Sidi Tiémoko Touré, Ministre ivoirien de la jeunesse : « Le véritable Eldorado se trouve dans nos différents pays africains »

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Dans cette interview accordée à Burkina24, le Ministre ivoirien de la Promotion de la Jeunesse, de l’Emploi des Jeunes et du Service Civique, a partagé sa vision et ses espoirs pour la jeunesse africaine en général et la jeunesse ivoirienne en particulier. Il revient, entre autres, sur la politique du gouvernement ivoirien en matière d’emploi des jeunes. 

Burkina 24 (B24): Vous écrivez sur votre site web officiel, « le Gouvernement ivoirien, avec à sa tête S.E.M. Alassane Ouattara, a inscrit la jeunesse et l’emploi des jeunes au cœur de son action », fin de citation. Que devons-nous entendre par cette phrase et comment cela se traduit dans les faits?

Sidi Tiémoko TOURE (STT): Cela est très visible dans l’action du gouvernement et la première initiative pour matérialiser cet engagement qui émane du Président de la République, est ce qu’il a appelé « un Conseil Présidentiel sur l’Emploi », en début d’année 2015. Ce conseil a abouti à la restructuration du gouvernement, avec la création d’un Ministère dédié à l’emploi des jeunes en Mai 2015.

Dès la mise en place de ce Ministère qui lui était directement rattaché, toujours pour marquer son intérêt pour la question, il nous a  instruits sur d’importantes mesures  qui visaient en l’occurrence, à organiser l’écosystème de l’emploi en Côte d’Ivoire. Ce qui a entrainé la refonte de plusieurs initiatives de différents Ministères, dans un seul organisme qui est l’Agence Emploi Jeunes. Cette structure en effet, officie de façon permanente, en tant que Guichet Unique de l’emploi en Côte d’Ivoire.

B24 : Vous avez récemment participé au troisième Forum international sur les politiques publiques de l’emploi qui s’est tenu, du 02 au 03 mars 2016 à Marrakech, au Maroc autour du thème : « Promouvoir la croissance via des politiques et institutions inclusives du marché du travail ». Vous avez à cet effet instruit les participants sur la politique mise en place par le gouvernement ivoirien en matière d’emploi des jeunes et à  l’auto-emploi. Est-ce que vous pouvez revenir sur les grandes lignes de cette politique de l’emploi du gouvernement ivoirien ?

STT : L’engagement de l’Etat de Côte d’Ivoire est essentiellement de donner le plus d’emplois possibles à tous ses jeunes. La problématique de l’emploi des jeunes est mondiale et nous avons partagé notre jeune expérience, pour ce qui me concerne personnellement, mais qui est large, parlant de mes prédécesseurs. En effet, nous avons partagé avec nos collègues des autres pays notre expérience sur «  l’Opération Agir », qui a eu énormément de succès au niveau national, d’autant plus que cette initiative a permis le financement de plusieurs activités génératrices de revenus sur toute l’étendue du territoire ivoirien.

De façon générale, ces rencontres sont des rendez-vous du donné et du recevoir, un véritable partage d’expériences. Pour ainsi dire, nous avons beaucoup appris auprès de tous ceux qui ont une antériorité dans la démarche.

Par ailleurs, notons que l’actualité repose sur la problématique des migrations. A cet effet, nous avons présenté notre politique en direction des Ivoiriens de l’étranger, désireux de revenir s’installer définitivement en Cote d’Ivoire, dans des conditions décentes. Nous prévoyons de les accueillir et les encadrer dans le cadre d’un programme que nous avons également présenté à  cette rencontre.

En somme, ces assises nous ont permis de beaucoup apprendre et de mieux affiner nos politiques sur l’emploi des jeunes en Côte d’Ivoire.

B24 : Vous disiez en substance que la question de l’emploi des jeunes est un défi global. Est-ce que le chômage des jeunes en Côte d’Ivoire comporte une spécificité ? Si oui, laquelle ?

STT : Effectivement, la question de l’emploi des jeunes est un défi global. Justement, toujours en référence aux travaux de Marrakech, tous les participants se sont accordés sur le principe que son traitement devrait être à la fois global et local. En ce qui nous concerne, nous avions déjà, à certains égards, pris des dispositions pour le traitement local de l’emploi des jeunes.

Pour revenir à votre question, la spécificité ivoirienne réside dans la proportion des jeunes dans la population totale. Les statistiques révèlent que 77,7%  de la population ivoirienne a moins de 35 ans. Les jeunes sont donc en majorité. Ce fait pourrait constituer une force mais également comporter des risques.

Tout compte fait, nous le considérons comme un véritable challenge que nous devons relever à travers des initiatives et des programmes spécifiques que nous développons au bénéfice de tous les jeunes de Côte d’Ivoire dans leur diversité et sans exclusive.

B24 : D’aucuns reconnaissent en l’Afrique, le continent de la croissance et des meilleures opportunités. Toutefois, l’Afrique est également le continent où le chômage des jeunes bat des records. Selon vous, comment peut-on expliquer le fort taux de chômage sur notre continent ?

STT : Encore une fois, le problème du chômage des jeunes n’est pas un problème propre à l’Afrique, encore moins à la Côte d’Ivoire.  C’est un problème international et c’est pour cette raison que vous verrez cette question apparaitre dans l’agenda de tous les gouvernements. Cette problématique est la résultante de ce phénomène de migration, qui est un sujet d’actualité.

