Duden J : « Tant qu’on n’aura pas de l’humilité, on va se perdre»

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 Duden J est est présent dans la capitale française dans le cadre de la préparation de son prochain album prévu pour la fin d’année. Travaillant notamment avec le studio BroadKast ainsi que les musiciens de renom tel que Emelyne Chirol (Ndlr : Violoniste de Johnny Halliday), il parle de ce futur album conçu par la force de sa volonté et sans producteur.

Burkina24 (B24) : Comment décrirez-vous votre style musical ?

Duden J : Pour vous dire la vérité je n’ai pas inventé la musique. Je suis rentré dans la musique parce que j’aime le rap. J’aime le hip-hop. Je le fais. Mais avec le temps, j’ai essayé de me donner un style.

Pour résumer, je pense que je fais du rap, du hip-hop, mais bien plus encore, je fais du Duden. Je dis cela parce que je n’ai pas envie de faire du copier-coller et faire ce que les autres font déjà. Je m’inspire du style Rap, du style hip-hop afin de pouvoir faire du Duden.

B24 : Le fait de faire du Duden montre clairement votre marque de fabrique. Mais vu que le rap, le hip-hop sont des styles qui vous inspirent, pouvez-vous nous dire les artistes musiciens qui vous ont marqué ? Des artistes musiciens qui vous inspirent dans votre manière de faire du Duden ?

Duden J : On commence d’abord en Afrique. Un monsieur qui n’a rien à voir avec  le style rap ou hip-hop. Je veux parler de Lokoua Kanza (Ndlr : Artiste musicien compositeur congolais) qui est étincelant dans son style. Et même s’il n’a pas beaucoup de promotion, tous ceux qui connaissent la « bonne musique » savent que Lokoua Kanza est un chef.

En plus de Lokoua Kanza, dans le rap et le hip-hop, vous avez aux Etats-Unis un monsieur comme Nas (Ndlr : Artiste rappeur américain) qui a montré que le rap américain n’est pas forcement le gang star rap. Il transmet des messages forts de sens au travers de style.

Puis en France, il y a eu beaucoup d’artistes tels que IAM ou Diams. En réalité, j’ai été influencé par ceux qui ont du style et du message. Je tiens à préciser que tous les artistes ont du style mais quand moi je parle de « style » pour ceux que j’ai cités, je veux juste dire qu’ils ont décidé d’apporter leur touche particulière. Et c’est cela qui m’a beaucoup plu et inspiré chez les artistes que j’ai cités et je pourrai en citer plein d’autres.

B24 : Parlant du prochain album que vous êtes en train de préparer, quelle sera sa coloration ? Et quels sont les thèmes qui y seront abordés ?

Duden J : Le prochain album de Duden : C’est le rêve de Duden. Je veux dire par cela que je veux atteindre par le travail, les rêves que j’avais dans la tête quand je commençais la musique.

Le prochain album de Duden, c’est d’essayer d’atteindre tous ceux qui sont au sommet et que j’admire. D’essayer de rivaliser avec eux, d’essayer d’aller dans le même sens dans l’espoir de pouvoir flirter avec les mêmes scènes qu’eux. Pour résumer, mon album prochain c’est le sommet, c’est l’ambition, c’est le rêve. Il n’y a pas de limites dans cet album. Il n’y a pas de complexes, il n’y a pas de barrières. Ce que les autres ont pu faire, je me dis que moi aussi je peux le faire dans cet album.

Maintenant pour les thèmes, cet album n’a même pas de thème. Il fonctionne comme ça vient. Comme pour paraphraser un certain artiste, ça vient comme ça sort ou ça sort comme ça vient. Ainsi, ce que je ressens, je le dis.

Cet album parle de mon quotidien, de mes rêves, de mes ambitions. Ainsi cet album parle de nous, de comment nous sommes, de nos problèmes, de nos espoirs et espérances et de nos ambitions. De manière générale, l’album parle de ce que nous devrons être pour que l’Afrique puisse s’en sortir selon nos espoirs. Qu’on soit maçon, plombier, qu’on soit artistes, mécaniciens, l’objectif final est de pouvoir s’en sortir honnêtement. Il n’y a pas de thème à proprement parlé mais l’album garde les mêmes vertus.

B24 : Nous avons eu le plaisir de vous écouter en featuring avec des artistes comme Maatikara, Mike Danon, Nash, Bonsa, etc.  Pouvez-vous nous dire si d’autres artistes musiciens ont collaboré à l’élaboration de votre prochain album ?

Duden J : Déjà pour les artistes que vous avez cités, c’est des gens qui m’ont beaucoup aidé. Mike Danon, Nash, Bonsa, MaatiKara ont toujours été là pour moi d’une manière ou d’une autre et je leur dis merci.

