derniers temps au Cameroun avec ce qui vient de se produire au Burkina Faso, bien que le résultat soit au final le même à savoir que l’on assiste à une boucherie sans pareille.

Burkina24: Quelles sont selon vous, les causes mais également les solutions pour endiguer complètement le terrorisme en Afrique ?

David Eboutou: Ecoutez, les causes liées au terrorisme sont multiformes et plurielles. Elles peuvent épouser des orientations idéologiques, religieuses, sociales, politiques, voire politico-militaires. Souvent celles-ci prennent corps au travers d’un radicalisme et un fondamentalisme  religieux aux relens de manipulations sous-jacentes qui ne laissent pas a priori transparaitre la résilience qui se construit en l’individu qui est formaté.

C’est le cas du terrorisme Takfiriste instrumentalisé par des fondamentalistes wahhabites qui a pendant longtemps procédé par des recrutements subtiles des jeunes aux travers des ONG dans certains pays en crise, prétextant venir en aide à une certaine couche de la  population. L’on a souvent constaté que cette forme de terrorisme prospère également du fait d’un creuset de revendications souvent sectaristes de quelques couches de la population qui finissent alors par y trouver un exutoire à leurs problèmes. Bien entendu, il y a d’autres raisons diverses mais qui partent des postulats suscités.

Parlant de solution, il faut partir du fait que l’activité terroriste est devenue transnationale et donc nécessite automatiquement une approche globale. Mais celle-ci doit intégrer les particularismes de chaque zone d’attaque cible. En d’autres termes, avant d’en arriver à l’opérationnalisation synergique de la mutualisation des forces qui doivent interagir au travers du renseignement, du partage d’informations et bien d’autres, il faille aussi que les politiques des Etats africains travaillent à resserrer le fossé qui existent entre certaines couches sociales.

Il faille travailler à cultiver ce que j’appelle  ‘’une rationalité de l’équilibre de développement’’ seule, susceptible de ne pas créer des frustrations au sein d’un groupe communautaire. C’est comme cela qu’on pourra à mon avis venir à bout du terrorisme .

Vous savez, une idéologie tire sa force dans sa résilience. En d’autres termes, vous avez des gens qui acceptent aller se faire exploser parce qu’ils vous diront qu’ils iront droit au paradis et y croient fermement au point d’en sacrifier leurs vies. Tuez en 100, 1000 ou même 10.000, ils reviendront toujours. Ils combattent comme qui dirait par la Foi, même s’il s’agit en fait d’une vaste manipulation, eux ne le perçoivent pas ainsi.

Donc à ce niveau, on ne saurait opposer systématiquement à une idéologie les canons ou les chars. Il faut plutôt penser à travailler une contre-idéologie et celle-là, ce sont nos Etats, nos politiques qui doivent en créer et en garantir l’applicabilité.

Burkina24: Après Bamako, Ouagadougou, ne faut-il pas craindre que d’autres villes soient victimes de ces attentats ?

D.E : Ecoutez, nul ne peut prédire avec exactitude à quel endroit ces barbares peuvent décider de frapper demain ou après demain. Dites-vous bien qu’étant devenu une vaste activité mondiale, avec des sous-traitances internationales qu’on voit naitre tous les jours, c’est chaque groupe dissident qui veut manifester un désir d’affirmation et de puissance au sein des groupes terroristes déjà connus. Ce qui veut tout simplement dire qu’on ne saurait véritablement pas contrôler tous les mouvements de ces groupes de manière à rendre traçable leurs activités.

‘’Guillaume Soro est une sérieuse épine aux pieds du nouveau régime du Burkina Faso. Il faut l’en écarter ou alors c’est lui qui écartera ce nouveau régime de Roch Marc Christian Kaboré.’’

Burkina24: Comment avez-vous réagi dès l’annonce du mandat d’arrêt international contre le président de l’Assemblée nationale ivoirienne Guillaume Soro? Et quelle est votre analyse de cette actualité?

D.E : C’est avec une fierté particulière que j’ai accueilli l’annonce du mandat d’arrêt du Président de l’Assemblée Nationale Guillaume Soro pour au moins deux raisons. Guillaume Soro a directement été impliqué dans les attentats du putsch manqué du Général Gilbert Diendéré et a essayé à moult reprises d’en perpétrer d’autres putschs  afin de rendre le Burkina Faso ingouvernable.

