Assita KANKO (Femme politique) : “C’est dans la dignité qu’on construit le développement”

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Auteure et femme politique belge, Mme Kanko s’est rendu au Burkina Faso dans le cadre de la reprise de la coopération au développement. Elle nous détaille le contenu de cette visite ainsi que sa vision de la coopération dans l’interview qu’elle nous a accordée.

Burkina 24 (B24) : Avec une délégation de haut niveau, vous avez effectué récemment une visite au Burkina Faso et en Guinée. Pouvez-vous nous expliquez le cadre général ayant soutenu vos séjours ?

Mme Assita KANKO (AK) : La Belgique a repris sa coopération avec le Burkina et la Guinée. Le nouveau ministre Alexander DE CROO a une vision intéressante de la coopération au développement. C’est clairement pour sortir du conservatisme et apporter un soutien qui contribue à permettre à ces pays d’utiliser davantage le potentiel dont ils disposent déjà. Il a raison aussi d’affirmer que « le développement humain passe par le développement économique ». C’est une évidence.

C’est pour cela que plusieurs entreprises belges participaient au voyage. J’ai été amené à accompagner la délégation belge à Conakry et à Ouagadougou en ma qualité de collaboratrice au sein du groupe BIA. BIA a près de 1000 collaborateurs en Afrique avec notamment une antenne active au Burkina Faso et plus généralement dans toute la zone UEMOA sauf en Guinée-Bissau. Ce dont les gens ont besoin c’est un  empli. J’ai revu à Ouagadougou des jeunes avec qui j’ai grandi.

B24 : Qu’est-ce que votre délégation a pu observer sur le terrain avec les entreprises qui vous accompagnaient ?

AK : Ce que j’ai senti sur le terrain, c’est la volonté de stimuler le secteur privé. Vous savez pour faire le commerce international, on bute toujours contre les limites des assureurs comme par exemple le risque politique, le risque de crédit. Le cadre légal pour faire certaines transactions comme le “leasing” n’est pas toujours évident… Le manque de formalisation ne facilite pas l’accès  des PME locales aux financements. Tout ceci constitue plein de freins et empêche les PME de se développer et de créer de l’emploi. Parlant des entreprises, quand on prend un pays comme le Burkina Faso où 49% de la population à environ 15 ans ou moins, de quoi avons-nous besoin : de l’emploi. Quand je regarde les gens avec qui j’ai grandi, des frères, des cousins au Burkina et certains d’entre eux n’ont jamais eu un emploi. Ça me brise le cœur.

Ce sont les PME locales et les investisseurs étrangers qui, ensemble, vont favoriser le développement. Et pour que ces sociétés puissent atteindre leurs objectifs, qui seront évidemment bénéfiques pour la population, il faudra améliorer le cadre des affaires. C’est-à-dire, faire en sorte que juridiquement ce soit possible et que politiquement le Burkina Faso, la Guinée et tant d’autres brillent à l’extérieur.

Et c’est en cela aussi que des voyages comme celui qu’on a fait était symbolique parce qu’aux yeux de la communauté des affaires au niveau international, des assureurs, c’est une marque de confiance venant de la Belgique et de l’Europe. Je crois que cela pourra apporter un plus, être un argument pour encourager à investir d’avantage. Ce que j’ai pu observer c’était beaucoup, beaucoup d’espoir et de volonté.

B24 : Pourquoi la coopération Belge avait-elle suspendu sa coopération avec le Burkina et pourquoi la reprendre maintenant ?

AK : La suspension de la coopération résultait d’un choix politique légitime. La raison pour laquelle elle a été reprise est la confiance suscitée par l’esprit de la transition au Burkina. Une volonté est alors née pour accompagner ce processus qui porte beaucoup d’espoir. Il s’agit d’une volonté aussi d’aider un des pays les plus pauvres au monde et qui a une situation géographique très stratégique représentant à la fois un atout et un défi pour sa population.

