Election de Donald Trump et racisme : « Je préfère un raciste déclaré à un frère traître de même couleur »

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Dans cette opinion, Nestor Samné, vivant aux Etats-Unis d’Amérique, analyse de l’élection du nouveau président américain Donald Trump.

L’élection de Donald TRUMP comme 45ème Président des USA a ravivé la polémique sur le racisme par rapport à la puissance officielle du monde. Le ton de ses discours pendant la campagne a été  source de  crainte et de psychose pour les récents immigrés dans cette partie du monde, venus à la recherche d’un mieux-être.

De nombreux Africains ne se sont pas faits prier pour exprimer leur colère face à la victoire de Trump contre l’échec surprenant d’Hillary Clinton. Non moins choqué par quelques-unes des déclarations de Donald, je puis affirmer que son élection par la majorité des Américains ne me scandalise point.

Ce choix des Américains ne serait pas le premier fait m’ayant appris qu’une partie de l’Amérique est raciste et que le racisme est le régime quotidien de certains de ses citoyens (politiquement et individuellement). Je voudrais fonder mon argumentaire sur plusieurs aspects du racisme.

Le racisme, une mine d’or pour  certains politiciens de toute part.

Le racisme est l’idéologie qui considère que certaines catégories de personnes sont intrinsèquement supérieures à d’autres. (cf  Albert Memmi, « Racisme »). Les conséquences logiques d’une telle attitude sont la xénophobie et l’ethnocentrisme qui, non maîtrisées, peuvent conduire à des formes de génocide.

 De façon récurrente, des progrès sont faits de par le monde, de nombreux engagements sont pris afin de bannir ce mal qui s’origine dans l’égocentrisme de l’être humain de toute couleur. Cependant et malheureusement, il est indéniable que des politiciens, pour séduire une catégorie d’électeurs, y ont recours comme programme politique. Le racisme se présente donc comme une mine d’or, exploitée abusivement par des politiciens de tous les pays. S’il est vrai que TRUMP est raciste, ceci est loin de me convaincre que le rejet de l’autre et le repli sur soi, manifesté souvent par la diabolisation de l’étranger n’est ni le monopole de Donald Trump, ni de celui de ses supporteurs Blancs.

Sur ce, ils seraient même loin de ravir la vedette aux Africains. « L’ivoirité » avec son corollaire de conséquences, le massacre des millions des Tutsis au Rwanda sont quelques exemples qui illustrent cet état de fait. Pourrais-je citer les nombreux pays Africains qui ne se « gênent » pas à rapatrier, parfois dans des conditions inhumaines, les ressortissants d’autres pays voisins ?

Aaah oui ! J’oubliais le « prétexte » toujours « brandi » : sans-papiers, pas de carte de séjour. Et pourtant, on nous parle d’unité, de l’Union Africaine. Et que dire de ces leaders, en manque d’initiatives et de vision holistique  pour satisfaire les besoins sociaux de leurs populations, pointent l’épée mortelle sur  les étrangers, faisant d’eux des boucs émissaires, les livrant de facto à la haine des esprits faibles et des moins avertis de la perfidie des politiques.

Supposons donc que Trump opte de convaincre ses partenaires politiques en vue d’un rapatriement massif des immigrés. Serait-il le premier sur qui la pierre devrait être  jetée ? Et d’ailleurs, pour les optimistes ou naïfs comme moi, un tel programme ne donnerait-il l’occasion aux dirigeants africains, moins racistes  apparemment, de revoir leur politique afin de faire  du continent africain un eldorado, évitant ainsi à  ses fils et filles  l’exil forcé ?

Chaque jour, des milliers  d’Africains se jettent dans la gueule de l’Océan fuyant misère, chômage, guerres, mal gouvernance dans leur pays. Et si nous parlions de la fuite des cerveaux ? Ces élites formées à l’intérieur ou à l’extérieur, aux frais de leurs pays, ayant fait  de hautes études sanctionnées par des diplômes durement et brillamment acquis mais qui peinent à faire valoir leurs compétences dans leur pays. Ces élites qui  voudraient bien servir leur pays, (par patriotisme ou au moins par redevabilité) mais HELAS !