Aussi, n’oubliez pas que le Burkina Faso a toujours représenté une base arrière pour les sales besognes de ce dernier pendant son passage dans la rébellion qui a causé prés de 15 000  morts en Côte d’Ivoire. Ce qui veut dire clairement que pour Guillaume Soro, il est inadmissible de perdre le seul lieu sûr où il a toujours pu organiser des replis stratégiques du temps de Blaise Compaoré.

Il faut donc féliciter la Justice burkinabè et le nouveau pouvoir de ce pays qui ont vu juste en lançant un mandat d’arrêt international contre un homme qui ne connait que la violence quand il faut régler des affaires d’un Etat. Guillaume Soro est une sérieuse épine aux pieds du nouveau régime du Burkina Faso. Il faut l’en écarter ou alors c’est lui qui écartera ce nouveau régime de Roch Marc Christian Kaboré.

Burkina24: Estimez-vous que ce mandat d’arrêt tout comme celui lancé contre l’ex-président Blaise Compaoré ont la chance d’être exécuté par Abidjan ?

D.E : A mon avis, il ne faille pas chercher à savoir si ce mandat d’arrêt international lancé contre Guillaume Soro tout comme celui de Compaoré va prospérer ou pas. Il s’agit de prendre l’opinion nationale burkinabè et internationale à témoin afin que nul n’en ignore. A mon avis, il s’agit plus d’un message subliminal qui tend à démasquer et à designer les responsables directs de ce qui pourrait advenir à ce pays demain ou après demain au cas ou rien ne sera fait pour les en empêcher.

Personnellement, je sais que les différents mandats d’arrêt internationaux lancés contres ces ubuesques personnages n’ont pas de chance de prospérer pour la simple raison que le trio malsain Ouattara-Soro-Compaoré est celui qui a introduit la violence dans la politique en Cote d’Ivoire et les trois se tiennent comme des triplés siamois. Si l’un tombe, la chaine s’écroule ou se brise.

Aussi, Alassane Ouattara sait très bien qu’en sacrifiant l’un ou l’autre, il ne serait plus à l’abri tant les vérités sortiront sur tout ce qui s’est tramé depuis Ouagadougou sous Compaoré pour évincer le Président élu de Cote d’Ivoire, Laurent Gbagbo aujourd’hui détenu arbitrairement à la Courspénale Internationale. Mais ce qu’il faut dire avec force c’est que nous assistons là aux derniers soubresauts de fin de règne en Cote d’Ivoire. Ce sont des signaux qui ne trompent pas.

‘’Le restaurant Capuccino a été minutieusement choisi afin de dissuader les potentiels investisseurs de ne point venir dans ce pays’’

Burkina24: Dans l’un de vos posts sur les réseaux sociaux, vous avez laissé entendre une certaine coïncidence troublante entre les mandats d’arrêt contre Compaoré et Soro et les derniers attentats de Ouagadougou. Expliquez-nous un peu.

D.E : Bien évidemment. Ma posture d’analyste sur des questions de géopolitique m’amène toujours à interroger un certain nombre de faits et à mettre en relief certains événements qui passent souvent inaperçus par d’autres analystes mais qui au final s’avèrent très importants pour établir la cohérence dans le raisonnement.

Il faut partir d’un postulat simple. Le Burkina Faso est un pays qui ne présentait pas jusque-là quelques signaux facilement exploitables par les terroristes pour qu’ils aient matière à  moudre. C’est un pays qui cohabite tranquillement avec ses 63 ethnies, avec un taux de 60% de musulman connu pour ne pas pratiquer un type de religion rigoriste. Outre cela, Ouagadougou qui a été frappé est une espèce de grand village où il est facile de remarquer une attitude suspecte d’un individu quelconque.

Ajouté à cette posture, il faut signaler que sous Blaise Compaoré dont l’occident a taillé sur mesure le costume de médiateur intergalactique, il était facile de retrouver dans des quartiers huppés de Ouaga des dignitaires des mouvements sécessionnistes de l’Azawad par exemple et des porte-paroles de plusieurs mouvements de rébellion bien connus vivant dans la capitale en toute aise. Ce qui veut dire que ces derniers avaient de très bons liens avec Blaise Compaoré qui savait toujours les manier à son gré pour les résolutions d’un certain nombre de crises dans la sous-région Afrique de l’Ouest. Et pendant les 27 ans de pouvoir de Compaoré, vous avez bien remarqué que ces rebelles ne trouvaient pas matière à moudre au Burkina.

