Emile Scipion Ilboudo: “Le phénomène des Koglweogo s’apparente à un cancer national”

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Burkina24 (B24): Quelle votre analyse d’homme de média devant le phénomène des Koglweogo?

Emile Scipion ILBOUDO (E.S.I.): L’avènement des Koglweogo, il n’y a pas de doute, suppléait immensément l’incapacité des Forces de sécurité burkinabè  à endiguer le banditisme de grands chemins dans les hameaux et agglomérations du Burkina Faso.

En tout état de cause, leur action s’inscrivait jusqu’à un passé récent dans une forte attente de quiétude et sérénité populaire car ils étaient, en soit, le sauveur du peuple sans secours, presque lâché par les autorités de l’ère Compaoré, plus préoccupées à garder le pouvoir par tous les stratagèmes juridico-politiques que par des stratégies efficaces et durables de lutter contre le banditisme ambiant.

Aujourd’hui, les Koglweogo défraient tristement la chronique, parce qu’ils se croient dans une République à côté du Faso et  se rendent coupables d’exactions extrajudiciaires en faisant subir à des citoyens des supplices sans que la culpabilité de ceux-ci ne soit toujours établie.

Leur avenir inquiète sérieusement quand on sait que Boukary Kaboré alias ‘’le Lion’’, ancien militaire et homme politique, revendique ouvertement son appartenance à la milice. A partir de ce moment, le Président Roch Marc Kaboré, en tant que premier citoyen burkinabè, doit ouvrir les yeux et prendre les mesures qui s’imposent. 

B24: Quelles sont les pistes de solutions que vous recommandez aux autorités en charge de cette question pour la résolution définitive de ce problème au cœur des débats ?

E.S.I.: Il ne faut pas s’y méprendre. Ce n’est pas facile et je crois bien que c’est parce que ce n’est pas facile que le pouvoir démocratiquement élu le 29 novembre 2015 traîne encore à trouver la formule. Il s’agit de résoudre de manière durable et efficace un phénomène qui s’apparente aujourd’hui à un cancer national.

Je recommande aux autorités de procéder d’abord à leur profilage et d’élaborer un mécanisme pour  reverser ceux qui offrent une certaine jeunesse et une dextérité au maintien d’ordre dans une Brigade Nationale de Sécurité qu’on pourrait créer dans la réforme générale des Forces de Défense et de Sécurité, ou alors les convertir en une Brigade de Salubrité pour l’esthétique urbaine au Faso.

Evidemment, cela nécessite une ligne budgétaire et un appui provenant des différentes coopérations que le Président Roch Marc Christian Kaboré ne cesse de tisser dans le monde depuis son accession au pouvoir d’Etat.

B24: Les OSC de la diaspora burkinabè ont récemment manifesté contre le mode de désignation de leur représentant à la commission en charge de l’élaboration de la nouvelle constitution. Quelle est votre lecture de cette situation ?

E.S.I.: C’est leur droit de manifester. Et c’est un droit constitutionnel que ces Organisations de la Société Civile dont vous faites allusion usent. Et ça s’arrête là. J’ose croire qu’elles n’ont pas la prétention de parler au nom de tous les fils et filles de la diaspora.

En démocrate, l’on doit être capable de tolérer et d’accepter l’opinion de son semblable. Moi, j’ai regretté cette manière peu élégante dont les choses se sont passées, et je continue de penser que la première des choses pour tout Burkinabè de la diaspora était  de féliciter celui d’entre nous qui a été coopté pour intégrer la Commission, puis de remercier les autorités du Faso d’avoir impliqué la communauté.

Ce n’est qu’après, seulement après ces civilités que l’on peut raisonnablement et sagement faire valoir notre préoccupation face à ce qu’on pourrait appeler comme une gifle. Mais la manière dont les choses se sont passées, ces OSC ont donné l’impression qu’elles s’engageaient dans une attaque en séries contre ‘’l’élu’’, contre Ouattara Kléna et, au-delà, les autorités du Faso.

Ce que je suggère à l’avenir, c’est qu’on dépassionne les approches et qu’on ne donne pas de nous l’image d’une société en crises constantes et en mal de cohésion. Pour ma part, je continuerai d’encourager tous nos compatriotes au sens de la mesure, de la contenance et de la finesse, car la division congénitale de la communauté burkinabè en Côte d’Ivoire fait le lit du mépris et de l’exclusion que le Burkina Faso nous a infligés, jusque-là.

B24: Vous ne semblez donc pas certain que les Burkinabè de l’étranger participent à l’élection présidentielle en 2020 ?

