Harouna Kaboré : « Nous avons gagné la bataille de l’alternance mais pas la bataille du développement »

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En marge de la commémoration de l’An I de la résistance au putsch du 16 septembre 2015, le Think tank Burkina International a organisé ce samedi 17 septembre 2016 un atelier de restitution de l’étude : « Violences électorales, repli communautaire, extrémisme violent au Burkina Faso ». Une rencontre avec la participation du Président du Conseil National de la transition, Moumina Chériff Sy.

D’entrée, le président du Conseil national de la transition, Moumina Chériff Sy, a rendu hommage aux acteurs qui ont contribué à ce que le Burkina ne brûle pas.

« Je rends hommage aux héros méconnus. Je veux parler des citoyens dans des centaines de kilomètres qui se sont battus pour le pays. Il y a aussi les héros qui, par leur fonction, ne peuvent pas expliquer les circonstances. Je veux parler des forces de défense, de Michel Kafando et de Yacouba Isaac Zida qui ont risqué leur vie pour sauver le pays ». 

Les élections municipales du 22 mai 2016 ont révélé que le Burkina n’est pas encore sorti de sa convalescence au plan sécuritaire comme le mentionnait une analyse sur la situation nationale réalisée par Burkina International le 26 février 2016.

Ainsi, des communes courent le risque de la délégation spéciale par le fait de l’intransigeance de certains acteurs politiques.

« Vivement que ce rapport soit un déclic pour l’édification d’une conscience nationale, laquelle sera le rempart à toutes les entreprises de déstabilisation dont l’extrémisme violent. Nous avons gagné la bataille de l’alternance mais pas la bataille du développement»,  déclare Harouna Kaboré, président du Think Tank Burkina International.

Synthèse de l’étude

Les élections municipales du 22 mai 2016 ont révélé une nouvelle forme de menace en progression dans le pays. Violences caractérisées par endroits, avec des conséquences qui affecteront durablement la cohésion sociale nationale. Si rien n’est fait dans le sens de la primauté des intérêts supérieurs de la nation, chaque Burkinabè découvrira qu’il a une identité qui le singularise de ses compatriotes, et le piège des égoïsmes communautaires se refermerait sur le Burkina.

Cheriff Sy a rendu hommage aux héros de la résistance au putsch
Cheriff Sy a rendu hommage aux héros de la résistance au putsch

Selon cette étude, toutes les étapes du processus électoral ont été entachées de violences, entrainant le report des élections à Zogoré, à Bouroum-Bouroum, et à Béguedo. Des pertes en vies humaines ont été enregistrées à Kantchari et Karangasso-Vigué, avec des dégâts considérables de biens publics et privés. Un niveau de violence jamais observé au Burkina lors des joutes électorales, toujours selon cette étude.

Selon les organisateurs de la rencontre, « l’étude vise à relever les causes souterraines des violences et l’extrémisme violent ambiant ».

Les mobiles des violences

Selon l’étude, des motifs d’extrémisme violent n’ont pas été décelés parmi les causes de la violence qui s’articulent autour du choc des ambitions de militants au sein d’un même parti, du déficit de culture démocratique, du parachutage de certains candidats, le repli communautaire, la reconquête du local par la chefferie coutumière et le désir d’alternance à tout prix.

Ces différentes causes ont été simultanément retrouvées dans certaines de ces crises. Ces causes n’ont pas un contenu idéologique c’est-à-dire basées sur une théorie générale qui fait l’apologie de la violence pour atteindre une fin. En résumé l’étude montre que les conséquences sociales de ces violences constituent une aubaine pour les extrémistes qui ne guettent que des situations de vulnérabilité extrême pour légitimer leurs funestes actions.

Cas de violences

Selon l’étude, « la fracture sociale très souvent ouverte notamment dans une commune comme Karangasso-Vigué mérite que des actions fortes et diligentes soient menées pour réconcilier les deux parties qui s’observent en chien de faïence au point que les membres de chaque communauté se déplacent en groupe quand il s’agit d’aller au champ, au marché, etc. A Barani, chaque camp est entrain d’affuter ses armes en attendant le jour de l’affrontement ».

« La confiance interpersonnelle s’est notablement détériorée dans les autres communes rurales concernées par cette étude à savoir Kantchari, Bouroum-Bouroum et Sabcé.  La présence dissuasive des forces de l’ordre à Gamboro n’a pas empêché que l’un des protagonistes soit agressé et que trois autres aient perdu la vie. C’est dire qu’un autre front d’insécurité vient de s’ouvrir et ce, dans un contexte ou les forces de défense et de sécurité affrontent le terrorisme régional, l’ingérence invasive des groupes d’auto défense, et la précarité de leurs équipements », peut-on lire.

Quelques recommandations de l’étude

Au gouvernement, l’étude propose de réinventer l’Etat en faisant en sorte que les citoyens se réconcilient avec la République. Ensuite, de renforcer le dialogue avec les partenaires sociaux comme les syndicats, les patronats, etc. Enfin comme recommandation pour le gouvernement c’est d’augmenter les effectifs des forces de défense et de sécurité dans les différentes localités et les doter de moyens logistiques et d’équipements adéquats.

Quant aux partis politiques, selon l’étude, ils devraient assurer la formation civique et politique à leurs militants et leur apprendre à policer leurs discours politiques en les construisant sur des questions politiques, économiques, sociales, culturelles, etc.

Par ailleurs, ils devraient éviter « l’instrumentalisation des identités ethniques et religieuses » au cours de la constitution des candidatures.

Les participants, constitués des membres de la société civile, ont également fait des recommandations pour qu’il y ait la réconciliation nationale et  la justice.

Jules César KABORE

Burkina 24

 

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