Sur un autre plan, le Burkina Faso vient d’entamer une phase importante de sa vie politico-institutionnelle. Roch Marc Christian Kaboré vient d’être élu sans contestation et jouit donc d’une légitimité incontestable dans son pays. Ce qui n’est pas sans rappeler qu’après avoir « trahi » Blaise Compaoré, ce dernier a affirmé que tant qu’il serait vivant, Kaboré ne serait jamais assis comme Président.

Par la suite, la fuite de Compaoré  vers la Cote d’Ivoire à dessein qui s’inscrit simplement dans le cadre d’une reconnaissance que Ouattara a bien voulu lui donner du fait du rôle de base arrière assurée par le Burkina Faso dans le démantèlement de Laurent Gbagbo n’a pas toujours été bien accueilli par toute la classe politique burkinabè et même Ivoirienne et d’ailleurs, ces suspicions ont commencé à lever le voile avec les écoutes téléphoniques entre Soro et Bassolé d’une part et puis Soro et Dienderé d’autre part.

Les substances de toutes ces écoutes démontrent à volonté le souhait ardent de Guillaume Soro de rendre le Burkina Faso ingouvernable tant qu’il ne serait pas certain que ses intérêts seraient garantis. Rappelons à ce niveau, que la fouille opérée dans sa villa en plein Ouaga il y a quelques mois a fait état des découvertes d’un arsenal de guerre très important, d’une somme de 50 millions de F CFA  et de sacs de lingots d’or.

Connaissant Guillaume Soro comme quelqu’un de très belliqueux au départ, il était évident qu’il ne supporterait pas cet affront et la goutte d’eau qui est donc venue faire déborder le vase est bien entendu ce mandat d’arrêt international adressé à Interpool  par la justice burkinabè contre sa personne. Il se devait d’agir ! Et il l’a fait !

A ce niveau, pas besoin de beaucoup d’explications. Il lui aura suffit de mettre à profit son carnet d’adresses aidé en cela par son ami Compaoré dont les amis de la rébellion commençaient à ressentir la nostalgie de l’absence afin que ces derniers soient mis à contribution pour mettre en mal le nouveau pouvoir, plus précisément dans le but de jeter le trouble au sein des investisseurs internationaux qui seraient tentés de venir investir au Burkina.

C’est pour cela que l’hôtel Splendid et le restaurant Capuccino ont été minutieusement choisis afin d’en dissuader les potentiels investisseurs de ne point venir dans ce pays. Rien n’était donc fait au hasard. La cible était vite trouvée pour justifier la sale besogne. Frapper un endroit prisé par des expatriés afin que leurs pays déclarent le Burkina comme étant une zone grise.

Cela a pour effet immédiat de discréditer le nouveau pouvoir aux yeux du monde tout en freinant son ardeur à faire éclater la justice, ce qui laisse bien évidemment du temps aux principaux organisateurs de cette forfaiture de tisser des liens dans l’ombre afin de continuer à affaiblir ce dernier. Tant que Blaise Compaoré est en Côte d’Ivoire et en liberté et tant qu’à coté de lui il y aura toujours l’homme par qui la violence est un moyen par excellence de l’accaparement de l’Etat, en la personne de Guillaume Soro, tout ceci sous proto-silence d’Alassane Ouattara, le Burkina Faso et notamment le nouveau pouvoir de Roch Marc Christian Kaboré sera toujours menacé.

Il pourra être frappé à tout moment. Ces trois hommes à eux seuls ont une capacité de nuisance qui pourrait mettre à mal toute la sous-région Ouest-Africaine. Cette thèse est d’autant plus réaliste que le nouveau Président burkinabè n’a pas présenté des signaux d’entraves à la justice de son pays afin d’en bloquer les décisions ou même d’essayer d’arrêter le cour des choses en engageant un dialogue direct avec les principales autorités ivoiriennes. Ce qui démontre à souhait qu’il ne veut pas être emporter par  la bourrasque populaire qui a emporté Blaise Compaoré et qui peut l’emporter si le peuple se rend compte qu’on est entrain de tout lui voler.

Guillaume Soro a déjà fait cette lecture et trouve cela inconcevable et par conséquent, il ne lui reste plus qu’une seule voie, celle de la force par tous les moyens afin qu’il reprenne le contrôle de ce pays et comme des esprits avertis comme nous autres connaissons son modus operandi, nous tirons la sonnette d’alarme.

Interview réalisée par Kouamé L.-Ph. Arnaud KOUAKOU

Burkina24



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