Mais, il s’agit de collaborations passées même si j’aurai bien aimé les avoir sur mon prochain album. Il y aura des featurings sur mon album. Il y en aura Inch’Allah, mais ça sera une surprise. Une surprise avec aussi les talents à succès en Europe, en Afrique ou partout dans le monde. Ce que je veux dire, les feats se feront avec des gens que j’apprécie d’abord, des artistes que je respecte musicalement, artistiquement.

B24 : Lequel de ces featrurings passés vous a le plus marqué ?

Duden J : Je peux parler en général de tous ces featurings.  MaatiKara est une sœur avec qui j’ai enregistré il y a de cela 10 ans. Bonsa, c’est un frère. Je l’appelle a m’importe quel moment. Il aime la musique comme moi.

Nash, on n’en parle même pas ! C’est une sœurette on est à Paris et avant que tu n’arrives (le reporter de Burkina24, NDLR) on était en communication il n’y a même pas 5 minutes au téléphone. Elle voulait savoir comment se passait mon séjour.

La réalité, je suis quelqu’un quand je fonctionne dans le travail j’aime que tout soit spontané, qu’on ne se pose pas de questions. Tous les featurings que j’ai fait m’ont marqué. En réalité sans langue de bois, si je vais poser ma voix sur le son de quelqu’un, c’est parce que premièrement j’aime bien la personne et deuxièmement j’aime le travail que la personne fait. Ainsi j’espère que ceux aussi que j’ai contacté pour mon travail ont fonctionné ainsi.

B24 : Pouvez-vous nous donner une petite analyse de la situation actuelle du rap burkinabè ? Nous avons l’impression qu’elle est actuellement dans le creux de la vague après l’âge d’or du début des années 2000.

Duden J : Moi je pense que le rap burkinabè a marché parce que tout le monde était prêt pour une cause et je pense aussi que le rap burkinabè a commencé à sombrer parce que certains ont cru qu’ils étaient des stars. Moi c’est mon humble avis.  Je vois des gens qui se gonflent un peu parce qu’ils ont fait quelques scènes,  parce qu’ils voyagent plus que d’autres. Tu ne voyages pas plus que Maître Gims !

Enfin ! je veux dire que dans tout travail que l’on fait, il faut qu’on ait une certaine humilité surtout quand on vient du “Pays des hommes intègres“. Cela fait partie de notre culture. Tant qu’on ne l’aura pas, on va se perdre. Je veux dire tout simplement que pour que la musique burkinabè, à travers le hip-hop, puisse s’exprimer,  on doit savoir d’où l’on vient et ne pas oublier nos objectifs pour l’avenir.

Il ne faudrait pas qu’on n’oublie quelque chose qui est très important. Nous avons eu des aînés qui ont travaillé, qui se sont battus pour qu’aujourd’hui  nous puissions avoir certaines facilités. Je peux citer, paix à son âme,  le grand frère Georges Ouédraogo. Il s’agit de personnalités qui ont bossé et on ne doit pas oublier les exemples qu’ils nous ont laissés.

B24 : Dans votre dernier single, on aperçoit clairement le message interpellant le poids des transitions, indexant notamment les accusations de sorcellerie. Quel message global voudriez-vous que les mélomanes retiennent de votre prochain album ?

Duden J : Déjà dès qu’on parle du « Poids de la transition » je ne peux pas continuer sans dire merci à tous ceux qui ont accepté de m’accompagner. Je veux dire merci à Frère Malcom, merci à Ombr Blanch, à Basta Ginga, merci à Thaliane, merci à Ninja des Players, merci à Saw Py des Duny yaam.

B24 : Vous qui transmettez toujours des messages, y a t-il un message particulier dans votre prochain album ?

Duden J : L’amour du prochain, le pardon, la tolérance. Je vais être très court. Au Burkina Faso, les gens ont l’art et la manière de penser que chacun est meilleur que l’autre. On prend plaisir en se disant que l’autre  a des problèmes. Mais tout le monde peut avoir des problèmes.

Moi tous mes messages parlent de justice. Celui qui me connait depuis Clepto gang sait que j’aime que tout soit fait de manière juste, de manière équitable. Mais avant tout, j’aimerais pour l’avenir qu’on puisse se tolérer. Je me dis si demain chacun arrive à se tolérer,  il n’y aura plus de djihad, il n’y aura plus de jugement sur les gens.

La tolérance, c’est ce qui nous manque. Mon message est plus un message d’amour et de tolérance. Ceux qui connaissent Duden savent que ça peut pas être si simple que ça ! Il y a quelque chose en bas. On va clasher un peu aussi quoi (rires).

