Santé reproductive: Maternité à un âge avancé, une aventure possible mais risquée !

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Le plus souvent, dans les travaux scientifiques, plaidoyers et autres articles sur la santé de la reproduction, les grossesses précoces viennent en bonne place parmi les types de grossesses à risques. Cela du fait des complications auxquelles ces grossesses donnent lieu généralement. Très rarement, les grossesses contractées à un âge avancé sont évoquées. Pourtant, là aussi, il y a des risques qui peuvent s’avérer mêmes très dramatiques.

Au Burkina Faso, dans la mentalité populaire, tant que la femme n’est pas en ménopause, tant qu’elle peut contracter des grossesses, elle peut continuer à faire des enfants. Mais de l’avis de certains professionnels de la santé, les grossesses contractées à un âge avancé peuvent être sources de danger, tant pour la mère que pour l’enfant à accoucher.

Edith Zagré est accoucheuse auxiliaire à la maternité Guimbi Ouattara située dans le quartier Kôôkô au secteur 4 de Bobo-Dioulasso. Cette maternité, indique-t-elle, enregistre par mois 10 à 15 cas d’accouchements où les mères ont entre 42 et 43 ans.

Or, Edith Zagré est convaincue qu’au-delà de 40 ans, la maternité commence à devenir problématique, car les cellules de la femme vieillissent. Le plus souvent, ces femmes ne sont pas à leurs premières grossesses. Ce sont des femmes qui ont commencé à accoucher depuis un certain âge et qui poursuivent. Les cas de premières grossesses à plus de 40 ans sont assez rares, relève-t-elle. Elle se souvient avoir rencontré un cas d’accouchement où la mère avait 45 ans.

C’était au moment où elle était en poste dans le village de Banwali, une localité frontalière avec le Mali. Les causes, de l’avis de l’accoucheuse auxiliaire, sont notamment liées au fait que certaines femmes, n’ayant pas la maternité facile, bataillent durement pour avoir un enfant. Souvent, c’est très tard qu’elles y parviennent. Ensuite, poursuit-elle, en Afrique, le plus souvent les femmes veulent avoir au moins 5 enfants.

Et certaines n’ont pas la chance de commencer tôt, pour différentes raisons (mariage tardif, diverses raisons familiales). « A supposer, par exemple, qu’une femme commence sa maternité à partir de 30 ans et veuille 5 enfants. Il est pratiquement impossible pour elle de les avoir sans aller au-delà des 40 ans », tente-elle d’expliquer.

Souvent certaines femmes, selon le Dr Mathieu Bougouma de la Direction de la santé de la famille (DSF/Ouagadougou), même sans recourir à une quelconque méthode contraceptive, peuvent avoir des maternités très espacées de façon naturelle. Si d’aventure, ces genres de femmes veulent avoir un certain nombre d’enfants, il y a de fortes chances qu’elles basculent dans l’âge à risque. Son avis rejoint celui d’Edith Zagré.

Edith Zagré, Accoucheuse auxiliaire à la maternité Guimbi Ouattara de Bobo-Dioulasso.
Edith Zagré, Accoucheuse auxiliaire à la maternité Guimbi Ouattara de Bobo-Dioulasso.

Des « présentations vicieuses » à l’accouchement…

En particulier, chez les femmes de plus de 49 ans, les spécialistes sont unanimes qu’augmentent notamment l’incidence du diabète gestationnel, de l’hypertension, la fréquence des placentas prævia, fausses couches, de l’éclampsie et pré-éclampsie, et la nécessité d’une délivrance par césarienne.

Pour Edith Zagré, les femmes âgées de plus de 42 ans, surtout les multipares (NDLR : Celles ayant accouché plusieurs fois) sont des “femmes à risques“. Leur accouchement donnerait lieu toujours à des complications et elles peuvent avoir des présentations vicieuses. A écouter Mme Zagré, il peut s’agir de « présentation transversale », c’est-à-dire, au lieu que le fœtus soit placé de façon longitudinale, il est placé de façon latérale.