 Leurs parchemins sont : soit   méprisés, refusés par les siens, leur expertise bafouée pour des raisons subjectives, soit pour des  divergences politiques, d’opinions et autres ? Que leur reste-t-il comme solution ? « FUIR » et offrir services et compétences ailleurs. Je reste convaincu que personne ne jette volontairement ou par mépris la pierre sur sa terre natale. De ce fait, c’est par dépit, à leur corps défendant que certains choisissent « l’aventure » avec toutes ses conséquences!

Si Trump décidait de renvoyer les Africains chez eux,  cela ne  pourrait-il pas susciter un sursaut d’orgueil en ce continent  qui travaillerait à se réaliser une beauté intérieure capable de retenir ces fils/filles et séduire le reste du monde ?? On pourrait donc dire : « A quelque chose malheur pourrait être bon » ! Mais enfin !!Rêve certainement utopique avec le type de dirigeants que connaît l’Afrique.

Revenons chez moi, le Burkina Faso, combien sont- ils, ces politiciens qui, insidieusement ou parfois publiquement, dans le seul but de « déplumer » leurs opposants, utilisent le sceau   l’ethnie ou  la religion comme arme de dénigrement ?

 «  Ne votez pas pour tel ou  tel autre candidat car il est étranger », disent-ils dans les couloirs.  Au cours des élections présidentielles Burkina-2015, ces exemples étaient légion. Et pourtant, Barack OBAMA, Nicolas Sarkozy et autres ont bien été élus dans leur pays « d’accueil » !!  Combien de candidats aux législatives se sont vus traités d’immigrants dans leurs propres villages? Combien d’opposants politiques et de journaliste talentueux ont été éliminés physiquement dans leurs propres pays, en Afrique ?

Certains continuent d’être sous le coup de menaces mortelles. OUI !!Ceci se passe dans un pays dit «  pauvre », avec moins de 20 millions d’habitants et partageant depuis des millénaires des liens de sang. Alors, si j’ai pu assister à des scènes pareilles dans mon propre pays, comment pourrais-je m’offusquer face aux discours jugés « racistes » d’un politicien des USA qui comptent plus de 400 millions d’habitants, une population cosmopolite, venue des quatre coins de la terre ? Oooh ! Les Africains peuvent diaboliser Trump à volonté mais, franchement serait- il plus xénophobe que ne le sont les politiciens africains ? Pour moi, il semble plus urgent « d’ôter la poutre qui se trouve dans notre œil, avant de chercher á ôter la paille qui se trouve dans celui du voisin”.

 Donald TRUMP a été élu par les Américains et il est pleinement dans son rôle, celui de lutter à préserver les intérêts de ses concitoyens. Et à mon humble avis, c’est ce rôle que nos dirigeants, nos politiciens devraient jouer : « Préserver les intérêts des Peuples Africains », c’est seulement alors que les Africains ne seraient plus inquiets qu’un président « raciste »soit élu dans un pays du nord. «  Chacun n’a qu’à manger le haricot de son plat ».

Le racisme comme un mal humain

Au-delà du contenu historique du racisme, considérons le racisme comme la manifestation de la dimension « sauvage » de l’être humain.  A ce niveau, j’épouse follement la pensée qui souligne que « le racisme n’est pas un problème lié à la couleur de la peau, mais une histoire de péché. (Racism is not a skin problem, it is a sin problem). En 2014, lorsque je devais démanger de New York à Lexington dans le Kentucky (moins connu des Africains aux USA), bien-sûr, j’en ai fait la confidence à des connaissances.

