Bernadette Ouédraogo : Née à Madagascar, elle rêve de découvrir son pays

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Bernadette Ouédraogo est une ressortissante burkinabè vivant à Madagascar. Presque la soixantaine, elle est née à Antananarivo à Madagascar où son père Tiend-bamba Ouédraogo y a séjourné pendant la deuxième guerre mondiale.  Elle n’a jamais connu son pays le Burkina Faso. Son plus grand rêve,  voir son village Pobé Mangao  (220 km de Ouagadougou) et la tombe de son père.

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Burkina24

bernadette-ouedraogo-madagascarSous le stand burkinabè du village de la francophonie, Bernadette Ouédraogo, habillée en pagne, attend. « J’ai appris qu’il y a un journaliste du Burkina ici. J’ai voulu m’habiller ainsi pour montrer que je suis bien burkinabè », explique-t-elle. Ses yeux presque bridés révélant son métissage, l’accent malgache, sa taille fine ne trahissent en rien ses origines sahéliennes en partie marquées par sa peau noire.

Lorsque nous la rencontrons, elle sort de son sac un tas de documents composés, d’une carte postale de Pobé Mengao son village d’origine, des photos de son père Tiend-bamba Ouédraogo, son demi-frère, son frère et des lettres de son frère Titi Sylvestre Ouédraogo, militaire à la retraite. Le village de Bernadette, Pobé Mengao, est situé à près de 220 km de Ouagadougou, dans la province du Soum (Sahel).

« Depuis que j’étais petite, lorsque je voyais quelqu’un à la peau noire à Madagascar, je lui demandais toujours s’il était du Burkina Faso»

« Quand mon père a quitté Madagascar, j’avais juste sept ans. Mon mère m’a dit qu’on avait demandé qui voulait suivre mon père ? Moi j’étais trop petite. C’est mon grand-frère Sylvestre qui a voulu le suivre. Le médecin nous avait dit qu’au Burkina, ce sont des sauvages et qu’on mangeait des hommes », se souvient-elle. C’est la gorge nouée, les yeux presque embués de larmes que Bernadette Ouédraogo raconte les derniers souvenirs ou plutôt ce qu’on dit de son père Ouédraogo.

Cette dame, cuisinière au Lycée français d’Antananarivo,  est très connue de la communauté burkinabè de Madagascar pour son amour phénoménal pour le Burkina Faso qu’elle n’a jamais connu. « Depuis que j’étais petite, lorsque je voyais quelqu’un à la peau noire à Madagascar, je lui demandais toujours s’il était du Burkina Faso. Mais ils étaient soit de la Guinée, de la Côte d’Ivoire ou encore du Mali », révèle Bernadette Ouédraogo.

Après le départ de son père, ancien combattant venu pendant la deuxième guerre mondiale pour le Burkina Faso, elle ne l’a plus revu jusqu’à sa mort. Son père avait regagné son pays pour des raisons psychiatriques entre 1949 et 1950. Depuis lors, elle a toujours cherché des contacts de ses origines sans succès. Mais ses prières finirent par être exaucées.

La famille de Bernadette Ouédraogo. Son père débout et sa mère au milieu. Elle n'était pas encore née à l'époque
La famille de Bernadette Ouédraogo. Son père debout et sa mère au milieu. Elle n’était pas encore née à l’époque

« Il y a ma nièce qui terminait ses études d’infirmière. Elle y était allée. La directrice a dit qu’il y a une élève qui a quelque chose à dire. Cette fille n’était pas de Madagascar mais du Burkina Faso. J’ai crié ” haaaa, j’arrive !” », s’est exclamée Bernadette Ouédraogo, revivant ces moments. C’est ce jour-là qu’elle entra en contact pour la première fois avec un ressortissant du Burkina Faso. C’était il y a environ 25 ans.

