Il se marie, enceinte sa femme et disparaît sans nouvelles

Elle est née à Kinshasa d’une mère congolaise et d’un père malien. Mais ce n’est pas ce qui a valu à Sephora* de faire l’objet d’un reportage dans le cadre de la série « Combat pour la vie » du journal « Le Monde ». C’est sa fille Angela, dont le papa français (comptable militaire) est reparti  en France sans crier garde.

Sephora qui a grandi à Kinshasa confie n’avoir « pas aimé le Mali au début », ce pays où dit-elle « la culture est moins ouverte » et où il lui était « impossible » de boire sa bière « sans attirer les regards méchants des voisins, ni de mettre des pantalons lors des visites familiales au lieu des boubous traditionnels ».

Pour toutes ces raisons, elle a laissé tomber son commerce d’accessoires, de tissus, bazin et Wax, après s’être rendue compte que « les Maliens ne sont pas attirés par la mode comme les Congolais, pour qui la sape est tout un art, maîtrisé par les sapeurs ».

« Il me confiait son désir d’enfant »

L’échoppe est passée de commerce de vente d’accessoires de mode en un lieu de restauration et porte désormais le nom de sa fille « Angela ». Son projet a vu le jour grâce aux 15 000 euros versés anonymement par son mari Fabrice (mariés comme il se doit dans la tradition malienne) sur un compte avant son départ pour la France. Sans doute, lié au remords. Celui d’avoir abandonné Sephora au Mali et de s’envoler alors qu’elle était enceinte de leur fille Angela.

« Nous avons vécu une année ensemble, à nous endormir puis nous réveiller côte à côte, relate Sephora. Il me confiait son désir d’enfant. Nous avons essayé. Je suis tombée enceinte juste avant qu’il s’envole. Il est parti sans le savoir ».

Après avoir obtenu l’adresse de son mari par l’intermédiaire de son remplaçant, elle lui a envoyé une échographie. Selon elle, « il ne voulait pas reconnaître l’enfant mais après la naissance d’Angela, il a accepté de lui verser une pension alimentaire ». Le lien téléphonique n’enchante pas Sephora. Elle déplore que son mari Fabrice  « ne soit jamais venu voir sa fille ».

Jouer le mort pour se faire oublier

Un lien qui sera coupé cinq ans plus tard, quand elle tombera une fois au téléphone sur une autre femme qui lui répondra par un « je suis la femme de Fabrice ». Et elle de rétorquer  par un « moi aussi ».

Une altercation à la suite de laquelle, Fabrice se fera passer pour mort. « Véritablement ! », s’indigne-t-elle. A partir de cet instant, un autre homme entre en jeu et se fait passer pour un ami du défunt mari qui lui a demandé d’honorer sa mémoire en versant régulièrement une somme devant servir à s’occuper de sa fille Angela.

« Une fois, ce prétendu ami a versé un peu d’argent avec l’ancien compte personnel de Fabrice, raconte Sephora. Je voulais en avoir le cœur net, alors j’ai fait appel à ma sœur ». Et pour avoir le cœur net, Sephora a mis à contribution sa sœur installée à Paris. A sa sœur, elle demande d’enquêter pendant son temps libre.

Celle-ci arrivera à entrer en contact téléphoniquement avec Fabrice qui lui dévoilera son identité complète. Méfiante, parce que ne voulant pas détruire le dernier lien qui existe, tout ce qu’elle désire « c’est le revoir et le regarder dans les yeux. Ne rien lui dire, car dit-elle, les mots ne suffiront pas, de toute façon ».

Des études en France pour  Angela

Ce que veut Sephora pour sa fille, c’est ça : « Je veux qu’Angela puisse étudier dans une université française. Qu’elle grandisse là-bas où elle aura un avenir meilleur que le mien. Même si elle doit partir seule. Quelle mère ne voudrait pas ce qu’il y a de mieux pour son enfant ? ».

Pour réaliser son vœu, Sephora économise pour le billet d’avion et réunit les documents nécessaires pour le visa, bref tout ce qu’il faut pour envoyer sa fille chez sa tante à Paris. Agrippée sur l’espoir de la rejoindre un de ces jours en France, Sephora rêve de bâtir un hôtel restaurant sous le nom « Angela ».

Synthèse par Oui Koueta

Tous les prénoms ont été modifiés 

Source : lemonde.fr/afrique

Burkina24



Oui Koueta

'The vitality of a country can also be measured through that of its journalists'

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