Nous pays africains sous-développés ou en voie de développement, connaissons ce phénomène parce que nos jeunes recherchent l’eldorado sous d’autres cieux, pour un  meilleur devenir. De façon spécifique, nous leur expliquons qu’il est raisonnable d’aller se former ailleurs pour acquérir des qualifications, mais que le véritable Eldorado se trouve dans nos différents pays africains, où de nombreuses opportunités s’offrent à eux. Je le dis, on vit mieux dans nos différents pays. C’est donc un encouragement au retour que nous faisons.

Certes des efforts restent à faire sur notre continent mais il n’en demeure pas moins que les gouvernants africains mettent en place des politiques qui permettent à l’Afrique d’afficher les meilleurs taux de croissance dans le monde. Je suis confiant que dans les années à venir, beaucoup de choses devraient être rattrapées en matière d’emploi des jeunes.

B24 : Plusieurs gouvernants voient en l’entreprenariat des jeunes une panacée pour réduire les taux  de chômage dans les pays africains. Quelle est votre approche face à la question de l’entreprenariat des jeunes ?

STT : Je suis entièrement d’accord avec cette approche et c’est justement le message que nous passons à nos jeunes frères depuis notre prise de fonction. Il a été présenté depuis plusieurs années, ici en Côte d’Ivoire, comme dans d’autres pays africains, que la réussite se trouve dans l’administration.

Dans l’analyse, l’offre d’emploi dans l’administration est très limitée. L’autre schéma présenté aux jeunes est l’emploi salarié, qui bien qu’intéressant, reste tout de même limité. L’alternative après ces deux (2) parcours est l’auto-emploi ou encore l’entreprenariat. En clair, j’insiste et je révèle que c’est par l’auto-emploi ou l’entreprenariat que l’Afrique peut gagner le combat contre le chômage.

C’est d’ailleurs ce message que nous passons aux jeunes et cela procédera à un changement de mentalité, pour que les jeunes comprennent qu’il faut qu’ils prennent leur destin en main. L’Afrique a besoin de cette nouvelle génération de citoyens qui se prennent en main et qui comprennent qu’elle est pleine de richesses. Seuls les entrepreneurs peuvent pleinement profiter des richesses de l’Afrique.

Burkina24 : Un mot sur le service civique qui fait également partie de vos prérogatives. C’est quoi le service civique pour le citoyen lambda et quel est l’objectif visé par le président ivoirien en l’inscrivant dans votre portefeuille ministériel ?

STT : Le Service Civique est suffisamment bien illustré à travers le prototype de ce que nous avons appelé depuis un moment « l’Ivoirien Nouveau ». Le civisme est donc le chemin qui mène à « l’Ivoirien Nouveau », un concept qui amène l’Ivoirien au changement de comportement, à l’adoption de bonnes pratiques telles que l’assiduité et la ponctualité au travail, la rigueur, le respect des valeurs républicaines, le respect d’autrui, des biens publics, etc… et ce sont, entre autres, des valeurs que nous prônons dans nos programmes en rapport avec le Service Civique.

Burkina24 : Un mot sur les attaques terroristes perpétrées sur la plage de Grand-Bassam ce dimanche 13 mars. Ce qui est d’ailleurs un événement inédit en Côte d’Ivoire.

STT : Nous avons été fortement affligés par cette attaque terroriste. Nous sommes d’autant plus indignés, que les mains qui ont perpétré cette attaque appartiennent à des jeunes. Jeunes Ivoiriens ou jeunes non-Ivoiriens, peu importe ! Cela me donne l’opportunité de lancer un appel aux jeunes afin qu’ils comprennent que leur devenir n’est pas dans la violence et qu’ils apprennent à faire confiance aux dispositions prises par le Chef de l’Etat, S.E.M Alassane Ouattara et son gouvernement, pour les accompagner dans une meilleure réalisation de leurs vies.

Qu’ils soient patients. A certains égards, l’impatience peut les amener à emprunter des raccourcis, qui ne sont pas la solution à leur problème. J’invite donc les jeunes ivoiriens, également les jeunes de toute autre nationalité, à se détourner des chemins qui les conduisent à leur perte, qui détruisent leurs vies et de celles des autres.

Burkina24 : Quelle est  la vision que vous partagez pour la jeunesse ivoirienne ?

STT : J’ai une forte conviction en ce que les jeunes d’aujourd’hui ont énormément de potentiels, car ils le démontrent tout le temps. En effet, les jeunes aujourd’hui ont décidé de faire la fracture d’avec les comportements du passé. Ils sont plus perspicaces et nous nous en réjouissons fortement, d’autant plus que la force d’une Nation réside dans cette frange de la population.

La jeunesse ivoirienne a envie de changer et de se prendre en main. Nous sommes donc là pour la guider vers les meilleures destinations, à travers différents programmes que nous voulons inclusifs. Personne ne sera laissé sur le chemin. Qu’il  soit rural ou urbain, diplômé ou non, chacun aura une réponse à sa préoccupation.

De ce fait, j’invite tous les demandeurs d’emploi, les porteurs de projets en quête de financement, les jeunes en quête de formation qualifiante et de requalification, à visiter le site web de l’Agence Emploi Jeunes, www.emploijeunes.ci. Ils y trouveront à coup sûr, un début de réponse à leurs problèmes. Merci de cette opportunité offerte par Burkina 24 et tous mes encouragements à la jeunesse de l’Afrique et de la Cote d’Ivoire en particulier.

Interview réalisée par Kouamé L.-Ph. Arnaud KOUAKOU

Correspondant de Burkina24 en Côte d’Ivoire

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