Coup d’Etat manqué à la CAMEG !

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« Les sermons du vieux  Yelmigan » est une chronique satirique proposée par un « Observateur » avisé de la société burkinabè. Elle traite deux fois par mois (le 1er et le 15 du mois) sur Burkina 24 de sujets liés à la vie de la nation burkinabè. Véritable sermonneur, le Vieux Yelmigan ne prendra pas de gant pour parler à ses fils et ses filles de leurs comportements quotidiens dans la société.  Ame détestant les sermons, s’abstenir donc  de continuer la lecture !


 

Les coups d’Etat ne sont plus les choses les mieux partagées au monde. Après Gilbert Diendéré et la Turquie, voilà le Dr. Smaïla Ouédraogo en apprenti putschiste. Cette fois, l’échelle est réduite à une boîte à sous, pardon je voulais dire une boîte à médicaments.

Voilà une structure qui a toujours suscité des débats. Si ce n’est pas le monopole qu’il détient en matière de Médicaments Essentiels Génériques(MEG) sur les structures publiques qui dérange certains, c’est sa forme associative qui divise ou encore la nomination de son Directeur Général (DG) qui fait rage.

Chaque ministre de la santé qui est nommé, arrive avec son DG de la CAMEG. On croyait le régime du Président Kaboré ferait autrement, mais ce qu’on apprend dans la presse n’honore pas le tout nouveau Président et son parti.

Association ou société d’Etat, ce qui compte, c’est la santé du peuple

Les snipers qui tirent sur la CAMEG semblent ne pas approuver la forme actuelle de la CAMEG qui selon eux est hybride et permet de confier l’orientation de la politique sanitaire de 18 millions de Burkinabè à une poignée de membres du CA de la CAMEG.

Il est vrai que les juristes disent que la forme tient le fond en l’état mais le droit de la santé est dérogatoire du droit commun, la forme n’est pas toujours la fille chérie, le fond compte beaucoup.

Quelle que soit la forme adoptée par une structure de la santé, l’essentiel est que le résultat profite au patient.

Bon, certains veulent que la CAMEG devienne une société d’Etat, mais moi le seul souvenir que j’ai des sociétés d’Etat ce sont les coupures d’eau, de courant et les pénuries de gaz. Ah imaginons un peu une pénurie de médicaments !

Pendant que les différents protagonistes polémiquent sur le sexe de la CAMEG, la CAMEG est en train de rater sa véritable mission.

La CAMEG à l’heure actuelle ne devait pas être un simple canal de vente de médicaments. Elle devait être encouragée à utiliser son bénéfice pour subventionner certains médicaments inaccessibles ou encore financer des chercheurs et équiper leurs laboratoires  afin qu’on puisse évoluer vers un espoir de création d’industries pharmaceutiques.

Moi je ne comprends pas qu’après 24 ans, on soit encore au stade de querelles pour la nomination du DG de la CAMEG. Pour une structure de cet âge, on devait se targuer d’avoir un bel instrument qui réduit le fossé entre pauvres et riches en matière de médicaments. Mais non, nous sommes toujours au stade de la bagarre de positionnement.

Tous les bruits qu’on entend de gauche à droite sur la forme juridique de la CAMEG ne sont autres que des bruits de fourchettes et d’assiettes de personnes affamées, qui se lèchent les barbichettes depuis l’élection du Président Kaboré. Certains ont mis beaucoup d’argent dans la campagne et espèrent un retour sur investissement.

Diable ! Nous aussi nous méritons des structures stables. Ou bien le changement du DG de la CAMEG constitue une étape primordiale à la réalisation du programme présidentiel en matière de santé ?

En tout état de cause, la réussite d’un système de santé est de parvenir à faire en sorte que nul ne soit privé des médicaments qui sauvent la vie pour des raisons injustes, d’ordre économique notamment. La CAMEG ne saurait être utilisée à des fins récréatives

Et si pour une fois on pensait aux patients

Au lieu de nous polluer avec des sujets non essentiels, moi je crois que le ministre de la santé et ses conseillers devaient être en train de travailler sur l’opérationnalisation de l’assurance maladie dont la CAMEG sera un des piliers, sur l’organisation des états généraux de la santé, qui étaient prévus pour septembre, sur la construction de grands hôpitaux dans les 13 régions comme l’a promis Roch, ou encore de réfléchir sur comment baisser le prix des médicaments pour tous.

C’est déjà une belle avancée, la gratuité des médicaments pour les femmes enceintes et les enfants de 0 à 5 ans. Mais on peut encore faire mieux.

A mon humble avis, le prix du médicament reste encore cher. Car le prix fixé par la CAMEG aux structures publiques n’est pas celui que le patient paie.

Actes de colère ou décision bien murie ?

En lisant les courriers du ministre de la santé publiés par les journaux, on constate aisément que des failles juridiques ont entaché ses actes. Le ministre a-t-il été induit en erreur ou tout simplement a-t-il agi sous la colère?

Le ministre évoque l’article 2 du contrat de travail du DG de la CAMEG qui indique que les parties peuvent modifier la durée du contrat. Il en conclut que le CA a agit à la place des parties en prolongeant le contrat du DG. Alors que dans les statuts de la CAMEG, l’employeur du DG de la CAMEG est le CA. C’est donc le CA et le DG qui sont les parties au contrat dans notre cas.

Si le ministre considère que le CA n’est pas partie au contrat, alors de quel droit lui peut-il mettre fin au mandat de certains membres du CA avant le terme prévu statutairement et de quel droit peut-il mettre en intérim le DG actuel ? Ou bien  le terme «  partie » désigne le ministère de la santé ? Bon, cette page est close, le ministre s’est fait tirer les oreilles, mais ses conseillers ont montré leurs limites juridiques.

On peut comprendre la colère du ministre, le CA a sans doute coupé l’herbe sous ses pieds, le CA a peut-être vu venir le coup. Mais il pouvait procéder autrement.

Evitons que la CAMEG ne devienne un instrument utilisé par quelques politiques à des fins récréatives. Une solution apaisée pouvait et peut encore être trouvée dans cette histoire.

Elevons nos esprits !

Yelmighan

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