D’un point de vue géopolitique, le Burkina Faso est le carrefour de l’Afrique de l’Ouest. Ce choix de reprendre la coopération a été aussi encouragé par la confiance que l’on peut avoir en sa population. Quand le président de la transition est venu en Belgique, nous étions fiers. Personnellement, j’ai reçu beaucoup de messages de gens qui disaient qu’ils avaient de nouveau confiance au Burkina et qu’ils pensent que le pays va s’en sortir. Cela fait vraiment plaisir.

Et pour la Guinée, quand il y a eu Ebola, tout le monde s’en est allé, mais la Belgique a tenu à continuer. Elle est restée à travers la présence de son industrie pharmaceutique (GSK) ainsi que la SN Brussels Airlines qui a été la seule compagnie Européenne à poursuivre ses vols vers Conakry. La Belgique est donc un pays très solidaire. Solidaire sans être dominateur, ce qui est très important parce que c’est dans la dignité qu’on construit le développement.

B24 : Vous avez pu donc lors de votre séjour rencontrer les autorités nouvellement élues dont le président KABORE. Quelle a été l’objet précis de vos discussions ?

AK : Le président KABORE a reçu la délégation et ses déclarations étaient très encourageantes. En Guinée aussi la délégation a été réçue par  le président CONDE, la société civile, des acteurs de la vie économique et certains d’entre nous ont pu visiter le centre Ebola. Au Burkina Faso nous avons pu visiter la société « Baraji » qui m’a vraiment impressionnée. Ils font du très bon travail. Ils emploient plus de 2000 personnes avec un plan social pour leurs employés, une égalité homme/femme parfaite.

Nous avons pu voir comment les entreprises locales changent concrètement la vie des gens. J’ai d’ailleurs pu remplacer quelques minutes une femme qui travaillait à la chaine et cela m’a fortement ému. C’est une belle image qui me reste. Ces femmes qui ne sont pas en train d’aller chercher de l’eau au puits mais plutôt en train de travailler pour gagner un salaire. C’est leur dignité qu’on leur rend. Il faut soutenir l’initiative privée pour que plus d’entreprises puissent arriver à ce résultat.

Lors de la rencontre avec le président, les sujets qui sont revenus en dehors de l’entreprenariat sont premièrement la santé reproductive et les droits des femmes. Au Burkina comme dans certains autres pays d’Afrique, sévissent toujours à des mariages précoces ou des grossesses indésirées. Les violences sexuelles ne sont pas suffisamment réprimées. L’UNFPA nous a cité l’exemple où dans une école de la région du nord, sur 1000 adolescente 800 étaient enceintes.

C’est l’avenir qu’on gaspille. 14% des adolescentes du Burkina sont confrontées à des problèmes de grossesses indésirées, ce qui est quand même énorme vue la proportion de la population qui à moins de 18 ans. On peut raisonnablement se poser la question de savoir si ces grossesses ont été provoquées par des relations sexuelles désirées ou non. Ce qui nous amène sur le terrain des violences sexuelles insidieuses ou non qui doivent quand même être prises en compte. Puis il y a le droit à l’avortement qui n’a pas été suffisamment abordé à mon sens.

Mme Assita KANKO, membre du conseil d'administration de la Coopération Technique Belge
Mme Assita KANKO, membre du conseil d’administration de la Coopération Technique Belge.

B24 : Et concrètement que vous a-t-il dit ?

AK : J’ai été agréablement surprise lors de notre rencontre avec  le Président Kaboré parce que dans son discours il a souligné 4 points qui m’ont frappée. En ce qui concerne l’accès à l’eau potable, il a dit vouloir aller vers « la corvée zéro pour les femmes d’ici 2020 ». Quand j’étais petite au Burkina Faso, j’ai fait plusieurs va-et-vient, des kilomètres à pied avec un seau d’eau sur la tête et c’est un seau qui a pratiquement grandi en même temps que moi. Aujourd’hui ça me fait mal de savoir qu’il y a encore des petites filles qui passent leur journée à faire cette corvée au lieu d’être à l’école autant que les garçons.