 Probablement soucieux pour  mon bien-être et ma sécurité, ils ont  tenté de m’en dissuader, et comme argument ; cet Etat serait raciste. J’ai simplement répliqué : «  De toutes les façons, je suis habitué au climat raciste même dans ma propre famille humaine. Ne vous-en faites pas, car face à un raciste déclaré, j’aurais des moyens pour défendre ma propre couleur et l’inviter à sortir des limites étriquées de son petit carré ». Comme cette vieille dame, « je peux même vivre avec un lion sans qu’il ne me fasse du mal. Le seul moment redoutable c’est juste le temps qu’il faut, pour découvrir que c’est un lion ».

Pour moi, tout projet de mal, nourri dans les tréfonds d’une âme et dont l’objectif est de nuire à son prochain, est aussi une forme de racisme. Or le mal, quelles que soient son origine et sa forme, demeure le mal. Pris donc sous l’angle du mal, nous côtoyons au quotidien, le racisme et nous en sommes victimes de quelque manière que ce soit.

Quand son propre frère est « sorcier » et fait de ses propres parents, ses cibles mortelles, n’est-ce-pas le pire des racismes ? S’il advenait que Trump me rapatrie, il aurait au moins l’avantage de ne pas attenter à ma vie. Quand entre nous, dans la famille, après le décès d’un parent, on dépouille la veuve et les orphelins de tout héritage matériel et financier, pour aller jouir dans le luxe, parfois avec des maîtresses, n’est-ce-pas là un racisme plus pernicieux ?

Quand des dirigeants africains transfèrent des capitaux, volés au peuple, en Occident, pendant que les enfants n’ont pas accès à l’éducation et que les pauvres meurent par manque de soins dans les hôpitaux, ceci serait-il moins raciste ?

Les formes de discrimination ou d’exclusion vécues chez nous me paraissent pires que le racisme que l’on attribue à Donald. Comment qualifions-nous les rejets dus à la religion ? Combien d’Africains ont égorgé ou brûler vifs leur frères pour le seul motif qu’ils sont de religions différentes?  Y aurait-il pire racisme que cela ? Au regard de toutes ces considérations, je préfère vivre avec un raciste déclaré qu’avec un frère traître de même couleur.

Conclusion

Je voudrais résister à la manipulation d’un clan politique par rapport à l’élection de Donald Trump. Mais je reconnais que ce candidat, considéré au départ, comme un « outsider » aurait utilisé des propos désobligeants à l’endroit des immigrés qui ne sont qu’une « perpétuation » de l’histoire de ses grands-parents à lui, puisqu’ils sont venus d’ailleurs aussi.   Sans oublier  que son épouse actuelle, une non Américaine d’origine, n’a pas son placenta enterré sur le territoire américain, puisqu’elle est née en Slovénie.

Nous fixant droit dans les yeux, disons que Seul Dieu n’est pas raciste. Il est simplement dit qu’a l’origine du monde, Il a créé l’être humain sans préciser de couleur. Les Blancs, les Noirs, les Jaunes, les Rouges…. viennent tous de Dieu.

Et mieux, il permet à chacun de choisir sa voie : musulman ou chrétien, bouddhiste ou juif, athée ou adepte des religions traditionnelles africaines. Vivement que les paroles de Bob Marley soient une réalité : « Different colors, same peuple »,  (différentes couleurs, même peuple ), c’est-à-dire le Peuple de Dieu. Citoyen de la planète Terre, je pense qu’en matière de racisme, nous en portons tous des nœuds, et ce, à l’image des tiges de mil qui se ressemblent.

 Pour donc, l’urgence ne serait pas de jeter la pierre à l’autre comme agent extérieur de nos échecs, mais à travailler à tuer en nous,  le loup qui menace l’autre à tous les niveaux : politique, social et religieux.

Puissent les leaders africains, au-delà des jugements sur Trump, quitter la rhétorique pour faire du Continent, le plus bel exemple de « Racisme-zéro » dans le monde. Soyons d’abord  le changement que nous réclamons aux autres.

Sibiri Nestor SAMNE

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