Abdoul Karim Saïdou : “Les relations entre la Côte d’Ivoire et le Burkina vont se normaliser si Compaoré reste neutre”

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Abdoul Karim Saïdou, politologue et chercheur à l’Institut Général Tiémoko Garango pour la gouvernance et le développement (IGD) dans une interview accordée au confrère Rodrigue Tagnan de Jeune Afrique, mène une analyse sur la qualité des relations entre le Burkina Faso et la Côte d’Ivoire. Les relations entre ces deux pays ont été relativement froissée avec la chute du Président Blaise Compaoré, le 31 octobre 2014 et l’implication supposée de Guillaume Soro dans le coup d’État manqué de septembre 2015 contre les autorités de la transition burkinabè. Il estime qu’après la pluie, le beau temps pointe à l’horizon. Toutefois, tout devra dépendre de l’après-Ouattara.

Le choix de l’annulation du mandat d’arrêt international contre Guillaume Soro, pour Abdoul Karim Saïdou, relève de la mise en avant, par le président Roch Marc Christian Kaboré, de la gestion diplomatique du contentieux qui a opposé la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso.

L’analyse du politologue et chercheur Burkinabè révèle que le Burkina Faso est fortement handicapé vis-à-vis de la Côte d’Ivoire au regard des intérêts économiques, énergétique, politiques et diplomatiques qui les lient. «La présence de Blaise Compaoré et de son inconditionnel Moustapha Chafi en Côte d’Ivoire met le président Kaboré et son entourage dans une position de faiblesse », en a déduit Abdoul Karim Saïdou.

La stratégie du Président Roch Marc Christian Kaboré serait donc de trouver la voie du milieu entre d’une part, la pression de l’opinion nationale burkinabè qui veut que tous ceux qui, de près ou de loin, sont impliqués dans les crimes commis sous le régime Compaoré ou pendant le coup d’État manqué soient poursuivis et d’autre part, les moyens de pressions dont dispose la Côte d’Ivoire.

Selon le politologue et chercheur Abdoul Karim Saïdou, la gestion de ces deux questions à l’avenir dépendra de certaines contingences tant au Burkina Faso qu’en Côte d’Ivoire. Au Burkina Faso, les initiatives de l’opposition politique et de la société civile devraient faire bouger les choses tandis qu’en Côte d’Ivoire, la succession de Ouattara y donnerait plus de visibilité.

« Pour l’instant, on remarque que l’opposition politique en tant qu’institution compte en son sein l’ex-parti majoritaire et qu’elle est trop hétéroclite pour s’accorder sur une position commune. En Côte d’Ivoire, le facteur déterminant sera l’issue de la lutte entre Hamed Bakayoko – ministre de l’Intérieur et de la Sécurité – et Guillaume Soro – président de l’Assemblée nationale – pour la succession du président Ouattara. Si le premier camp triomphe, on peut s’attendre à une utilisation du mandat d’arrêt international contre Soro aux fins de servir des intérêts politiques », a-t-il prédit.

Abdoul Karim Saïdou estime par ailleurs que la véritable stabilité entre le Burkina Faso et la Côte d’Ivoire repose sur la neutralité du Président Blaise Compaoré. « Si Blaise Compaoré reste dans une posture de neutralité et ne tente rien contre ses anciens amis, les relations entre les différents gouvernements vont se normaliser. En revanche, s’il veut utiliser la Côte d’Ivoire comme base arrière dans une logique de vengeance, il sera difficile de maintenir la stabilité de l’axe Ouagadougou-Abidjan. La question est de savoir si les présidents Kaboré et Ouattara pourront transcender les intérêts partisans au profit de ceux de leurs nations respectives », s’est-il interrogé.

Kouamé L.-Ph. Arnaud KOUAKOU

Burkina24

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