Procureur Laurent Poda : « Il n’est pas tolérable qu’une justice privée s’instaure à côté de celle étatique »

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Le pays a été ébranlé ces derniers jours par des soubresauts liés soit aux structures d’auto-défense soit aux populations qui se rendent justice en prenant d’assaut les commissariats de police et brigades de gendarmerie, extirpant des présumés coupables de leurs lieux de détention. Face à tout cela, le Procureur général près la cour d’appel de Ouagadougou sort du silence. Il a animé une conférence de presse ce mardi 15 mars 2016. Laurent Poda est revenu sur les faits tels qu’ils se sont produits et a rappelé que « la paix sociale à laquelle nous aspirons doit passer par le respect par tous des lois que nous nous sommes forgés pour régir notre société ».

Faits présumés de viol à Diapaga

Suite à des faits présumés de viol commis sur une mineure, un jeune homme avait été mis aux arrêts et déféré  à la Maison d’arrêt de Diapaga avant son jugement. Selon les dires du Procureur, des élèves rassemblés en groupe et « n’ayant pas eu gain de cause » auprès du haut-commissaire pour « la libération immédiate et sans condition », s’en sont pris aux locaux du palais de justice et de correction en procédant au saccage et à l’incendie desdits lieux.

Convergence de « Koglwéogo » sur Fada N’gourma

Dans ce cas-ci, tout est parti de l’interpellation et la conduite de 12 personnes au parquet de la ville de Fada. Dix (10) des douze interpelés sont membres d’une association d’auto-défense. Les deux autres sont quant à eux suspectés de vol que les premiers ont pris le soin de « ligoter » et de « conduire » dans une autre région avant leur interpellation par la police judiciaire.

Deux enquêtes différentes avaient été diligentées par le procureur du Faso, dont une contre les 10 personnes pour enlèvement, séquestration, tortures et coups et blessures volontaires, et l’autre contre les deux autres soupçonnées de vol de bétail.

« Alors que les deux procédures, relate le procureur général Poda, étaient  toujours en cours, que des individus se déclarant appartenir au même type d’association que les dix personnes écrouées et gardées en prison, ont annoncé leur descente sur Fada N’Gourma pour exiger la libération immédiate et sans condition de leurs membres détenus ».

Du lynchage d’un présumé coupable à Cinkansé

« Inquiété du fait que son frère et son neveu qui étaient passés de l’autre côté de la frontière, sur appel téléphonique de quelqu’un », un habitant de la localité a saisi la brigade territoriale de Cinkansé à la date du samedi 12 mars 2016.

A la suite de la perquisition du domicile « d’un individu sur qui pesaient des soupçons », il a été procédé à son interpellation. La population après avoir incendié la maison de l’interpellé s’est rendue à la brigade de gendarmerie. Conséquence, « le gardé à vue a été lynché à mort ».

Appel du procureur général

Tout cela fait beaucoup de dérapages en un temps record des populations pour se rendre justice aux mépris même du principe de la présomption d’innocence. Pour Laurent Poda, procureur général près la cour d’appel de Ouagadougou, il n’est pas tolérable qu’une justice privée s’instaure à côté de celle étatique.

Il a par ailleurs invité les populations à passer par les voies de recours en la matière en s’adressant aux parquets, aux commissariats de police et aux brigades de gendarmerie. « La paix sociale à laquelle nous aspirons tous, dit-il, doit passer par le respect par tous des lois que nous nous sommes forgés pour régir notre société ».

Oui Koueta

Burkina24



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