C’est quand même énorme dans la vie d’une femme, le temps qu’elle passe à transporter de l’eau pour les autres, laver à la main les vêtements des autres, à cuisiner avec du bois et à faire plein d’autres choses pour les autres gratuitement. Quand on regarde en plus tout ce qu’elles transportent en même temps que les enfants c’est énorme. L’accès à l’énergie et à l’eau potable va soulager beaucoup les femmes.

Un autre point que le Président a abordé et qui m’a frappée, c’est l’amélioration du cadre des affaires parce qu’on ne pourra pas construire des droits sociaux dans un désert économique. Et au niveau de l’énergie le président a parlé de l’utilisation de l’énergie solaire.

S’il y a quelque chose dont on dispose en abondance au Burkina Faso, c’est quand même le soleil. Et il est important de penser à cela au vu de tous les délestages actuels. Pour les entreprises c’est une perte de temps parce que le temps c’est de l’argent. Un autre élément qui a été abordé c’est la question de sécurité et nous l’avons vu avec ce qui s’est passé le 15 janvier dernier.

B24 : L’on vous sait féministe convaincue et surtout engagée. On constate dans le gouvernement burkinabé la présence de « seulement » 7 femmes soit 25%, est ce que la coopération belge a prévu des actions pour encourager les femmes à participer à la vie politique et à se porter comme décideur comme vous l’avez fait vous-même en Belgique ?

AK : Quand nous sommes arrivés pour notre visite au Burkina, le gouvernement n’était pas encore constitué, il y avait donc le Président KABORE et le gouvernement sortant. C’est vrai que c’est dommage de nommer si peu de femmes mais la Belgique n’est pas très bien placée pour donner des leçons sur ce terrain. Ce serait voir la paille dans l’œil du voisin et ne pas voir la poutre dans le sien.

Chez nous aussi nous avons une sérieuse marge de progression.  Le droit des femmes est un problème universel, c’est pour cela que le thème de mon nouveau livre est « La deuxième moitié ». J’y parle de la moitié de l’humanité qui est encore reléguée au second rang et cela fait un peu écho au deuxième sexe de Simone DE BEAUVOIR. Le parlement Français par exemple compte moins de 30% de femmes. Le Rwanda est le premier dans le monde à avoir suffisamment de femmes au parlement.

On voit donc qu’il s’agit d’un combat universel. Il reste que dans les priorités de la Belgique pour la coopération, l’accès à l’eau potable, la santé reproductive, l’amélioration du cadre des affaires et l’éducation sont des points très importants. C’est clair que c’est cela qui va permettre aux femmes de se libérer d’accéder à l’éducation. Comme un des ministres guinéens l’a dit et cela résonne encore dans ma tête, « La petite fille ne pourra éventuellement aller à l’école que quand elle aura fini les corvées ». Je le sais et je l’ai vu, suffisamment de femmes ne pourront trouver un emploi au Burkina que lorsqu’il n’y en aurait suffisamment. Cela tout simplement parce que les hommes sont toujours les premiers servis.

B24 : Mais il faut quand même inverser cette tendance…

AK : Oui il faut qu’on inverse cette tendance. Il le faut. Pour résister aux mariages précoces et aux violences sexuelles qui restent encore tabou de nombreuses filles n’ont pas des personnes de confiance à qui se confier. Cette solitude est dangereuse et cruelle. Pour inverser la tendance, il faut qu’on arrive à faire sortir les filles des sentiers allant aux puits et qu’on arrive à leur montrer aussi des images de femmes qui ont pu réussir. Personnellement, j’ai la volonté de contribuer à redonner de l’espoir mais aussi de l’audace aux femmes parce que personne ne va leur donner la permission de venir s’asseoir autour des tables qui comptent.

