Lutte contre l’insécurité alimentaire : Il faut « éviter le marchandage des terres »

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Les statistiques indiquent que les femmes rurales contribuent à environ 80% de la production vivrière, sont responsables pour plus de 90% de la transformation des produits agricoles et contribuent à 90% à leur commercialisation au Burkina. Soutenues par Oxfam Burkina dans leur lutte, elles ont célébré ce 15 octobre 2016 à Kaya dans le Centre-nord la journée internationale qui leur est dédiée. Deux Latino-américaines dont l’une a perdu sa maman, qui se battait pour l’accès des femmes à la terre et contre l’accaparement par les industriels, sont venues s’inspirer de leur campagne de plaidoyer.

« Nous savons que notre rôle est reconnu »

« Aujourd’hui, nous voyons que le politique ne peut pas employer tous les jeunes. Mais la terre, elle ne ment pas. Quand on travaille la terre, on a toujours un résultat, si le climat nous permet », assure Korotoumou Gariko, secrétaire à l’organisation du collège des femmes de la Confédération paysanne du Faso.

Mais pour obtenir un résultat, il faut d’abord avoir accès à la principale ressource qu’est la terre. « Nous savons que notre rôle est reconnu », a indiqué Saoudata Ouédraogo, coordinatrice régionale des femmes rurales. Cela explique selon elle l’existence de textes pour favoriser leur accès à la terre (notamment la mesure instituant 30% des nouvelles surfaces aménagées et l’opérationnalisation de la loi 034 relative au foncier).

La Gouverneure Nandy Somé / Diallo suivie de Karim Séré, chargé de programme à Oxfam Burkina
La Gouverneure Nandy Somé / Diallo suivie de Karim Séré, chargé de programme à Oxfam Burkina

Aux propriétaires terriens, à leurs maris et frères, les femmes rurales demandent leur compréhension et les appellent à céder une portion de leurs surfaces cultivables « afin, disent-elles que les deux greniers ensemble assurent une sécurité alimentaire et nutritionnelle pour toute la famille ».

Il n’y a pas que les femmes rurales en Afrique « très attachées et fières de contribuer significativement à assurer l’alimentation au sein des familles » qui se battent pour un accès sécurisé à la terre. Celles de l’Amérique latine également. En ce 15 octobre, qui leur est dédié, Rachel Vasquez du Venezuela et Olivia Zuniga du Honduras ont témoigné du vécu des femmes dans leur pays d’origine.

Olivia Zuniga (premier plan) dont la mère Bertas Caceres a été assassinée pour son engagement et Rachel Vasquez du Venezuela au micro
Olivia Zuniga (premier plan) dont la mère Bertas Caceres a été assassinée pour son engagement et Rachel Vasquez du Venezuela au micro

Pour Olivia Zuniga, « femme indigène » du Honduras dont la « mère indigène (Berta Caceres), leader dans le milieu rural a été assassinée, il y a environ 7 mois », la lutte ne fait que commencer. Le processus engagé par les femmes rurales du Burkina, a-t-elle dit, est « enrichissant » pour son peuple, où la lutte est perçue comme « un attentat aux intérêts supérieurs économiques ». « Si ce processus de lutte continue, je suis convaincue que les femmes auront accès à la terre. Quand nous voyons ce qui se passe ici au Burkina Faso, nous pensons qu’il y a un espoir », a-t-elle ajouté.

La terre aux hommes, le travail aux femmes : « paradoxal »

Les requêtes des femmes rurales ont trouvé l’oreille attentive de la gouverneure Nandy Somé/Diallo. « Votre combat ne peut qu’être le mien, surtout qu’il défend une cause aussi noble que légitime qu’est l’accès des femmes rurales à la terre », a-t-elle déclaré. Il est « paradoxal » dit-elle que la terre soit aux hommes et l’essentiel du travail de la terre aux femmes. Ce qui constitue « une injustice » qu’il faut « avoir le courage de corriger pour un épanouissement de tous les Burkinabè ».

Korotoumou Gariko, secrétaire à l'organisation des femmes à la Confédération paysanne du Faso
Korotoumou Gariko, secrétaire à l’organisation des femmes à la Confédération paysanne du Faso

La gouverneure a partagé sa conviction selon laquelle de « l’issue dépend notre sécurité alimentaire ». D’où l’appel lancé « aux coutumiers et chefs de familles toujours hésitants à accepter le droit d’accès des femmes à la terre, ils ont besoin d’être sensibilisés afin de favoriser l’émergence de mentalités nouvelles favorables aux femmes, plus productrices, gage de sécurité pour se projeter vers l’avenir ».

Eviter le marchandage des terres

Pour Korotoumou Gariko, une chose est sûre. « Si quelqu’un vient payer 200 ha, c’est parce qu’il y a la place. S’il vient trouver que les 200 ha appartiennent à des gens, il ne pourra pas les payer ». Quelqu’un dont la pensée première ne serait pas orientée uniquement que vers ses enfants. Et « pour produire, pour sécuriser le Burkina, il faut que les femmes aient droit à la terre. Pour éviter, le marchandage des terres. Une femme ne va jamais vendre la terre. Elle va produire et demain penser à ses enfants », a-t-elle martelé.

Oui KOETA
Burkina24

Oui Koeta

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