Grève au CHR de Tenkodogo : Soupçons de détournement et manque de médecins

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Le Syndicat des travailleurs de la santé humaine et animale (SYNTSHA) du Centre hospitalier régional de Tenkodogo était en mouvement de grève les 5 et 6 avril dernier. Trois points principaux font l’objet de leur revendication. Il s’agit de l’amélioration de leurs conditions de travail,  la transparence dans la gestion des recettes du CHR et la motivation du personnel. Le personnel gréviste menace de mener d’autres actions d’éclat s’il n’obtient pas gain de cause.

Durant ces deux jours d’arrêt de travail, c’est le siège du Mouvement burkinabè des droits de l’homme et du peuple (MBDHP) du Boulgou qui a servi de cadre de rencontre pour les militants du Syndicat des travailleurs de la santé humaine et animale (SYNTSHA) du Centre hospitalier régional de Tenkodogo. Les membres du bureau du SYNTSHA section Boulgou ont exposé à leurs militants les conclusions des négociations qui ont lieu entre le Conseil d’administration, le Directeur général du CHR et les représentants du syndicat.

En rappel, des points égrainés de la plate-forme, les hommes en blouse demandent, pour ce qui est des conditions de vie et de travail, une amélioration de la gestion des consommables, et des médicaments pour faire face « aux ruptures fréquemment enregistrées ». Toujours au niveau de ce premier point, les travailleurs réclament une amélioration des évacuations sanitaires par la réduction du temps d’attente de l’ambulance et le renfort du CHR en personnel.

 L’évocation de ce dernier élément a suffi pour soulever le courroux du secrétaire général du SYNTSHA, Mathias Guitanga qui dénonce l’insuffisance des médecins. « La maternité et la pédiatrie manquent de médecins spécialistes.  Le seul gynécologue qu’on avait est affecté ailleurs. Le seul chirurgien que nous avons aussi est affecté à Ouahigouya », fulmine-t-il.

Soupçon de malversations financières…

Le bureau du syndicat plaide pour l’ouverture d’une seconde caisse pour permettre la fluidité des actes
Le bureau du syndicat plaide pour l’ouverture d’une seconde caisse pour permettre la fluidité des actes

L’autre nœud gordien de ce bras de fer est lié aux suspicions sur la mauvaise gestion des recettes du CHR. A titre d’exemple, le SG du syndicat confie que c’est un contrôle des recettes en 2013, suivi de la vérification des quittances manuelles qui a permis de découvrir des dysfonctionnements dans la gestion des recettes. « Sur 149 quittancées manuelles qui nous ont été remise, nous avons constaté qu’il y avait un manque à gagner de 7 millions de F CFA», souligne Mathias Guitanga.

C’est dire, poursuit-il qu’entre ce que les caissiers ont versé au niveau de l’agent comptable et ce qui est effectivement reversé au trésor, il y avait un manque à gagner de plus de sept millions huit cent mille F CFA.

Autre argument  étayé est cette disparité dans la publication des recettes mensuelles. En l’absence du caissier principal pour congé maladie durant le putsch de septembre, le syndicat dit constater que les deux semaines de travail qu’ils ont pu effectuer (Du 1er au 15 septembre), la comptabilité a publié comme résultats plus de 14,3 millions de F CFA de recettes.

Alors que la publication du mois d’août, considérée comme une période de pic, s’élevait à 14,2 millions de F CFA. Par rapport à cette situation, les grévistes pointent du doigt « le laxisme » du DG du CHR, Constant Dahourou. Ils disent avoir signifié à ce dernier de prendre ses responsabilités pour faire régner la transparence dans la gestion des recettes.

La défense du DG

Le DG se défend en disant qu’il reçoit chaque mois de l’agent comptable  l’état des recettes. « A mon tour, s’écrie-t-il, j’envoie à tous les services, pour que chaque service puisse savoir ce qu’il a fait comme consultation et ce que cela a rapporté en termes de finance au CHR ». Il y a certains services qui ne se reconnaissent pas dans ce que l’agent comptable fait.

Constant Dahourou insiste qu’il y a des processus pour que ceux qui ne se reconnaissent pas et qui gardent en général les doubles de leurs quittances, qu’ils les apportent afin que l’agent comptable puissent faire des corrections. Malgré cela la crise de confiance demeure. A ceux qui pensent que le DG du CHR y est pour quelque chose dans la mauvaise gestion des finances, celui-ci leur répond qu’il n’a pas « une possibilité assez étendue d’action » sur la comptabilité du CHR.

« Vous savez que nous sommes dans un établissement public où le directeur général est ordonnateur et l’agent comptable est appelé comptable public. Il y a une séparation de fonctions entre l’ordonnateur et le comptable. Ce n’est pas comme dans les projets ordinaires ou dans les services publics où on voit le directeur et son SAF(ndlr : Service Administratif et Financier) ou comptable », précise-t-il. Le DG dit n’être pas habilité à contrôler ou faire un audit de l’agent comptable et que c’est le Trésor public qui est sa hiérarchie qui est habilité à le faire.

Le DG persona non grata ?

Quid du troisième point ? Ce dernier point porte sur la motivation du personnel avec en toile de fond l’élaboration d’un plan de carrière pour le personnel contractuel et la nomination d’un directeur général par intérim.

 Le syndicat ne semble pas être d’accord pour la reconduction de l’actuel DG du CHR en fin de contrat depuis le 18 février dernier. Or le Président du conseil d’administration, Romial Sawadogo que nous avons contacté au téléphone affirme que Constant Dahourou a été soumis à l’évaluation et qu’il a obtenu la note qu’il faut pour renouveler son contrat.

A ce que dit le PCA, le dossier serait même passé sur la table des ministres de la santé et des finances qui ont déjà donné leur accord pour le renouvellement du contrat. Juste avant l’entame de cette grève, une équipe de l’inspection générale du trésor a commencé le 04 avril, les travaux d’audit au niveau de l’agence comptable.

Le SYNTSHA prévient que s’il n’y a pas de satisfaction à l’issue de ce mouvement de grève, il va déposer un autre préavis de grève de deux semaines.

Martin OUEDRAOGO

Correspondant de Burkina24 à Tenkodogo

Rédaction B24

L'actualité du Burkina 24h/24.

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