Partout où j’ai réussi à m’asseoir sur une table, je n’ai pas attendu qu’on me donne la permission, je me suis imposée. Il faut que les femmes enfoncent les portent et osent dire « NON » de plus en plus fort et plus souvent ensemble. Mais pour y arriver il faut d’abord survivre à tout ce qui les guette quand elles ont 14-15 ans. Elles ont besoin d’être protégées par des lois justes qu’on applique sans faute. Il faut juste faire en sorte que les gens qui commettent des actes répréhensibles comme les violences sexuelles puissent aussi être poursuivies. Tout le monde doit avoir dans la tête le fait que l’impunité n’existera plus.

C’est seulement à ce moment-là que les filles pourront terminer leur scolarité parce que quand une fille est enceinte qu’est ce qui se passe ? Elle est exposée à des dangers, elle peut se faire chasser par sa famille, elle peut mourir en couche, plein de femmes meurent sans avoir fini de grandir. Si on n’utilise pas le potentiel de toutes ces femmes reléguées au second rang, c’est comme si une entreprise décidait de fonctionner uniquement avec la moitié de son personnel.

La délégation belge reçue par le Président Kaboré

B24 : Etes-vous repartie de votre visite avec des conclusions, actions concrètes qui seraient prévues avec le redémarrage de la coopération?

A.K : Pour l’instant nous ne sommes pas vraiment dans les détails, c’est vraiment un nouveau démarrage. Nous sommes repartis de Ouagadougou le cœur plein d’espoir et avec une confiance en la population et aux gens sur place.

Ils ont vraiment envie de foncer, d’avancer et ils ont besoin que tout le monde leur fasse confiance afin que les affaires reprennent et que les gens osent investir dans ce pays où il y a plein de jeunes qui ne cherchent qu’à travailler. Souvent nous avons l’image que nos populations ont juste besoin d’être aidées. Mais non ! Elles veulent travailler. Ce sont des gens dignes.

B24 : C’est vrai justement que faisant référence au président SANKARA, l’aide doit nous aider à nous passer de l’aide. Et c’est ce que vous semblez dire. On ne veut pas rester assis à attendre que tout vienne de l’extérieur mais on veut quand même participer.

A.K : Les gens sont pas du tout assis à attendre l’aide et je suis tout à fait d’accord avec DAMBISA MOYO quand elle parle d’aide fatale. Ce qu’il faut, c’est le développement économique grâce auquel le développement humain aura lieu. Dans l’entreprise « BARAJI » que nous avons visitée, elle est financée et soutenue par la fondation Durabilis et a bénéficié d’une subvention au moment d’acquérir l’équipement nécessaire au démarrage. Et ça ce n’était pas de l’aide mais une collaboration qui aujourd’hui porte ses fruits.

C’est cela l’avenir de la coopération. Quand on regarde le nombre de personnes qui y travaillent (2010 personnes) et qu’on voit que 50% sont des femmes, alors on se dit que si l’entreprise n’avait pas existé, ces 50% de femmes ne seraient pas en train de travailler. Avec son personnel à Ouagadougou et Bobo et bientôt à Fada on constate que l’impact se fait sur plus de 5000 familles car vous savez comment les familles « manche longue » fonctionnent. Ces personnes aident autour d’elles. Sans compter que BARAJI paye beaucoup d’impôts à l’état burkinabè. On assiste donc au financement de l’état et c’est un cercle vertueux car cela crée de l’emploi, crée des recettes fiscales et crée aussi une fierté de soi. Moi c’est en ça que je crois. Comment peut-on évoluer si on n’est pas fier de soi?

B24 : Parlant de l’aide vous avez touché un point, nous pensions essentiel que la coopération ne devait pas se comporter en aide mais plutôt en collaboration.

A.K. : La coopération c’est un partenariat qui est tourné vers l’avenir en respectant les personnes bénéficiaires.

B24 : Nous n’en sommes qu’au début mais est ce que la coopération a prévu un suivi assez pointu vers les résultats attendus ?

