Richmond Somé: “Le premier défi de l’étudiant burkinabè au Ghana, c’est la cherté de la vie”

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« Le Burkinabè », c’est le pseudonyme sur les réseaux sociaux derrière lequel se cache Winkome Joël Richmond Somé, étudiant burkinabè vivant au pays de Kwamé Nkrumah, le Ghana. Après la Côte d’Ivoire et avec un détour au Faso, aux lycées provinciaux du Ioba (Dano) et de Diebougou où il décroche un Baccalauréat scientifique en 2008, le jeune Burkinabè a déposé depuis 2012 ses bagages à Accra, la capitale ghanéenne  pour raisons d’études. De passage dans cette ville, nous l’avons rencontré pour en savoir davantage sur sa vie d’étudiant burkinabè au Ghana.

Burkina24 (B24): Racontez-nous les circonstances et les raisons qui vous ont invité à poursuivre vos études ici au Ghana.

Richmond Somé (R.S) : Tout d’abord, après l’obtention du BAC, je me suis inscrit à l’Université de Ouagadougou précisément au département d’économie. J’ai donc passé trois ans à l’UFR/SEG dans les troubles et les retards qu’a connus l’Université entre 2008 et 2011.

C’est finalement en 2012 que j’ai décidé de quitter le pays pour poursuivre mon aventure académique ailleurs et de préférence dans un pays anglophone. C’est ainsi que j’ai choisi le Ghana puisqu’une partie de ma famille s’y trouve.

B24 : Revenons un tant soit peu à vos premiers mois ici à Accra. Comment s’est opérée votre insertion dans la société ghanéenne ? En d’autres termes, quels sont les défis auxquels sont confrontés les étudiants étrangers en général et ceux venant du Burkina Faso, en particulier, ici au Ghana ?

R.S: Je suis arrivé à Accra le 1er mars 2012 et je puis vous dire que la barrière linguistique a été mon premier défi. Il était vraiment difficile de communiquer car je ne parlais que le français, chose que mes interlocuteurs ne comprenaient pas. Le second défi a été la cherté de la vie à Accra.

Il faut le dire, le Ghana est l’un des pays où le niveau de vie est le plus élevé en Afrique. Le choix de l’Université où l’on désire étudier demeure un défi parce qu’il faut trouver une Université reconnue par le Gouvernement ghanéen et à moindre coût. En effet, les coûts d’étude sont très élevés au Ghana, notamment pour les étrangers. Les frais de scolarité de certaines Universités avoisinent souvent 8.000 dollars soit environ 4.800.000  F CFA par an.

En plus, il y a la question des documents à obtenir afin d’être en règle vis-à-vis des lois du Ghana. Je parle ici des documents comme « le permis de résidence » qui coûte 100 dollars (environ 15.000 F CFA) et « la carte d’identité de non citoyenneté » qui coûte 120 dollars (autour de 60.000 F CFA) et tout cela à renouveler chaque année.

Voilà ce que ce pays nous offre dans un contexte d’intégration sous-régionale. Face à tous ces défis, par la grâce de Dieu et grâce à l’aide de certaines connaissances, j’ai pu m’inscrire dans la meilleure Université du Ghana et l’une des meilleures d’Afrique, par ricochet d’Afrique de l’Ouest.

J’étudie donc à l’Université de Legon, Accra-Ghana actuellement et je bosse à temps variable dans une agence de communication dans laquelle je me charge de la question francophone.

B24: Vous êtes également le secrétaire général de l’Association des Etudiants et Stagiaires burkinabè du Ghana. Parlez-nous de votre organisation.

R.S: Effectivement, je suis le Secrétaire général de l’Association des étudiants et stagiaires burkinabè du Ghana. L’Association a vu le jour courant l’an 2000 suite aux mouvements d’humeur causés par l’assassinat du journaliste burkinabè Norbert Zongo. Par la suite, l’Association est devenue un cadre fédérateur, de rassemblement, d’information, d’orientation et d’éducation afin de promouvoir les valeurs de l’étudiant burkinabè du Ghana.

