Pascal Yelkoni, Burkinabè vivant en Côte d’Ivoire : “La communauté burkinabè est malade de certains de ses fils”

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Pascal Yelkouni est journaliste, Directeur artistique, auteur-compositeur, entre autres. Cet Ivoiro-burkinabè, nanti d’une grande expérience dans le domaine de la communication, est affectueusement appelé “le doyen” par ses compatriotes en Côte d’Ivoire. De façon exceptionnelle, il s’est ouvert à Burkina24 pour échanger sur son parcours, ses opinions et ses projets.

Burkina24 (B24): Pascal Yelkoni, vous passez pour le plus Ivoirien des Burkinabè en Côte d’Ivoire. Racontez-nous l’histoire qui vous lie à ce pays

Pascal Yelkouni (P.Y).: Cela s’explique par rapport aux liens familiaux qui m’unissent au “Pays des hommes intègres”. Après mon service militaire en Côte d’Ivoire avec la poursuite des études, c’est la Mairie de Koumassi qui m’a ouvert ses portes en 1987. Et on s’accorde à dire qu’il existe dans cette commune, une forte concentration de Burkinabè d’Abidjan.

En collaboration avec le service social du Consulat Général du Burkina Faso à Abidjan, nous avons contribué à venir en aide à cette Communauté pendant plusieurs années dans le cadre des établissements de dossiers administratifs sollicités. Je n’étais donc pas un inconnu au sein de cette Communauté burkinabè dont plusieurs facteurs ont milité à cet état d’esprit.

B24: Vous êtes très impliqué dans de nombreuses initiatives visant à promouvoir la culture burkinabè en Côte d’Ivoire. Les Burkinabè en Côte d’Ivoire ont-ils gardé les pieds dans la culture de leur pays d’origine malgré la distance qui les sépare ?

P.Y.: Je répondrai par l’affirmative que les Burkinabè en Côte d’Ivoire ont gardé les pieds sur terre dans la culture de leur pays d’origine, et cela malgré la distance qui les sépare.

Les exemples sont légions avec la population de la diaspora aux différents festivals initiés au “Pays des hommes intègres”, où en compétition comme en animation, ils ont rivalisé avec ceux du terroir et exprimé leur attachement à la mère patrie, démontrant par ailleurs que le mixage de leur culture qu’ils partagent avec leur terre d’accueil et d’adoption la Côte d’Ivoire, leur confère une avance sur ceux qui se targuent de produire l’originalité.

La Semaine Nationale de la Culture  à Bobo-Dioulasso et le (FESCO) Festival Sport Culture de Ouahigouya, ont été des cadres d’expressions qui ont permis une bonne moisson de prix pour étayer ce que j’affirme.

Quant à mon implication dans les différentes initiatives visant à promouvoir la culture burkinabè en Côte d’Ivoire, elle peut se définir par le fait que j’ai été longtemps bercé par cette culture à Koumassi, il y a plus d’une quarantaine d’années. En compagnie d’autres jeunes, on ne ratait pas l’occasion lors des grandes cérémonies qui se déroulaient sur la grande place Djè Konan de Koumassi, l’actuel marché.

Aussi à l’exemple de la célébration de notre Indépendance où plusieurs cultures se côtoient, dont celle du Burkina Faso à l’époque Haute Volta, avec ses danses traditionnelles qui ne laissent personne indifférent.

B24: Dans nos échanges avant cette interview vous nous confiez que la communauté burkinabè en Côte d’Ivoire est des plus difficiles que vous en avez connues. Dites-nous en davantage.

P.Y.: La Communauté Burkinabè en Côte d’Ivoire regorge d’énormes potentialités et de compétences pour jouer pleinement son rôle de leader au sein des différentes communautés étrangères en Côte d’Ivoire. Mais par la faute de certains individus qui ne bénéficient pour seule loyauté que de multiplier des gâchis dans le seul but de chercher à s’imposer à tout prix en leader éclairé, elle peine à s’établir dans son fauteuil de locomotive.

Il faut pouvoir extirper ces brebis galeuses et les empêcher de nuire à jamais, car ces individus ne sont pas prêts à admettre dans leur champ d’action quelqu’un qui bénéficie d’une visibilité sur leurs dérives qui pèsent négativement dans le cadre de la vie communautaire.