A.K : Il y a un suivi de l’évolution dans tous les pays partenaires donc normalement on suit tous les projets. Il y a des audits. Un exemple, au Burundi nous avons arrêté une subvention du financement de la police quand on a vu qu’il y avait des problèmes en matière de respect des droits humains.

B24 : Vous parlez tout de suite de rassurer, avec les récents événements concernant les attaques du Splendid Hôtel et du restaurant Cappucino, est ce que cette confiance ne sera pas ébranlée malgré le discours des ministres de l’intérieur et des affaires étrangères qui visent à rassurer les Burkinabè ?

A.K : Evidemment quand il y a un attentat quelque part cela est susceptible de compromettre la confiance… Mais en même temps, si on est rationnel on peut très bien se dire que si on ne peut pas le faire à Ouagadougou alors on ne peut pas le faire à Paris non plus. L’attentat est un problème grave mais si on n’abandonne l’espoir, on permet aux terroristes d’atteindre leurs objectifs. Parce que leur volonté justement c’est de tuer cet espoir-là dans l’œuf, de réduire les chances de réussite de la transition démocratique qui est en cours.

J’observe que les forces étrangères qui sont présentes n’ont pas abandonné le Burkina face au terrorisme. Il y a une réaction très forte et une solidarité internationale à ce sujet donc je garde confiance. Je pense que c’est notre devoir face aux violences terroristes actuelles tant à Paris qu’à Ouagadougou ou Bamako. On n’a pas le droit d’abandonner. C’est le monde libre qui est visé à chaque fois, où que ce soit.

B24 : Mais justement au-delà des mots pour rassurer les différents partenaires quelles sont les actions qui devaient être mises place selon vous par le nouveau gouvernement ? On a qu’a même été surpris de voir que des gens se promener avec des armes, des kalachnikovs dans l’une des artères principales du Burkina. Comment l’Etat doit-il réagir ?

A.K : Le Burkina est un pays très pauvre avec très peu de moyens je pense qu’il faut aussi aller chercher de l’assistance technique et financière à l’extérieur, à l’étranger pour pouvoir faire face. Il nous faut évidemment contrôler la circulation des armes. A Molenbeek (ndlr : Commune de Belgique d’où sont partis les terroristes des attentats de Paris) on a vu des gens qui avaient des kalachnikovs aussi et on sait ce qu’ils ont fait à Paris.

Chez nous, nous avons cette insécurité maintenant dans un Etat qui est en train de se construire et d’aller vers un développement dont il a toujours rêvé c’est plus difficile. Il faut notamment faire très attention à ce qui se passe le long de la frontière avec le Mali par exemple, encourager la population à être vigilante et surtout rester ferme sur tout ce qui touche à la sécurité.

Il faut bien sûr avoir des projets pour la jeunesse afin de la préserver des pièges de la radicalisation parce qu’on a une population très jeune qui a besoin d’avoir des perspectives d’avenir. Sans compte le linge sale de l’ancien président qu’il faut laver. Qu’a-t-il fait dans son coin pendant 27 ans au pouvoir ? Le président Kaboré et le gouvernement Thiéba ont encore du pain sur la planche. Il faut leur faire confiance et les soutenir.

B24 : En restant toujours dans le cadre des attentats, est ce que l’Etat belge a réagi directement ?

A.K : Le premier ministre et les membres de son gouvernement ont fermement condamné l’attentat. On a pu aussi le lire sur les comptes twitter des vices premiers ministres Didier Reynders et Alexander de Croo.

B24 : Parlant de l’ancien Président COMPAORE, nous supposons que « la fille du collectif » comme on vous appelait à l’époque doit être fière qu’il y ait eu des élections avec un nouveau président. Et pour vous c’est peut-être même un aboutissement.

