Nathanaël Ouédraogo: « La mairie doit avoir des appartements, de grands immeubles à loyers modérés »

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Il pense que la capitale burkinabè manque d’humanisme et bat campagne pour, dit-il, inverser la tendance en lui offrant un visage « humain ». Lui, c’est Nathanaël Ouédraogo, directeur de la campagne de l’Union pour le progrès et le changement (UPC). Candidat à la mairie de Ouagadougou, il envisage construire des Habitats à loyers modérés (HLM) accessibles à tous pour limiter l’extension de la ville, des lycées d’excellence dans les 12 arrondissements, des plateformes multifonctionnelles pour les femmes. Il dit préférer l’idée de bitumage des voies déjà tracées parce que « c’est mieux que nous ayons tous des routes goudronnées que d’aller faire un seul échangeur ». Dans une interview accordée à Burkina24 ce mardi 17 mai 2016, il a décliné son programme projet de société qu’il entend exécuter une fois investi dans ses fonctions de nouveau bourgmestre.   

Burkina24 (B24): Le samedi 14 mai, vous disiez ne pas être un « parachuté ». Connaissez-vous aussi bien les réalités de la ville et pensez-vous que cela soit un atout dans la course qui mène à la mairie?

Nathanaël Ouédraogo (N.O.): D’abord nous commençons par la loi, qui dit que pour être conseiller, il faut être résidant dans la localité ou avoir des intérêts économiques certains. Le législateur a voulu que les personnes qui doivent être élues connaissent bien le terrain. Pourquoi ? Tout naturellement, quand vous connaissez le terrain, vous êtes mieux situé pour en connaître les problèmes et peut-être proposer des solutions.

‘’L’étranger ne connaît pas là où il y a toujours un trou, mais le natif connaît là où, il y a les problèmes’’. En plus, ‘’c’est la personne qui dort dans la maison, qui connaît là où,  il y a des fuites et que l’eau rentre par le toit’’. Cela suppose que le législateur a voulu cela et cela doit donner des atouts pour la personne.

Dans mon cas, je suis né à Ouagadougou, j’ai grandi et je connais très bien Ouaga. En tant que membre fondateur de l’UPC, militant et responsable, je vis au quotidien les réalités. Ayant battu le pavé à Ouagadougou, tous ces éléments montrent qu’il est important de connaître ces atouts et c’est ce que j’ai.

(B24): Votre programme de société s’intitule « Ensemble, faisons de Ouagadougou, une ville moderne à visage humain ». A quoi se résume ce projet d’humanisation de la ville ?

(N.O.): L’humanisation de la ville pour nous, est résumée par deux choses. Faire un environnement et s’occuper des gens qui vont vivre dans cet environnement. C’est aussi simple que ça. On appelle cela en science un biotope, l’écosystème dans lequel les gens vont vivre.

Nous partageons le même environnement. Et justement, nous devons faire en sorte que les deux soient en harmonie, en symbiose. Et c’est pour cela que nous disons faire d’abord une ville moderne et deuxièmement à visage humain. C’est bien de construire, d’investir, mais il faut qu’on tienne compte que c’est pour des gens.

(B24): Vous utilisez un slogan « Wogodg ya yamba, Wogodg ya tondo ». Est-ce que vous pouvez l’expliquer aux non-moorephones ?

(N.O.): Ça veut dire que Ouagadougou, c’est vous, Ouagadougou, c’est nous. Cela veut dire que c’est ensemble, faisons de Ouagadougou une ville moderne à visage humain. Nous ne voulons pas laisser quelqu’un au bord du chemin, le pauvre comme le riche, l’ouvrier comme le commerçant, la vielle comme le vieux, le jeune, tout le monde doit être pris en compte dans notre programme. C’est pour cela que nous disons, Ouagadougou, c’est vous, Ouagadougou, c’est nous.

Les gens se sont sentis à un moment donné exclus par le système qui était en place. C’est pour cela que nous leur redonnons confiance à travers le slogan pour savoir que c’est ensemble, que rien ne sera fait sans eux et avec eux et pour eux.

