Carlos Lopes quitte l’ONU pour préserver sa « pensée alternative » au profit de l’Afrique

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Carlos Lopes, secrétaire exécutif de la Commission économique pour l’Afrique (CEA) et sous-secrétaire général des Nations Unies est désormais libre d’implémenter sa « pensée alternative » qu’il est soucieux de préserver. Ce qu’il ne se voyait plus capable de faire depuis l’intérieur des institutions internationales où prime la « pensée unique », qu’il n’a eu de cesse de dénoncer. Dans une exclusive interview accordée au Monde Afrique il est revenu amplement sur les raisons qui l’ont poussé à la sortie à quelques mois du renouvellement des instances dirigeantes de l’ONU et de l’UA.

Ne se voyant pas « rester en spectateur », et dans une position qui « n’est pas confortable », Carlos Lopes qui préfère « maîtriser » le calendrier de sa sortie explique : « Il faut savoir quitter une institution lorsqu’on est en haut, pas en bas. Il est toujours préférable de pouvoir négocier en position de force ».

Dressant un rapide bilan des 4 ans à son poste, le désormais ex-secrétaire exécutif de la CEA juge n’avoir pas été « un dirigeant passif », car « souvent provocateur ». « J’ai dû secouer pas mal de cocotiers. C’est à ce prix que j’ai pu faire exister une voix alternative. L’important est pour moi de préserver ma liberté de parole », a-t-il dit.

Carlos Lopes 

Secrétaire exécutif de la CEA pour l’ONU

A l’en croire, être « provocateur », « c’était le seul moyen de faire avancer les choses ! » avec en clé la pensée alternative. Carlos Lopes voit en mal « le discours optimiste sur l’Afrique, qui a émergé au début de la décennie, a eu paradoxalement un effet anesthésiant sur la réflexion des Africains ». Selon lui, ce discours « a contribué à une forme de paresse intellectuelle ». Il en veut pour preuve le rapport « Lions on the move » du McKinsey Globale Institute qui décrit l’Afrique comme « d’un continent qui offre de grandes opportunités, pas celui d’un continent qui doit se transformer ».

Que sera la commission sans lui et sa « pensée alternative » ?

Et Carlos Lopes déplore : « les Africains ont absorbé cette narration comme une sorte de compensation au discours afro-pessimiste qui avait prévalu au cours des décennies précédentes et dont ils avaient beaucoup souffert » avant de conseiller qu’ « il ne faut pas se contenter de parler des opportunités de marché ».

Pour l’ex-secrétaire exécutif de la CEA, le leadership n’est pas tout. Il se fie à la compétence  du cercle de réflexion de trois cents personnes, qu’il laisse derrière lui et qui produisent « une recherche originale dont ont besoin les pays africains ». M. Lopes affirme n’avoir « aucun doute », en ce qui concerne son avenir, car « la base est là ».

Quelle destination ?

Le défenseur de la « pensée alternative » entend se consacrer davantage au continent sur « demande » et aux côtés du Président Kagamé, « que ses pairs ont chargé de réfléchir à une réforme de l’Union africaine ». On peut dire qu’il se retrouvera dans son élément.

Il chevauchera à présent avec Donald Kaberuka, ancien directeur de la Banque africaine de développement, Acha Leke, co-auteur du « fameux » rapport « Lions on the move » et l’entrepreneur et philanthrope zimbabwéen Strive Masiyiwa. A côté de tout ceci, il y a le rôle de « conseiller informel d’une dizaine de nos chefs d’Etat ».

Synthèse de Oui KOETA

Burkina24

Oui Koeta

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