A.K : Je suis très, très heureuse qu’il ait eu cette transition démocratique. Mais je suis réaliste, je sais qu’un processus de changement se fait étape par étape et pour moi le fait que COMPAORE ne soit plus là c’est très bien. Maintenant, la population devra rester très vigilante, il y a eu des élections démocratiques et aujourd’hui on a une constitution au BURKINA qui est bien bétonnée.

La coopération internationale reprend et donc quelque part je pense qu’il y a des choses  qui ont été faites au BURKINA ces dernières années qui deviennent inimaginables. Parce qu’on est passé à un autre niveau de comportement politique aussi bien au niveau des politiques qu’au niveau des citoyens. Nous avons une maturité qui est là, une volonté qui est là et ça c’est un acquis. Je pense que cela apporte beaucoup au pays qui était sous perfusion pendant si longtemps alors qu’une minorité s’enrichissait. Aujourd’hui il y a des possibilités et des opportunités pour tout le monde, des défis aussi, ça fait partie de la vie.

B24 : Selon vous, la société civile qui s’est retrouvée un peu « politisée » ces dernières années ne devrait pas se mettre un peu à l’écart pour permettre au président KABORE de travailler et d’être justement le garant de ce qui se passera afin d’éviter certaines dérives ?

A.K : C’est la constitution qui garantit cela c’est le respect de la constitution et le respect des lois qui garantit cela. On a besoin aussi d’une société civile vigilante et active, c’est aussi cela la démocratie.

B24 : Mais comment être sûr qu’il va la respecter totalement ?

A.K : Ça c’est hypothétique! Nous avons entendu le discours du Président et il a quelques années encore devant lui pour faire ses preuves. Ce qui est très important c’est rester vigilant, de faire confiance mais la confiance n’exclut pas le contrôle, dit-on. C’est en son âme et conscience s’il veut subir ce que le président COMPAORE a subi et partir dans la honte. Je ne crois pas que Kaboré soit ce genre de président car j’ai entendu de sa part un discours très noble, qui est tourné vers l’avenir.

J’ai aimé aussi quand il a insisté sur la santé parce que l’accès aux soins de santé en milieu rural est un défi majeur. Dans le cadre la santé, il faut souligner le problème des sanitaires. Je pense qu’il faut que chaque famille ait de bonnes latrines. Si jamais un jour il y a une épidémie, je ne sais pas comment on peut faire. En milieu rural, pas mal d’enseignants m’ont écrit concernant les latrines dans les écoles. Les gens ne peuvent pas aller se soulager correctement et souvent cela freine l’éducation des filles. Au Népal, ils ont le projet de construction plus de 5000 latrines dans les écoles. Je pense que c’est une idée qui devrait retenir l’attention des gens.

B24 : Avez-vous des points à ajouter concernant le Burkina et les attentats ?

A.K : C’est clair qu’aujourd’hui le monde a besoin d’être solidaire face au terrorisme. C’est partout dans le mode qu’on tente de tuer l’espoir. On pousse la porte d’un café pour rencontrer des amis ou pour un entretien et on se demande si on n’est en sécurité et c’est la même chose dans la tête qu’on soit noir, blanc, ou jaune, qu’on se promène à Ouagadougou à Paris, ou à Bruxelles. Il faut vraiment qu’on réussisse à être solidaire face à ce fléau qui frappe et qui détruit notre quiétude, notre tranquillité quotidienne. L’attentat de Ouagadougou ce n’est pas seulement contre Ouagadougou, c’est un attentat contre toutes celles et tous ceux qui sont du côté de la vie et de la liberté.

B24 : un dernier mot concernant votre visite de la coopération Belge

A.K : j’espère que c’est le début d’une très longue coopération qui va être win-win pour tout le monde et qu’on verra des entreprises atteindre leurs objectifs dans ce pays et donner de l’emploi aux jeunes et aux femmes.

Entretien réalisé par HDLC

Correspondant Burkina 24



Hubert DeLorenzo COMPAORE

Correspondant de Burkina 24 en France

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