Déclaration des organisations paysannes (OP) et des organisations de la société civile (OSC) sur la journée mondiale de l’alimentation le 16 octobre 2016

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« La Nouvelle Alliance pour la Sécurité Alimentaire et la Nutrition (NASAN) : constat de résultats mitigés et nécessité de réformes ».

La sécurité alimentaire est une conquête permanente des gouvernements successifs du Burkina Faso depuis fort longtemps. Dans son combat contre la faim et la malnutrition, l’Etat burkinabè a adhéré en mai 2012, à la Nouvelle Alliance pour la Sécurité Alimentaire et Nutritionnelle (NASAN). En rappel, la NASAN a été initiée par le G8 en 2012, avec pour objectifs, dit-on, d’améliorer la sécurité alimentaire et la nutrition en venant en aide à 50 millions de personnes dans 10 Etats en Afrique subsaharienne dont 1 600 000 personnes au Burkina à sortir de la pauvreté d’ici 2022, via la mobilisation d’investissements privés dans l’agriculture. Elle se matérialise au niveau national à travers les engagements des différentes parties prenantes et les processus de mise en œuvre consignés dans un document appelé « cadres de coopération » comprenant les engagements de réformes législatives pris par les états africains, les intentions de financements des états du G8, et des extraits de lettres d’intention des entreprises du secteur privé.

Les engagements pris par les Etats dans le cadre de la NASAN incitent à opérer des réformes institutionnelles et sectorielles importantes, dans le but de forger un «environnement favorable » aux investissements des multinationales et de l’agrobusiness, libérant à cet effet, le pouvoir du secteur privé dans le domaine agricole.

Ce privilège accordé aux investisseurs privés dans le contexte d’une agriculture fortement centrée sur l’exploitation familiale, a suscité de vives réactions et engendré des travaux d’analyses et de rapportages approfondis sur la question, dont les résultats font état de nombreux écueils et effets déstabilisateurs des agricultures familiales promues par les petits producteurs, les agriculteurs familiaux et les plus vulnérables. Ces points d’analyses critiques et dénonciations soutenus par de nombreuses organisations de par le monde, ont été soutenus par une résolution votée par le Parlement européen, qui après avoir dressé un bilan très négatif de la NASAN, appelle les pays du G8 et l’Union européenne à soutenir les agricultures familiales et à se dessaisir de cette initiative.

Faisant foi à ces multiples anticipations et interpellations, nous, OP-OSC et membres de la société civile, faisons en aval les constats suivants :

  • La NASAN, dans sa forme actuelle, met en péril la sécurité alimentaire et le droit à l’alimentation des populations notamment au Burkina Faso à majorité agriculteurs (plus de 85%) et des générations futures en compromettant les moyens de subsistance des agriculteurs familiaux au profit des multinationales et agro businessmen. Elle fait abstraction de l’exploitation familiale pourtant considérée comme tremplin de la sécurité alimentaire dans notre pays.
  • La NASAN est une initiative exclusive, créée par les membres du G8, les Etats parties et les grandes firmes sans l’implication, ni concertation des premiers intéressés. Les organisations paysannes et la société civile sont quasiment exclues des organes de gouvernance et de pilotage de la NASAN, tant au niveau national qu’international.
  • Elle cultive une certaine opacité dans la mise en œuvre et le rapportage sur l’exécution des engagements : Les objectifs ne sont pas assez détaillés et aucun indicateur macroéconomique, social ou environnemental n’a été défini pour mesurer l’impact sur la pauvreté, la sécurité alimentaire et la nutrition.
  • Elle facilite l’accaparement des terres au détriment de l’exploitation familiale et bafoue les droits fonciers des agriculteurs locaux. Les terres irrigables sont attribuées de manière préférentielle fondées sur des appels d’offre, à de grandes entreprises dont la capacité ni la volonté d’investir n’est point avéré.
  • Elle Favorise la privatisation du marché des semences en incluant dans l’initiative les plus grandes firmes qui détiennent près de la moitié des parts de marché semencier : L’augmentation de la vente de semences certifiées en Afrique et la hausse de l’investissement privé dans le secteur occultent les pratiques locales de sélection, de reproduction, d’échange et de vente de semences.
  • Le constat se fait du faible alignement de la NASAN aux politiques de développement sectoriel en l’occurrence le PNSR pour le cas du Burkina.
  • Cette initiative réduit le rôle des Etats garant de la souveraineté alimentaire à celui de facilitateur chargé d’asseoir un cadre favorable aux grands investisseurs privés dont aucun modèle de développement n’est éprouvé.

Au regard de cette situation non reluisante de la mise en œuvre de la NASAN et des politiques agricoles qui ne permettent pas d’assurer la sécurité alimentaire et nutritionnelle encore moins la souveraineté alimentaire au Burkina Faso, les organisations paysannes et les organisations de la société civiles burkinabè signataires de la présente déclaration :

Réitèrent les recommandations suivantes :

  1. Appuyer la transformation des agricultures familiales, l’exploitation familiale et le secteur économique local pour lutter contre la pauvreté et l’insécurité alimentaire et nutritionnelle.
  2. Accélérer l’évaluation exhaustive et participative de la NASAN au Burkina Faso et la relecture du cadre de coopération Etat – partenaires. Impliquer et responsabiliser les OSC-OP dans les organes de gouvernance de la NASAN.
  3. Soutenir la politique nationale de sécurité alimentaire et nutritionnelle par l’adoption d’une approche programme au lieu de l’approche projet avec un focus sur le développement de l’agriculture familiale, des petites et moyennes entreprises agroalimentaires burkinabé.
  4. Veiller à la sécurisation foncière et l’accès suffisant à la terre des petits agriculteurs en fixant des conditions appropriées et en prenant des mesures favorables et attractives notamment à l’endroit des femmes.
  5. Réaffirment leur conviction pour le choix de l’exploitation familiale comme modèle de développement agricole capable d’assurer la sécurité alimentaire et nutritionnelle, l’employabilité des jeunes ruraux et des femmes rurales et sortir la population rurale de l’extrême pauvreté. Ce choix doit être accompagné par une réelle volonté de transformation / moderniser l’exploitation familiale.
  6. Suggèrent une réorientation de la NASAN pour une véritable amélioration de la sécurité alimentaire et nutritionnelle des populations.
  7. Suggèrent un mécanisme de suivi évaluation inclusif et de rapportage de la mise en œuvre des engagements impliquant fortement les OP et OSC.
  8. Plaident auprès des décideurs et des partenaires au développement d’accorder plus de soutien aux pratiques agro écologiques : réduire l’utilisation des fertilisants chimiques et des pesticides, étant donné leur impact négatif sur la santé, l’érosion des sols et la biodiversité.
  9. Plaident pour un soutien renforcé des systèmes alimentaires locaux qui regorgent d’un potentiel fort pour stimuler les économies locales.
  10. Exigent une prise en compte sans délai des recommandations et suggestions formulées par les OP et les OSC dans la présente déclaration.

Ouagadougou le 16 Octobre 2016

Signataires :

  1. Confédération Paysanne du Faso (CPF)
  2. Secrétariat Permanent des Organisations Non Gouvernementales (SPONG)
  3. Oxfam
  4. Christian Aid
  5. FIAN Burkina Faso
  6. Les membres de la convergence globale des luttes pour la terre et l’eau

 



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