B24 : Vous avez parlé de Clepto Gang tout à l’heure. Est-ce qu’on peut espérer revoir réuni Clepto Gang bientôt ?

Duden J : Vous savez, nous avons l’avantage d’être des frères et des amis d’enfance.  Moi je suis à Paris actuellement, et pour exemple, un matin, j’ai reçu un coup de fil de Lawax. Il me dit mon frère je t’ai envoyé un transfert de 200 dollars pour participer.

A Clepto, on ne sait jamais séparé. Nous avons commencé la musique étant jeunes, très jeunes. Chacun essaye de se débrouiller actuellement dans son milieu. On n’a jamais fait de bagarre. Certains se sont séparés. Nous ne nous sommes  jamais séparés. C’est la vie qui a fait que d’autres sont allés faire ce qu’ils ont à faire.

Par exemple Lawax, je ne lui ai pas demandé et il m’a envoyé 200 dollars. Vous voyez comment cela touche. Il m’a dit : « mon frère je sais que ça doit être dur parce que tu n’as pas de producteur. J’ai appelé les autres. Ils ont dit qu’ils vont faire un geste vers toi».

Je préfère préciser cela et je sais que tout le monde est passionné de musique mais chacun fait son boulot. Moi j’ai décidé de ne rien faire d’autre que ça. Mais je ne suis pas Dieu. On va se retrouver forcement un jour quelque part que ce soit  ici à Paris, à Ouaga que ce soit à Boromo ou à New York. Mais dès qu’on se retrouvera, on va faire ce qu’on aime : la musique.

B24 : On aime savoir que la fraternité règne toujours au sein de ce groupe

Duden J : Mon dernier concert c’était en 2012. Je pense j’ai invité Clepto. Ils sont venus, ils ont chanté mais tout le monde n’était pas là. C’était P.H et Lawax. Ils ont chanté. Les gens ont aimé. Les gens ont compris qu’il n’y avait pas de bagarre.

Mais bon,  je profite en même temps de votre question dire que je parle du hip-hop que je connais. Les groupes dans le temps qui ont marché et qui se sont séparés, j’espère que Dieu touchera leur cœur pour apaiser leur haine pour qu’ils puissent se remettre ensemble. Parce que moi comme je l’ai dit, je préfère la cohésion plutôt que la division. Je n’ai jamais soutenu quelqu’un dans une division, jamais de la vie. J’espère que tous ses groupes qui se sont divisés se mettent ensemble encore pour faire le bonheur de la musique burkinabè.

B24 : A quand la date de sortie de l’album ?

Duden J : Je n’ai rien à dire, je suis patient et tout ce que je demande, c’est que ceux qui aiment ma musique soient aussi patients que moi. Aucun titre encore calé,  aucune sortie, rien. Mais pour l’instant je me dis qu’il faille continuer à travailler. Tout ce que je peux dire,  c’est que l’album sortira avant 2017, s’il plait à Dieu. C’est ce que je peux dire pour l’instant actuellement et on verra par la suite.

B24 : Avez-vous un dernier mot pour les lecteurs ?

Duden J : Je dis merci à tous les Burkinabè. Merci à ceux qui m’ont toujours soutenu parce que soutenir Duden ce n’est pas facile. J’écoute, j’ai compris, j’essaie de m’améliorer, j’essaie de devenir un homme meilleur mais ce n’est pas facile, ce n’est pas facile de devenir l’homme parfait.

Je veux dire merci à tout le monde, pardon à tous ceux que j’ai vexés d’une manière ou d’une autre sans le savoir ou le vouloir et que je promets d’être meilleur. Je promets de m’améliorer.

Et pour terminer, je voudrais saluer un festival de Faso hip-hop où j’étais programmé demain 7 octobre (Ndlr : Interview réalisée le 06 octobre 2016). Je devais chanter à Ouaga. Malheureusement; vous êtes témoins ici. Je suis obligé de rester parce que je me cherche. Je suis venu pour mon album. On croise des gens qui ont fait beaucoup de grand boulot mais qui n’ont pas le temps. Je vous demande pardon. Je pense que c’est la première édition où je ne serai pas là.

Que Dieu bénisse le pays, qu’il nous donne longue vie afin que pour la prochaine édition, on vienne chanter. Je m’excuse encore pour mon absence. J’aime mon pays, j’aime ma musique. Peu importe ce qu’on dit sur moi,  que ce soit vrai ou faux,  j’essayerai de m’améliorer pour vous faire plaisir et que Dieu vous bénisse. Merci.

Entretien réalisé par Delorenzo COMPAORE

Correspondant de Burkina24 à Paris

Avec la retranscription de Alix PARKOUDA

 

Hubert DeLorenzo COMPAORE

Correspondant de Burkina 24 en France

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