A l’accouchement, l’enfant peut vouloir sortir par l’épaule ou le flanc. Il peut également s’agir de présentation du siège, c’est-à-dire que l’enfant sort soit avec les pieds, soit avec les fesses. Ce genre de situation serait très risqué et compliqué à gérer.

Bien entendu, ces présentations ne se retrouvent pas que chez les femmes âgées, mais la fréquence est plus importante chez ces dernières. Ces femmes, soutient l’accoucheuse auxiliaire, ont un suivi particulier : « Quand elles arrivent à la maternité, elles sont orientées vers des gynécologues qui leur offrent la prise en charge appropriée ».

Tranche d’âge idéale comprise entre 20 et 40 ans…

Pour la maïeuticienne, la tranche d’âge idéale, se situe entre 20 et quarante ans. Au-delà de 40 ans, la femme a vieilli et ses cellules avec. Mais les risques ne se limitent pas seulement à la mère. Cela peut donner lieu à des malformations chez l’enfant.

Ces malformations peuvent être le bec-de-lièvre ; le spina bifida, qui est une malformation grave pouvant être responsable de paralysies et d’incontinences ; la macrocéphalie, qui consiste en une sorte d’hypertrophie de la tête ; etc. Aussi, note-elle que plus la maman est âgée, plus elle est fatiguée et éprouve des difficultés pour prendre bien soin de l’enfant comme il se doit. Cela pourrait donner lieu à des risques de malnutrition.

Mais…, toutes les femmes courent le même risque…

Concernant les grossesses à un âge avancé, les avis divergent cependant. De l’avis du Professeur agrégé, gynécologue-obstétricien, Dr Charlemagne Ouédraogo, l’approche à risque est une notion très ancienne qui animait et justifiait l’organisation des consultations prénatales.

Selon lui, cette notion de l’approche à risque permettait d’identifier deux groupes de femmes : l’un ne présentant pas de risque donc à priori aura un accouchement de pronostic plus favorable et un autre groupe constitué des femmes ayant des risques pour lesquels l’accouchement devrait être de pronostic défavorable.

« Ces notions ont été battues en brèche par les différentes recherches et cela a amené l’OMS à abandonner cette notion et à réviser l’organisation de la consultation prénatale (CPN) qui est devenue une CPN recentrée dont l’objectif n’est plus d’appliquer une liste de critères de risque, mais de rechercher des pathologies et de les traiter, puis de préparer l’accouchement.

Pr Charlemagne Ouédraogo.
Pr Charlemagne Ouédraogo.

Toutes les femmes sont à risque. Les femmes de plus de 40 ans présentent les mêmes risques de mourir ou d’avoir des complications à l’accouchement que les femmes de moins de 40 ans. Tout accouchement indépendamment de l’âge peut se compliquer », fait savoir le Professeur agrégé.

Par ailleurs, le Pr Charlemagne Ouédraogo reconnaît que sur le plan des malformations, de façon théorique, le patrimoine génétique des gamètes est de “meilleure qualité” avant 40 ans qu’au-delà et que c’est sur cette base que se fondent des informations « non justifiées scientifiquement » à propos des déficiences. Finalement, il reconnaît que le risque lié aux grossesses à un âge avancé existe bien, mais constitue des informations non justifiées sur le plan scientifique. A noter aussi que ce risque peut varier d’un individu à un autre.

Témoignage d’une Burkinabè, mère de 6 enfants…

« Je suis tombée enceinte pour une 6e grossesse à l’âge de 46 ans. J’ai été étonnée pensant que pour moi c’était terminé. J’avais cinq grands enfants de 29, 25, 22, 19 et 10 ans. Mon mari (El Hadj)  que j’ai rencontré, il y a plusieurs années, a 63 ans et lorsque nous avons su que j’étais encore enceinte, l’information lui a fait froid dans le dos. Il a eu d’abord très peur vu mon âge.

