JCC 2016 : La Tunisienne Kaouther Ben Hania remporte le « Tanit d’or » 2016

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Les lauréats des Journées cinématographiques de Carthage (JCC) ont été dévoilés  à la cérémonie de clôture ce samedi 5 novembre 2016 au palais du congrès de Tunis. Le  film « Zeineb n’aime pas la neige » de la Tunisienne Kaouther Ben Hania remporte le « Tanit d’or » sur 17 films en compétition  officielle à cette 27e édition célébrée sous le signe du cinquantenaire du festival.

Le succès de cette édition des JCC a été reconnu par la qualité de sa programmation  et la mobilisation du public tunisien qui, à chaque séance de projection, prenait d’assaut les salles de ciné.  Aux dires du directeur du festival Ibrahim Letaif , il y a eu  entre 145 000 et 200 000 spectateurs.

Néanmoins, le festival a été aussi marqué par quelques couacs, notamment des problèmes techniques lors des projections de films. Le plus notoire reste celui lié au film « Thom » du Burkinabè Tahirou Tasséré Ouédraogo que le jury n’a pu visionner et qui a été disqualifié de la compétition.

Outre ces problèmes résiduels et inhérents à toute organisation, les JCC ont des points positifs. Plusieurs activités ont été menées. Il y a eu des projections rétrospectives de film, des projections dans les prisons, dans la rue, dans des universités de la ville,  ainsi que des rencontres qui ont réuni plusieurs aînés du cinéma africain avec des hommages rendus à certains d’entre eux.

Des films de qualité, mais…

Les films présentés ont été appréciés dans l’ensemble pour leur qualité par les jurys qui ont formulé  des recommandations aux cinéastes pour améliorer leurs œuvres.

« Les films étaient d’une qualité exceptionnelle par les thématiques abordées, même si parfois du côté technique, le manque de fil conducteur, le sujet  de l’actualité évoqué auraient pu être spéciaux», dit Maimouna N’Diaye, présidente du jury court métrage et ciné-promesse.

Les lauréats des JCC 2016
Les lauréats des JCC 2016

Pour les regards  critiques, plusieurs films ont traité de la thématique de la révolution, même si souvent certains ne l’affrontent pas. La guerre, les agressions, les mouvements révolutionnaires et de contestations ont marqué de nombreux films.

« C’est une réalité parce que le cinéma, c’est l’actualité aussi. Le cinéma  saisit des éléments de la réalité, soit pour l’aborder frontalement soit pour en faire un arrière-plan dans l’édification du bien-être », laisse entendre Baba Diop, critique sénégalais. Par contre, il déplore par la suite le non aboutissement de certains films.

« Peu de films m’ont vraiment secoué ou fait battre mon cœur. J’ai le sentiment qu’aujourd’hui, le réalisateur mise beaucoup sur la technique, sur la structure du film et ne va pas profondément dans la psychologie ou dans les situations de conflit d’intérieur, interne ou externe. Les images sont belles, la bande sonore bien soignée mais ce sont les personnages psychologiques qui ne sont pas assez forts pour pouvoir émouvoir le public », explique-t-il.

Le manque de culture et de formation des jeunes cinéastes est une piste d’explication, selon lui :

« Beaucoup de jeunes sont plus des ramasseurs d’images que de véritables créateurs. Les réalisateurs manquent de culture. Le cinéma avant d’être une technique est d’abord une culture. Je ne peux pas parler d’une femme burkinabè, sans aller faire des enquêtes sur les conditions des femmes burkinabè, ni parler d’une femme divorcée alors qu’on n’a même pas connu un divorce dans sa famille. Je reçois tellement de scénarii de jeunes. Je leur dis, vous avez raconté une histoire mais ce n’est pas encore du cinéma ».

Développant son idée, il soupçonne aussi la source de financement de travailler à faire taire l’avis personnel du cinéaste. « Celui qui te finance, même s’il ne te le dit pas directement ou volontairement, il te dira des choses amicalement alors que c’est une manière de te manipuler. Et si vous n’êtes pas quelqu’un qui puisse se battre, qui a du caractère pour  dire non, ça se ressent dans le film », dit-il.

Au-delà de la qualité des films, les JCC 2016 ont aussi été une belle fête de rencontre, d’échanges entre les acteurs du cinéma et leur public. Il n’a pas été rare qu’après une séance de projection, des débats s’invitent sur le tapis.

Par exemple, le film « Bois d’ébène » du Sénégalais Moussa Touré qui parle de la traite des noirs, a été l’occasion de débats hors des salles sur la question du racisme et les discriminations basées sur la couleur de la peau.

Plusieurs autres films ont marqué les cinéphiles. C’est le cas de « Thala, mon amour » du Tunisien Mehdi Hmili, « Clash », de l’Egyptien Mohamed Diab, « Chouf » de Karim Dridi, « Marabouts » du Sénégalais Alasane Sy, « N.G.O » de l’Ougandais Arnold Aganzé et bien d’autres, au point de susciter des commentaires et des pronostics tout au long du festival. Mais c’est finalement le  film « Zeineb n’aime pas la neige » de la Tunisienne Kaouther Ben Hania qui a remporté le « Tanit d’or » de cette 27e  édition des JCC.

Revelyn SOME de retour de Tunis

Burkina 24


Le Palmarès des Journées Cinématographiques de Carthage 2016

Compétition officielle
  • Tanit d’or  : « Zeinab n’aime pas la neige » de Khaouther Ben Hania (Tunisie)

  • Tanit d’argent : « Clash » de Mohamed Diab (Egypte)

  • Tanit de bronze : « 3000 nuits » de Mai Massri (Palestine)

  • Prix spécial du jury : « The revolution won’t be televised » de Rama Thiaw (Sénégal)

  • Meilleur montage : Ahmed Hafez du film « Clash » (Egypte)

  • Meilleure image : Amed Jabr du film « Clash » (Egypte)

  • Meilleure musique : Le groupe Chkrr du film « Chouf » (Tunisie)

  • Meilleur scénario : Mai Massri du film « 3000 nuits » (Palestine)

  • Meilleure interprétation féminine : Oulaya Amamra et Deborah Lukumuena dans le film « Divines »

  • Meilleure interprétation masculine : Foed Nabba dans le film « Chouf » (Tunisie)

Compétition meilleure première œuvre pour le prix « Tahar Chériaa »
  • Tanit d’or : The last of us » de Alaeddine Slim (Tunisie)
  • Tanit d’argent : « Maintenant ils peuvent venir » de Salem Brahimi (Algérie)
  • Prix spécial du jury : «This little father obsession » de salim Mourad (Liban)
  • Meilleure interprétation féminine : Fatima Harandi dans le film « 1 mile dans mes chaussures » (Maroc)
  • Meilleure interprétation masculine : Majd Mastoura dans le film « Nhebek Hedi » (Tunisie)
Compétition courts métrages
  • Tanit d’or : «Marabout » de Alassane Sy (Sénégal)
  • Tanit d’argent : « Silence » de Chadi Aoun (Liban)
  • Tanit d’argent:  « Place for myself»  de Marie Clémentine (Rwanda)
 Compétition Ciné-promesse
  • Tanit d’or : «The guilt probability » de Michael Labarca (Mauritanie)
  • Mention spéciale : « Life’s eye » de Wafa Hussein (Egypte)

 

 

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