Par conséquent, l’Association est au service des étudiants et stagiaires vivant au Ghana et au service de toute personne désirant venir étudier au Ghana afin que nous l’aidions à s’installer et faire le choix de son Université. L’Association intervient aussi dans les différents litiges qui opposent souvent les étudiants burkinabè et la population locale afin d’éviter tout désagrément. L’Association mène des activités éducatives et récréatives au profit de ses membres.

A ce jour, on estime environ  à 150 à 200, les membres de l’Association. L’Association a deux représentations. L’une à Accra et l’autre à Kumasi. Une troisième représentation verra peut-être le jour à Cape Coast plus tard.

Pour tous ceux qui sont hors du Ghana et qui désirent rentrer en contact avec l’Association, ils peuvent passer par le canal de l’Ambassade du Burkina Faso au Ghana ou nous contacter directement. L’Association sera à votre disposition. Nous vous invitons d’ailleurs à faire un reportage sur les conditions de vie des étudiants burkinabè ici au Ghana.

B24 : En attendant, parlez-nous alors des conditions de vie de l’étudiant burkinabè au Ghana.

R.S:  Il faut dire que les conditions de vie de l’étudiant burkinabè au Ghana évoluent de manière générale en dents de scie. En effet, il y a des périodes de vache maigre et des périodes assez relaxes.

Comme je le disais plus haut, le niveau de vie est très élevé au Ghana et pour faire face à cette situation, l’étudiant doit se saigner pour y survivre. Et dans certains cas, ce n’est pas du tout reluisant. Certains sont même obligés d’abandonner et de retourner au Burkina.

B24 : Quelle est la qualité des relations que votre association entretient avec les responsables consulaire et diplomatique du Burkina Faso au Ghana ?

R.S : L’Ambassade du Burkina au Ghana est le tronc d’arbre contre lequel nous nous appuyons et sous lequel nous nous abritons. Nos relations sont bonnes et cordiales.

Les responsables nous aident, tant bien que mal, lorsque nous avons besoin d’eux. Pour preuve, une conseillère a été désignée au sein de l’Ambassade spécialement pour les étudiants et une salle a été mise à la disposition de l’Association au sein de l’Ambassade afin que nous y tenions nos réunions et nos assemblées générales.

L’Ambassade essaie de faire le mieux qu’elle puisse pour nous aider même si souvent nous demandons plus d’efforts. Je profite de votre canal pour dire notre reconnaissance à l’ambassadeur Mme Clémence Traoré Somé et à tout le personnel de l’ambassade.

B24 : Pour revenir à vous, quelles sont vos ambitions au terme de vos études ici au Ghana ? Prévoyez-vous de retourner au Faso ?

R.S: Bien évidemment, repartir au Faso pour me mettre au service de mon pays est un souhait de taille pour moi. En revanche, l’avenir nous réserve souvent beaucoup de surprises et même si d’autres projets me guident en dehors du Burkina, je trouverai le moyen de participer au développement de mon pays.

B24 : Un mot pour terminer

R.S: Tout d’abord, j’aimerais lancer un vibrant appel au Président du Faso afin qu’il prenne en compte, dans son programme de développement, la question des conditions de vie des étudiants burkinabè de la diaspora, particulièrement ceux du Ghana. Il est bien déjà d’avoir un ministre chargé de la Diaspora, mais des actes concrets sont toujours attendus.

Par ailleurs, une nation ne peut se développer sans sa diaspora. Vouloir le faire, c’est comme soigner une infection sans prendre des antibiotiques. Par ailleurs, le gouvernement doit anéantir toute initiative mafieuse qui empêche ou décourage la diaspora burkinabè de revenir investir ou travailler au pays.

Pour finir, j’aimerais remercier Burkina24 d’avoir pensé à nous en nous accordant cette interview. Nous louons cette initiative et nous vous exhortons à continuer sur cette lancée tout espérant vous revoir pour le reportage !

God bless my fatherland, Burkina Faso*.

Interview réalisée par Kouamé L.-Ph. Arnaud KOUAKOU

Burkina24

*Que Dieu bénisse ma patrie, le Burkina Faso

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