Ensuite, ça été la grande aventure d’autant plus qu’on n’avait pas d’autre choix que de foncer. Dieu merci, ma grossesse s’est bien passée, j’ai pu travailler jusqu’au sixième mois en tant que commerçante.

Egalement, j’ai été bien suivie et tout a été très bon que ce soit les prises de sang, l’amniocentèse, etc… Mon gynéco n’était pas très motivé au début et m’avait fait un scénario catastrophe, mais j’ai foncé car j’avais l’impression que tout allait bien se passer. Il a été stupéfait que tout aille aussi bien. Il m’a tout de même fait une césarienne pour plus de sécurité. Mon bébé est né trois semaines à l’avance comme les deux derniers.

Autour de moi, tout le monde était inquiet, mais content de me voir aussi épanouie. Heureux pour le papa aussi. Aujourd’hui, notre petit homme a 18 mois et nous tenons bien le coup. Bien sûr c’est fatigant mais il va grandir et on est bien aidé surtout ma grande fille qui est folle de son petit frère. Le papa est très fier et m’aide beaucoup actuellement. J’espère que mon témoignage servira à d’autres personnes. Surtout, il faut faire comme on le sent et se moquer du « qu’en dira-t-on ! ».

Grossesse tardive : « Un moindre danger » dans d’autres pays…

Dans la plupart des pays industrialisés, si la grossesse tardive inquiète ailleurs, des médecins pensent qu’il ne faut tout de même pas renoncer à être enceinte à cet âge. Les équipes médicales disent connaître bien les dangers d’une grossesse tardive et sauraient évaluer et traiter les risques.

Une femme peut donc être enceinte jusqu’à la ménopause tant qu’elle a ses règles et une activité sexuelle. En France et dans bien d’autres pays, des études ont démontré que les femmes ont envie de bébé de plus en plus tard. Les conditions de vie économiques, la prolongation des études et l’augmentation du nombre de foyers recomposés repousseraient l’âge des grossesses.

Récemment en Inde, une femme a accouché de son premier enfant à 70 ans

Selon BBC, Daljinder Kaur, âgée de 70 ans a accouché en Inde de son premier enfant au cours du mois d’avril 2016 au moyen d’une fécondation in vitro (FIV). La FIV est une technique de procréation médicalement assistée et de transfert d’embryon. Cette mère, mariée depuis 46 ans, aurait eu recours à la FIV après avoir subi le mépris de son entourage et de la société, dans un pays où l’infertilité est considérée comme une malédiction.

« Quand on a vu la publicité pour la FIV, on s’est dit que l’on devrait essayer, étant donné que je voulais vraiment avoir un bébé », a dit Kaur. Le « National Fertility and Test Tube » avait assuré que le bébé de deux kilos, prénommé Armann, et né le 19 avril 2016 était « en bonne santé et plein d’énergie ».

Quant au père, il s’est dit peu préoccupé par l’âge avancé de leur couple. Il confie que même si « les gens se demandent ce que deviendra l’enfant » une fois les parents morts, il conserve la foi en Dieu « qui s’occupera de tout ». Le cas de Kaur n’est pas le premier puisqu’en 2008, dans l’Etat de l’Uttar Pradesh, au nord de l’Inde, une femme de 72 ans avait donné naissance à des jumeaux, toujours au moyen d’une FIV.

Les grossesses tardives sont donc possibles. Mais, il faut savoir qu’elles comportent des risques mêmes si les complications y liées ne sont pas encore ou totalement explicitées par la science.

Noufou KINDO

Burkina 24

Lire également : Méthodes contraceptives : Il faut vite tordre le cou aux idées reçues !

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Noufou KINDO

@noufou_kindo s'intéresse aux questions liées au développement inclusif et durable. Il parle Population et Développement.

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