Martyrs de l’insurrection et responsabilité de Zida : Les questions d’un citoyen

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Dans cette déclaration, un citoyen donne son opinion sur la responsabilité de l’ancien Premier ministre Isaac Zida par rapport aux personnes décédées lors de l’insurrection populaire d’octobre 2014.

Burkinabè,

Je suis persuadé que je ne suis pas le seul citoyen en qui brûle le désir de s’exprimer sur la dernière sortie médiatique de madame le Procureur du Faso, près le Tribunal de Grande instance de Ouagadougou, concernant le mandat d’arrêt qui pourrait être lancé contre le Général ZIDA.

En effet, au cours d’un point de presse le 14 septembre dernier, le procureur a tenu des propos qui, à mon humble avis, méritent d’être détaillés et bien expliqués, pour que les honnêtes citoyens puissent mieux comprendre. Je voudrais donc faire une simple analyse de citoyen (sans être spécialiste de la chose juridique) des propos de madame le procureur, suivants les différents points:

  1. « … avec le rapport de la commission d’enquête indépendante qui nous a été transmis et qui situe les responsabilités des uns et des autres… »

C’est donc clair, le procureur du Faso près le tribunal de grande instance de Ouagadougou sait qui a fait quoi, quand, où et comment ?  Elle dit savoir les responsabilités des uns et des autres.

Mais ce qui est curieux, c’est qu’en « s’attaquant » au Général ZIDA, elle a commencé ou a peut-être reçu l’instruction de commencer d’abord par les autres, plutôt de commencer par les uns. L’ambition est donc de faire porter le chapeau des responsabilités à quelqu’un de précis. Peut-être parce qu’elle  craint les uns.

  1. « … il faut dire que par rapport au général Zida, lors des évènements des 30 et 31 octobre, il était le chef des opérations du RSP, dissout en septembre 2015, c’est dire que c’est lui qui menait les opérations… ».

Madame le Procureur, de quelles opérations de l’ex-RSP parlez-vous ? Vous affirmez qu’il était le chef des opérations. Si cela est vrai, c’est qu’un supérieur hiérarchique l’a mis à ce poste, alors donnez-nous aussi le nom de cette personne.

Quand on parle d’opérations, c’est qu’il y a eu au préalable un plan, une stratégie d’actions et un mode opératoire qui ont été élaborés. Alors dites-nous de manière précise,  qui a élaboré le mode opératoire ou le plan d’intervention. Qui a décidé du dispositif des éléments de l’ex-RSP sur le terrain ? Je suppose que vous avez la preuve qu’on a vu le Général ZIDA sur le terrain à Ouagadougou le 30 octobre ? Nous voulons tout savoir.

Pour mémoire et selon un écrit de Jeune Afrique, sachez madame le procureur, que le Poste de Commandement opérationnel pour contrecarrer les manifestants anti Compaoré se trouvait au sixième étage du ministère l’administration territoriale (et non ailleurs), d’où se trouvaient huit écrans pour observer l’avancée des manifestants. (Vous pouvez vérifier).

  1. « … car c’est lui qui était le chef des corps adjoint et qui donnait les instructions au RSP »

Madame le procureur, vous êtes simplement fantastique. J’apprécie ce mot ADJOINT que vous utilisez dans vos propos. Et oui, on peut être adjoint et s’arroser le devoir de donner des instructions alors que le vrai chef est là ? C’est  peut-être possible dans d’autres structures, mais à ce que je sache, pas dans l’armée. S’il y a un chef adjoint, c’est qu’il y a d’abord un chef avant lui. Au risque de me tromper, l’une des valeurs qui caractérise l’armée, c’est le respect de la hiérarchie.

Mais je comprends qu’il est peut-être plus facile de s’en prendre à l’adjoint, plutôt qu’au chef et c’est cette opération que vous êtes en train de  vouloir mener.

  1. « … à partir du 2 novembre 2014, où il y a eu encore des tueries et des blessés, M. Zida était le chef de l’Etat. Donc c’est dire qu’il doit répondre devant le juge d’instruction… »

Sur ce point, il serait bien indiqué que le Procureur revoit bien les archives et se renseigne bien sur quelques principes qui régissent l’armée, notamment en termes de responsabilités.