(B24): Dans votre programme de société, vous déplorez que les charges sociales des secteurs de la santé et de l’éducation ne s’élèvent qu’à 852 millions et 512 millions de  F CFA pour un budget de 55, 83 milliards de F CFA. Vous proposez d’inverser la tendance.

(N.O.): Tout à fait. Je prenais l’exemple de ce gardien, qui a un enfant, qui a un palu. Il se présente dans un centre de santé, on va lui  donner une ordonnance de 20 à 25 000 F CFA. Vous croyez qu’il peut payer ça ? Il ne peut pas. Nous pensons que dans les centres de santé, il doit y avoir une assistance sociale de la commune, qui va rencontrer les parents de cet enfant et qui va regarder les revenus réels de cette famille, de ce ménage.

S’il n’arrive pas à payer l’ordonnance, la mairie devrait pouvoir prendre partiellement ou en en totalité en charge cette ordonnance. C’est de cela qu’il s’agit, Ouagadougou à visage humain. Ce n’est pas de laisser les pauvres mourir et que les riches puissent se soigner.

(B24): Vous ne pensez pas être dépassé par le gouvernement avec sa mesure visant à apporter certains soins gratuitement ?

(N.O.): Non. Nous pensons d’ailleurs que c’est complémentaire. Eux, ils s’arrêtent à la femme enceinte et aux enfants de moins de cinq ans. Je vous donnais l’exemple du père de famille qui ne peut pas payer son ordonnance. Nous allons étendre la mesure. A partir du moment, où nous pourrons vérifier que le revenu de la personne ne lui permet pas de se soigner, la mairie doit faire quelque chose, soit partiellement ou totalement la prise en charge de ses soins.

(B24): Vous dites vouloir inscrire la jeunesse au cœur de l’avenir avec un certain nombre de projets, notamment des lycées d’excellence gratuits dans chaque arrondissement copiés sur le modèle du Prytanée militaire du Kadiogo. Avez-vous pensé à l’après lycée ?

(N.O.): Oui. A partir du lycée, ce qui manque à l’Afrique, c’est essentiellement des techniciens. Nous pensons qu’après le lycée d’excellence, ces gens-là peuvent avoir un BTS, le brevet technique, qui va permettre aux gens d’être des techniciens supérieurs. C’est ce qui manque. On a souvent des gens avec des doctorats et puis en bas, on a le peuple, les gens qui ont un niveau CEP et forcément au milieu, personne ne veut rester au milieu. Parce qu’aussi souvent, on ne valorise pas les techniciens.

Alors que c’est eux qui sont le moteur du développement. Nous pensons qu’après ces lycées, nous pourrons orienter ces gens vers une technicité pour qu’ils aient des emplois. Souvent, on va dans les grands diplômes et on n’a plus d’emplois.

Si vous avez besoin d’un plombier à Ouagadougou, c’est la croix et la bannière. Mieux, vous ne pouvez pas savoir quelle est la capacité de cette personne à faire votre plomberie. Si vous avez besoin d’un électricien, vous ne savez même pas qui appeler. Vous voulez installer une antenne, c’est de bouche à oreille. Il y a plein d’activités que nous pensons pouvoir breveter.

Organiser la fonction comme pour les avocats, une organisation qui va reconnaître ou donner des attestations ou donner une reconnaissance que tel artisan est membre de cette association et a reçu le label. On n’exclut pas les autres, mais c’est l’excellence que nous recherchons.

(B24): L’autre moitié du ciel n’est pas en reste. Parlez-nous du Fonds communal de soutien à la femme et des installations de plateformes multifonctionnelles avec à la clé environ 600 emplois de créer.

(N.O.): L’idée, c’est que pour émerger, on a besoin de commencer par une collectivisation des moyens. Si vous installez une unité complète où les femmes à tour de rôle peuvent venir l’occuper. Nous allons mettre des plateformes. Pour faire la pâte d’arachide, les femmes peuvent décortiquer l’arachide. Après l’avoir grillé, elles peuvent le broyer, elles peuvent avoir des presses pour enlever l’huile.

