Acquis de la Transition : « Aujourd’hui, on sait que nous ne sommes pas des moutons » (Dr Abdoul Karim Saïdou)

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« De l’insurrection populaire aux élections municipales : bilan et défis pour avenir » est le thème du panel organisé par le Balai citoyen et le Centre pour la gouvernance démocratique (CGD) le samedi 11 juin 2016. Pour Hervé Kam, porte-parole des organisateurs, le choix de ce thème s’impose : « il est primordiale, dit-il, de repartir à la source nourricière qu’est l’insurrection victorieuse de notre peuple pour appréhender les phénomènes qui se manifestent devant nous ».

Lors de son intervention, le Pr Etienne Traoré, en faisant le rappel-bilan de la Transition dont les aspirations étaient « une démocratie vraie et une justice » a conclu ceci : « des missions bien accomplies et des bonnes reformes courageusement prises ». Pour lui, les missions de la Transition se résumaient à organiser des élections et assurer la continuité de l’Etat. « Ces deux missions ont été bien remplies en dépit des obstacles crées par l’ex RSP », assure le Pr Etienne Traoré.

Cette « bonne » gestion de la Transition a conduit aux acquis suivant dont cite le Pr Etienne Traoré : la bonne organisation des élections du 29 novembre, la limitation à deux du nombre de mandat présidentiel, l’adoption d’une charte garantissant l’indépendance de la magistrature, une loi portant répression de la corruption, la révision du Code minier, la réouverture des dossiers de crimes économiques et de sang etc. Sur ces points, Etienne Traoré qualifie le bilan de la Transition de « largement et doublement positif ».

La chute de  l’ancien régimeDans le sens de la pérennisation de ses acquis, le Pr Etienne Traoré estime que les gouvernés et les gouvernants doivent se « convaincre que c’est l’insurrection populaire qui est la source et la cause principale et première, de la chute de  l’ancien régime ». Autrement dit, poursuit-t-il, « sans l’insurrection populaire des 30 et 31 octobre 2014, il n’y aurait pas eu les élections du 29 novembre 2015 ». Ainsi préconise-t-il, il faudra rompre avec l’ancienne gouvernance au plan politique et institutionnel.

Le second intervenant, Dr Abdoul Karim Saïdou, moins optimiste que le Pr Etienne Traoré, a estimé que l’insurrection a plus été une « révolution politique que sociale ». Selon lui, l’insurrection populaire a été menée par plusieurs courants politiques ce qui a expliqué la difficulté dans le choix des missions des autorités de la Transition.

Personne ne peut nous soumettre. Tout en partageant certains points des acquis développés par le Pr Etienne Traoré, le Dr Abdoul Karim Saïdou note que le plus important des acquis est la « culture politique, le fait que les citoyens se soient rendus compte de leur capacité à influer sur le système politique (…) Aujourd’hui, on sait que nous ne sommes pas des moutons. Nous sommes des citoyens et personne ne peut nous soumettre à une quelconque dictature », affirme-t-il.

Néanmoins, le Dr Abdoul Karim Saïdou a décelé certaines insuffisances de la Transition : elle « n’avait pas une feuille de route. A pat la Charte de la Transition, il n’y a pas eu de déclaration de politique générale (…) tout était devenu prioritaire ».

La plus grande réussiteOutre cette insuffisance, à la faveur du récent rapport de l’Autorité supérieure de contrôle de l’Etat et de lutte contre la corruption (ASCE/LC), le Dr Abdoul Karim Saïdou tranche : « la Transition n’a pas été un modèle de bonne gouvernance ». Le non passage à la Ve république constitue également une insuffisance, parce que, selon lui « la priorité de la Transition devait être la (nouvelle) Constitution ».

David Moyenga, ex député au Conseil national de la Transition, estime quant à lui que le travail de l’ASCE/LC « est la plus grande réussite » de la Transition. Il cite également la « déconnexion » du Conseil supérieur de la magistrature, même si, regrette-t-il, « cela est pratiquement en train d’être remis en cause ». De ce qui revient alors à la pérennisation des acquis de la Transition, l’ex député estime qu’il faut simplement mettre en œuvre les lois votées sous celle-ci « à moins que certains acteurs ne soient pas sincères ».

Ignace Ismaël NABOLE

Burkina 24



Ignace Ismaël NABOLE

Journaliste reporter d'images (JRI).

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