Après l’insurrection, les Récréâtrales appellent à “sortir de l’ombre”

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On se rappelle que les Récréâtrales 2014 se sont tenues sous le thème «Tenir la main au futur pour qu’il ne tremble pas, qu’il sourit», un thème qui faisait référence à la situation socio-politique du Burkina marquée par l’insurrection populaire d’octobre 2014. Au cours d’une conférence de presse « très artistique» ce samedi 8 octobre 2016, il a été donné de voir un aperçu de ce qui se prépare pour la 9e édition. Le thème de cette année invite cette même population à « Sortir de l’ombre». 

Les hommes de médias, qui avec des caméras, qui avec des appareils photos ou calepins ont d’abord fait le tour des concessions choisies pour accueillir les artistes pour des créations.

Ces quelques tours auront permis de donner un aperçu des pièces ou des œuvres d’art en fabrication qui permettront de transformer la rue 9.32 du quartier Goughin  en un théâtre à ciel ouvert.

En effet, les Récréâtrales évoluent en plusieurs phases et les organisateurs sont à ce jour à la troisième dont « les résidences artistiques » avec près de 200 artistes d’ici et d’ailleurs. A ce stade,  des cours  familiales et espaces publics le long de la rue sont investis par des ateliers, des résidences et des spectacles.

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Des comédiens en répétition dans une cour familiale

Elle sera ensuite suivie par « Les soirées partages » au cours desquelles des personnalités viendront échanger avec le public. Sont donc cités pour l’occasion, les cinéastes  Jean-Pierre Bekolo du Cameroun et Gaston Kaboré du Burkina Faso, la sociologue et ancienne ministre de la culture du Mali Aminata Traoré, Felwine Sarr, écrivain et directeur de l’UFR science économique de l’Université de Saint Louis au Sénégal et le « Balai citoyen ».

Enfin la plateforme du festival se déroulera du 29 octobre au 5 novembre 2016. C’est la phase où toutes les créations sont sous les lumières. Une douzaine de spectacles de théâtres, des concerts et spectacles jeune public sont au programme.

C’est le lieu pour le directeur artistique, Aristide Tarnagda de lancer un appel à la population et aux hommes politiques, à « sortir de l’ombre », le thème de l’édition, qui se veut  «à la fois politique et poétique ».

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Aristide Tarnagda, directeur-artistique des Récréâtrales

Pour lui, après l’insurrection des 30 et 31 octobre 2014, les dirigeants qui tiennent les rênes du pays ne peuvent laisser personne sur le carreau. La prise en compte de toutes les couches de la société s’avère nécessaire, d’une part.

D’autre part,  « le peuple ne devrait pas considérer les choses comme acquises et retourner au sein de nos maisons, de nos maquis en entendant que tout tombe du ciel et des politiciens. Nous devons rester inlassablement debout et éveillés pour que notre devenir ne nous échappe pas », explique-t-il.

Durant la plateforme du festival, sont attendus 50 professionnels du milieu théâtral international et 2000 spectateurs chaque soir. 12 cours familiales sont pour cela réquisitionnées.

Sur ce dernier point, les familles associées  au projet dès le début, ne trouvent aucun inconvénient à loger des artistes ou à leur faire de la place, en témoigne le père de famille Bazié, l’une des cours qui accueillent des artistes en résidence.

« Les Récréatrâles sont toujours un évènement heureux pour nous. On leur donne de l’espace dans la cour où ils répètent le temps qu’ils veulent. Et pendant les Récréâtrales, il y a des pièces qu’on présente et les gens viennent voir, ça ne nous dérange pas trop. On suivait même les répétitions dans la cour voisine. Maintenant que c’est chez nous, il n’y a pas de dérangement particulier et je vois que ça intéresse mes enfants», dit-il.

Les liens d’amitié que monsieur Bazié tisse avec des artistes nationaux et internationaux grâce à cette collaboration est une source de satisfaction.

« Il y en a qu’on connait quelques années maintenant, même quand  les Récréatrales finissent, quand ils sont de passage, ils passent nous dire bonjour », a-t-il ajouté

A une centaine de pas de là, dans la concession de la famille Sib, Etienne Minoungou, président du festival, dans la peau du comédien, est assis sous un manguier en pleine séance de mémorisation de son texte. L’un des battants de la porte ouverte, en la présence d’aucun membre de la famille, est le signe de cette confiance mutuelle entre les organisateurs et les habitants.

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Etienne Minoungou en répétition dans la famille Sib

« C’est là que je répète,  j’essaie de mémoriser mon texte. Je cherche les émotions, les déplacements. C’est un texte de Sony Labou Tansi, que nous avons composé à partir de ses écrits depuis 1976 jusqu’à 1995. Il  nous parle de l’avenir du monde, des rapports nord-sud, des élites de la politique, de la politique africaine (…) ce sont ces paroles que nous voulons partager avec le public », explique-t-il tout en rassurant qu’il sera prêt pour le jour J.

« On gagne en expérience, ça s’agrandit. Les gens sont de plus en plus impliqués et viennent plus au théâtre, donc on essaie de ne pas se répéter. C’est quelque chose de nouveau que nous allons apporter », a promis le directeur artistique.

Revelyn SOME

Burkina 24



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