  • Le 30 octobre 2014, Blaise Compaoré était toujours président du Faso et ministre de la défense, Gilbert Diendéré était toujours chef d’État-major particulier de la présidence, Honoré Nabéré Traoré était toujours chef d’État-major général des armées, Jérôme Bougma était toujours ministre en charge de la sécurité, Luc Adolphe Tiao était toujours premier ministre, bref ! aucune nomination n’avait été effectuée ni au sein des unités de défense, ni au sein du gouvernement.
  • Le 31 octobre 2014 jusqu’à 11 h 32 TU, la nation burkinabè était toujours dirigée par les même personnes.
  • C’est dans la nuit du 31 octobre au 1er novembre 2014, que l’armée de manière unanime (cf. déclaration des FDS), que Yacouba Isaac Zida a été choisi comme chef de l’Etat.

Alors madame le procureur, selon vous, question d’un simple citoyen, qui est responsable de la barbarie qu’il y a eu les  30 au 31 octobre 2014 ? L’ex RSP est entièrement imbibé dedans. Mais là où je ne vous comprends pas, c’est de vouloir faire croire que tout l’ex RSP est représenté par la personne du numéro 2, donc de Zida. Et le  numéro 1 alors ? Qui et où est-il ? Si le numéro 1 n’a joué aucune responsabilité, alors qu’on nous dise où il se trouve et on va le féliciter.

Le 2 novembre 2014, et là vous dites vrai, Yacouba Issac Zida était le chef de l’Etat. Mais les différents chefs d’Etats-majors étaient toujours en poste. Comme il n’y avait  plus de gouvernement, donc plus de ministre de la défense, la question sécuritaire était géré par le chef d’Etat-major des armées. Parler donc de tueries et de blessés de la journée du 2 novembre, c’est interpeller directement celui qui avait en charge la sécurité du pays.

Si ma mémoire est bonne, madame le procureur parle de l’acte très regrettable qu’il y a eu devant la Radiodiffusion Télévision du Burkina (RTB). On se rappelle encore du feuilleton Kwamé Lougué, Saran Sérémé. Chacun voulant faire sa déclaration de prise du pouvoir en direct.

 Alors madame le procureur, voulez-vous nous dire que c’est le Général Zida qui a envoyé les deux « ambitieux présidents » à la RTB ? Aussi, il serait surtout très important de savoir qui a tiré ?

Qui a donné l’ordre de tirer ? Dans un entretien accordé au journal en ligne le Fasonet le 6 novembre 2014, Saran Sérémé a clairement signifié que le Général ZIDA a toujours refusé qu’on tire sur la foule. Je pense qu’elle est un témoin privilégié de ce qui s’est passé le 2 novembre 2014 à la RTB, parce qu’elle y était.

Madame le procureur, même si on ne me le dit pas, nous (citoyens) avons l’impression qu’il y a un non-dit dans cette affaire contre le Général Zida. Nous qui avons bravé les balles assassines pour mettre fin à 27 ans de règne, avons l’impression qu’on veut tordre le cou à l’histoire.

Et puis, pourquoi c’est précisément en ce moment précis que l’autorisation de poursuite a été donnée par le ministre de la défense ? À ce que je sache, Roch a reçu l’ordre de poursuite depuis longtemps. Tout porte à croire que le pouvoir actuel cherche un bouc émissaire.  Ce pouvoir cherche simplement à divertir le peuple. Ce pouvoir refuse ou a peur d’affronter les vrais problèmes du peuple.

Je ne suis pas un pessimiste, ce n’est pas ma nature. Mais j’ai des inquiétudes sur la manière dont le pouvoir actuel gère le pays. Que faire ? Se taire ? Non. Si j’ai décidé d’écrire, c’est que j’ai cette conviction : chacun de nous, que l’on soit acteur ou non de développement ce pays, aura un jour  affaire à l’histoire. Oui, madame le procureur, chacun de nous aura un jour, rendez-vous avec la justice de l’histoire. Et cette justice de l’histoire attend. Patiemment. Nan lara an sara.

Rakiswilgri OUEDRAOGO

Sociologue – Ouagadougou –

B24 Opinion

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