E.S.I.: Je ne saurai être dogmatique, mais le premier indicateur sera sans nul doute la tenue du référendum qui ouvrira l’ère de la 5è République. Vous savez qu’il n’y a que deux élections auxquelles peuvent prendre part les Burkinabè de l’étranger. Ce sont la présidentielle et les consultations populaires telles que les référendums.

Le fait que des représentants de la diaspora aient été intégrés dans la Commission constitutionnelle nous donne quelques lueurs d’espoir. Mais ce n’est pas suffisant pour mesurer la détermination des autorités à nous faire jouir de notre droit de vote. Pour ce faire, il faut qu’elles résolvent la question pendante du manque de fiabilité et de sécurité des cartes d’identité consulaires puis, qu’elles établissent la liste électorale sur la base d’un recensement préalable des Burkinabè de l’étranger et ce, avant 2018.

Il faudra également d’ici là procéder à l’érection de nouveaux Consulats généraux ou honoraires afin de démultiplier les centres de vote. Vous comprenez qu’il y a de quoi avoir quelques réserves sur 2020. En tout état de cause, le séjour en fin de ce mois du Président Roch Marc Kaboré en Côte d’Ivoire nous permettra d’en avoir une certaine visibilité.

B24: Face à la témérité des mouvements islamiques au nord Mali, le conseil de sécurité des Nations Unies a décidé du renforcement de l’effectif des casques bleus dans ce pays. Qu’est-ce que cette situation au Mali vous inspire en tant qu’observateur ?

E.S.I.: Ce n’est pas trop tôt. Au-delà de l’augmentation de l’effectif, il fallait depuis longtemps faire évoluer et corser le mandat des soldats de la paix au Nord Mali. Et je crois que la dernière résolution onusienne sur le maintien de la paix au Mali est très rassurante. Elle permet aux Casques Bleus d’utiliser tous les moyens, y compris l’usage de la force pour contrer et neutraliser les terroristes et protéger l’accord de paix encore fragile.

B24: L’actualité ivoirienne a été marquée en fin de semaine dernière par le retour de l’exil ghanéen de certains caciques du régime déchu de Laurent Gbagbo dont notamment Kadet Bertin, ex-ministre de la défense et le Maréchal KB. Un mot sur la fin de l’exil des pro-Gbagbo ?

E.S.I.: On ne se sent mieux que chez soi. Vous ne pouvez pas imaginer la misère que vivait la colonie ivoirienne dans des camps au Ghana et un peu ailleurs dans des pays frontaliers. Le retour du Ministre Kadet Bertin, parent et collaborateur de l’ex-Chef de l’Etat Laurent Gbagbo, comme celui de tous ceux qui l’ont précédé est salutaire.

C’est une énième preuve que la Côte d’Ivoire a tourné le dos à la crise postélectorale et travaille au rassemblement de tous ses enfants face aux défis du développement et de l’émergence. Il faut espérer que ce retour au pays rassure tous ceux qui sont à nos jours habités par la peur. L’heure en Côte d’Ivoire est aux retrouvailles, pas aux ressentiments.

B24: Quelle est l’actualité africaine qui a retenu votre attention  ?

E.S.I.: Ce qui a retenu mon attention, c’est la grâce présidentielle que le Président Macky Sall a accordée à Karim Wade, le fils de l’ancien Chef de l’Etat sénégalais Abdoulaye Wade. Certes, cet acte politique a été obtenu grâce à une médiation du Qatar, mais cela dénote également de la grandeur de Macky.

Je souhaite donc que cela fasse tache d’huile dans la sous-région. C’est déjà un signal fort qu’un ancien dignitaire soit jugé conformément à la loi et purge ne serait-ce qu’un bout de temps sa peine. Mais au demeurant, il faut à un moment donné penser à poser des gestes forts dans une logique d’apaisement et de réconciliation.

B24: Votre mot de fin…

E.S.I.: Je suis attaché à l’excellence, dans ma vision comme dans mes productions. C’est ce que je souhaite à mes compatriotes, surtout à ceux de la diaspora. Qu’ils soient dockers, cuisiniers, enseignants, infirmiers, planteurs ou étudiants, je les exhorte à porter haut le fanion du Burkina Faso partout où ils sont.

Nos contemporains et les autres peuples ne sont pas obligés de nous aimer mais de reconnaître le sérieux au travail et notre expertise. A mes frères et sœurs de la religion musulmane, je souhaite une joyeuse fin du Ramadan ou Aïd-el-fitr. Que les efforts consentis le mois dernier durant les aident à être plus authentiques dans leur foi et leur vie de foi.

Interview réalisée par Kouamé L.-Ph. Arnaud KOUAKOU                                                                     Correspondant de Burkina24 en Côte d’Ivoire.

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