Mais, il s’agit d’utiliser de manière collective avec des programmations pour permettre à chacune d’avoir des fonds pour s’installer à son compte. C’est cela nos plateformes multifonctionnelles qui vont permettre aux femmes de se lancer. Mais ce sera à elles de définir ce qu’elles font. En fait, il suffit d’innover et nous arrivons à tout de suite à une chaîne de consommation qui se met rapidement et qui génère des revenus pour ces femmes.

(B24): Parlons de logements. Ouagadougou sans visage humain, c’est aussi et surtout le coût élevé des maisons d’habitations. Toute chose qui provoque une extension sans fin de la ville. Que propose le candidat Nathanaël Ouédraogo ?

(N.O.): Au niveau même des parcelles, nous devons mettre en place un fichier, qui sera consultable par tous. Et ce fichier public permettra de voir ceux qui ont une, deux, trois, quatre, dix parcelles. Nous n’allons pas retirer ces parcelles. Les gens les ont acquises. C’est un fait.

Par contre, les autres parcelles que nous devons donner, nous allons regarder très bien qu’on donne à celui qui n’en a pas. Dans le choix de donner, la population va avoir à se prononcer. S’il n’y a pas assez, la population va décider qui est prioritaire. Je pense qu’il est bon que les règles du jeu soient transparentes.

Nathanaël Ouédraogo "Je pense qu’il est bon que les règles du jeu doivent être transparentes"
Nathanaël Ouédraogo: “Je pense qu’il est bon que les règles du jeu soient transparentes”

Si le loyer est cher, c’est parce que l’offre est largement inférieure à la demande.  Nous pensons que la mairie doit avoir des appartements, de grands immeubles à loyers modérés, qui permettent que les jeunes, étudiants ou jeunes travailleurs, puissent résider dans un appartement d’une pièce avec son salon avec une cuisine aménagée.

C’est important pour la mairie de mettre en place des bâtiments à étages qui n’occupent pas de places et qui permettent de loger plusieurs personnes.

(B24): Vous dites qu’ils n’occupent pas de places ces maisons, mais en fonction de la demande, vous aurez besoin de bâtir un certain nombre de bâtiments. Est-ce qu’il y a encore de l’espace dans Ouagadougou pour le faire ?

(N.O.): Dans tous les cas, dans beaucoup de villes, on rachète de l’espace à des gens pour l’utilité publique. Ça existe de déclarer une zone d’utilité publique et de racheter à certains. Si une route est d’utilité publique et doit prendre votre maison, vous serez dédommagés.

(B24): Mobilité urbaine à présent. A quoi ressemblera Ouagadougou, si vous êtes élu maire ?

(N.O.): Dans cinq ans, si nous sommes élus maire de Ouagadougou, nous aurons 50% des routes seront bitumées. Quand je dis bitumer, ce n’est pas seulement le goudron. Nous pensons qu’il faut faire des voies où il y a des parkings pour les véhicules, des trottoirs pour les piétions, des pistes cyclables.

Nous allons faire en sorte que Ouagadougou soit boisée. Nous allons mettre des bancs pour que les gens qui marchent, qui sont fatigués puissent s’asseoir. C’est tout cela Ouagadougou à visage humain.

Ouagadougou n’a que 17% de routes qui sont bitumées. Ce qui fait que quand nous sortons de chez  nous, on cherche le premier goudron pour monter. Et les routes sont surchargées. Et mieux, ces routes ne sont pas entretenues. Nous pensons que même les routes qui ne sont pas goudronnées, il faudrait faire des caniveaux pour qu’on évacue les eaux usées.

Nous parlons justement de tuyauteries pour drainer les eaux usées et les traiter. Il faut forcément à un moment donné – si nous ne voulons pas que les canaux deviennent un nid de microbes, parce que toute l’eau de ménages va là-bas – créer un centre de traitement de ces eaux usées.