B24: Au récent Traité d’Amitié et de Coopération Ivoiro-Burkinabè, tenu fin juillet dernier à Yamoussoukro, le Président Roch Marc Kaboré, à travers son Ministre des Affaires Etrangères, a pris le ferme engagement du vote de la diaspora burkinabè à la présidentielle du Faso de 2020. Quand on sait l’intérêt que les Burkinabè en Côte d’Ivoire, particulièrement, accordent à cette question après le rendez-vous manqué de 2015, pensez-vous qu’il y a lieu d’être optimiste ?

P.Y.: Ils savent tous au “Pays des hommes intègres”, que cela s’avère être une nécessité qui répond au besoin exprimé de la reconnaissance de leur statut de citoyen libre et engagé pour cette communauté burkinabè en Côte d’Ivoire, de participer pleinement à la gestion de leur pays auquel ils restent attachés, et dont ils n’accepteront pas d’être ignorés dans leur raison d’être et d’exister constitutionnellement parlant.

Ce rendez-vous  manqué de 2015 est un cri d’alarme pour cette communauté qui aspire sans réserve à être prise en compte pour 2020 dans le strict respect des textes.

B24: Etant très proche de vos compatriotes, quel est le sentiment général qui se dégage des Burkinabè en Côte d’Ivoire après la tenue du 5ème TAC à Yamoussoukro ?

P.Y.: C’est un véritable sentiment de joie qui s’est dégagé au sein de la Communauté burkinabè en Côte d’Ivoire qui a marqué sa présence en accompagnant ce cinquième TAC (Traité d’Amitié et de Coopération)  à l’ouverture et à la clôture de ses travaux à Yamoussoukro. Et en prenant une part active aux journées culturelles Ivoiro-Burkinabè qui se sont déroulées du 28 au 30 Juillet 2016 à Abidjan, place Inchallah dans la Commune de Koumassi où une forte concentration des Burkinabè d’Abidjan réside.

C’est un engagement qui interpelle les autorités du Burkina Faso de ne pas prêter attention à ces incrédules sans foi ni loi qui oublient que les Burkinabè de Côte d’Ivoire restent et demeurent leurs frères à l’aventure dans un pays frère, et qui réclament leur droit d’être pris en compte.

B24: A quoi se résument vos projets actuels entant qu’animateur socio-culturel ?

P.Y.: Une réorganisation s’impose dans le domaine culturel afin de redonner une lueur d’espoir aux acteurs culturels burkinabè en Côte d’Ivoire, qui ne vivent pas de leur art comme il se doit,  confisqué par des gens qui ne songent qu’à la défense de leur titre de leader.

Il faut un véritable interlocuteur qui fasse l’unanimité, et qui impliquera tous les acteurs à la recherche de solutions aux différents problèmes posés qui entravent son évolution. Le concours de l’Ambassade et du Consulat Général du Burkina Faso en Côte d’Ivoire (Abidjan) seront un appui nécessaire pour ce projet qui nécessite une Assemblée Générale au sortir de laquelle, celui ou celle qui prendra les commandes soit soutenu dans ses engagements à redresser la barre. Je saurai lui apporter mon expertise en qualité de conseiller.

B24: Avec une carrière aussi remplie que la vôtre, quelles sont les meilleurs moments de cette vie d’homme de culture que vous incarnez ?

P.Y.: Je retiendrai notre première participation au Festival de la SNC Koudougou Réo 88 au Burkina Faso, en compétition dans deux (02) disciplines : orchestre et vedette de la chanson moderne,  dirigé par le chef d’orchestre Prince Edouard Ouédraogo. Je prestais en qualité de choriste qui accompagnait la vedette de la chanson moderne (Feu Démé Sylvain Mosac ), et  nous avons gagné de haute lutte.

Pour avoir contribué à offrir à la Commune de Koumassi l’actuelle Radio qui existe (N’gowa) 89.7 FM la mesure d’une position. (1999).

Mon rôle d’acteur dans le premier véritable film de fiction du réalisateur burkinabè Sidnaba qui a connu un grand succès au Burkina Faso et au-delà (2008-2009).

B24: Votre mot de fin au terme de cette interview.

P.Y.: Je souhaite vivement aux deux pays frères, le Burkina et la Côte d’Ivoire, de cerner dans la même direction et de retrouver l’équilibre qui puisse répondre positivement, aux attentes suscitées des uns et des autres dans une entente fraternelle retrouvée dans l’unité de tous leurs fils et filles, dans la paix et la cohésion sociale.

Merci à Burkina 24 et à tous les internautes.

Interview réalisée par Kouamé L.-Ph. Arnaud KOUAKOU

Correspondant de Burkina24 en Côte d’Ivoire

 

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