(B24): Il nous est revenu que l’idée des échangeurs ne vous enchante pas trop. Dites-nous, c’est quoi le problème avec les échangeurs ?

(N.O.): Je ne dis pas qu’il ne faut pas faire des échangeurs. Je dis que si toutes les rues de Ouaga – 100% – sont goudronnées, on devrait en ce moment commencer à faire des échangeurs et pas avant. Forcément, si vous avez quatre rues qui sont goudronnées dans toute la ville, tout le monde prend ces quatre rues et donc les intersections de ces quatre rues vont créer des embouteillages.

Mais, si vous avez, 50% et plus tard 100% des routes qui sont goudronnées, quand je sors, je n’ai pas besoin de chercher le premier goudron. Je vais là où je vais, sans forcément aller engorger une voies. Donc les voies seront assez fluides, parce qu’il y aura assez de voies goudronnées où les gens rouleront simplement.

Aujourd’hui, on ne le fait pas et on se précipite sur la première voie. C’est pour cela, qu’on a dû faire les échangeurs. L’argent de ces échangeurs coûte énormément cher. Le nouvel échangeur, qu’on est en train de faire – si on avait pris ça – on peut obtenir près de 300 km de route dans Ouagadougou.

C’est mieux que nous ayons tous des routes goudronnées que d’aller faire un seul échangeur. Dans tout les cas, les gens venant de l’autre côté, ils vont aller à l’échangeur, mais ils vont redescendre. Ça boucherait. Cet échangeur ne servira à rien, tant que nous n’aurions pas fini de goudronner.

Je suis sûr que pour décongestionner, si nous faisons beaucoup de goudrons, si nous faisons beaucoup de passages, les gens ne seront pas obligés de se retrouver en  un seul coin.

Nous pouvons faire deux, trois ceintures autour de Ouagadougou, des boulevards circulaires qui vont désengorger. (…) Forcément le centre-ville sera désengorgé. C’est si simple que cela. Pour nous, l’échangeur devient indispensable, quand toutes les routes sont goudronnées.

C’est vrai qu’il y a un prestige, qui veut qu’on ait des échangeurs pour montrer que notre ville est moderne. Mais, est-ce que ça résout nos problèmes ? Je pense qu’à l’étape où nous sommes en termes de viabilisation de nos voies, je ne pense pas que ce soit la priorité aujourd’hui.

(B24): Le candidat Nathanaël Ouédraogo a reçu en 2008 le prix qui fait de lui, un entrepreneur innovant pour le compte de la ville de Niamey. Il dit être venu se présenter comme candidat à Ouagadougou pour offrir ce côté assainissement qui manque à la ville. Comment va-t-il procéder ?

(N.O.): En 2008, eux ils venaient après nous par un processus avec une conférence nationale où l’autorité de l’Etat était complètement délitée et où, les gens jetaient des ordures partout. Nous sommes arrivés dans ce contexte à faire en sorte que c’est la population elle-même, rue par rue, qui s’asseye en assemblée générale et qui décide de ce qu’il faut faire.

Et tout de suite la population était d’accord, qu’on vienne prendre leurs ordures ménagères à la maison. Ils étaient d’accord, qu’on installe des poubelles, le long  des rues pour que quand les gens marchent, ils puissent jeter dedans.

En fait, les gens qui s’occupaient du nettoyage des rues, s’occupaient du nettoyage des trottoirs et de collecter les ordures ménagères et les ordures que les usagers de la route pouvaient laisser dans les poubelles. C’était une prise en charge totale et c’était le même groupe qui s’occupait des arbres et de reverdir les espaces verts des routes. Il y avait cinq axes qui étaient pris en charge.

Ce qui a été fait à Niamey peut être fait ici facilement. Encore une fois, rien ne sera fait sans la population, sans son accord. Nous n’allons pas pourchasser les gens, parce que nous aimerions avec le dialogue, la sensibilisation, les solutions venant de ces populations, arriver à réussir le vivre-ensemble.

Propos recueillis par Oui KOETA

Burkina24

Oui Koeta

'The vitality of a country can also be measured through that of its journalists'

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