Une vie de misère après le départ de son père

Mais, c’est grâce à une sœur religieuse prénommée Rosalie, qui mène des recherches au Burkina Faso et l’aide d’un gendarme, que Bernadette a été mise en contact avec ses origines et son frère dont elle n’avait plus de nouvelles. «Il y a environ 20 ans que j’ai pu rentrer en contact avec mon frère que nous avions perdu de vue », poursuit Bernadette Ouédraogo, très émue.

Après la guerre à Madagascar, Tind-bamba Ouédraogo avait la nationalité française mais Bernadette Ouédraogo explique que sa famille a perdu beaucoup de papiers importants
Après la guerre à Madagascar, Tind-bamba Ouédraogo avait la nationalité française mais Bernadette Ouédraogo explique que sa famille a perdu beaucoup de papiers importants

Après le départ de son père pour le Burkina Faso, Bernadette Ouédraogo, restée avec ses frères et sa sœur, affirme avoir vécu un véritable calvaire : « c’était vraiment dur parce que les gens font attention à la couleur de notre peau. D’abord, les parents de ma mère ont accepté difficilement le fait que ma mère se marie à un Noir. Après son départ, nous avons souffert du racisme à cause justement de notre peau noire ».

Bernadette Ouédraogo insiste : « même les copains de mon père m’ont abandonnée. Tenez-vous que lorsque ma mère est morte, ses parents ne voulaient pas l’enterrer dans leurs tombeaux parce qu’ils ne pardonnaient pas le fait qu’elle se soit mariée avec mon père, un Noir».

Son calvaire va se poursuivre lorsqu’elle décide de se marier à un Malgache. Les parents de ce dernier s’opposent à leur union. Elle est longtemps rejetée par sa belle-famille à cause de la couleur de sa peau. Même si aujourd’hui, les relations se sont améliorées, Bernadette a été marquée à vie par ce rejet,  comme elle l’explique. Avec son mari, elle a eu deux enfants et un petit-fils.

La communauté burkinabè rend Bernadette heureuse

L’installation progressive d’une communauté burkinabè à Antananarivo a permis à Bernadette Ouédraogo de tisser des liens avec les ressortissants de son pays. Et les témoignages convergent. Bernadette Ouédraogo est l’une des plus assidues lors des rencontres de la diaspora burkinabè en Antanarivo. Elle fait tout pour conserver les liens familiaux. « Je leur dis qu’ils sont ma famille. Maintenant, je me sens bien parce que je suis avec les Burkinabè », clame-t-telle avec un air de fierté.

Sur cette carte postale de Pobé Mangoé, l'on peut voir la tombe du père de Bernadette Ouédraogo indiquée par son frère.
Sur cette carte postale de Pobé Mangao, l’on peut voir la tombe du père de Bernadette Ouédraogo indiquée par son frère.

C’est pourquoi, bien que toute la famille soit chrétienne, elle décide de se convertir à l’islam parce qu’ayant appris que son père était aussi de cette religion. Son mari aussi s’est converti même si cela n’a pas plu à sa famille.

« Je travaillais au lycée français avec mon mari. Mais depuis qu’on s’est converti à l’islam, cela n’a pas plu à nos patrons qui ont renvoyé mon mari même s’il était presque à la retraite », se plaint Bernadette Ouédraogo.

Pour elle, se convertir à l’islam est une manière de garder les liens avec son père. Si elle veut retourner au pays, elle souhaite à tout prix rencontrer son frère Sylvestre qu’elle n’a plus vu depuis l’âge de sept ans.

Impatiente de rencontrer le Président du Faso

Déjà, Bernadette Ouédraogo explique qu’elle a mobilisé ses frères pour rencontrer le Président du Faso Roch Marc Christian Kaboré. Ce dernier arrive le vendredi 24 novembre 2016 à Antananarivo à l’occasion du XVIe sommet de la francophonie. Pour le moment, anxieuse et impatiente, elle affirme compter les jours car c’est la première fois qu’elle sera en contact avec un Président burkinabè.

Les Burkinabè vivant à Madagascar, selon des explications de Yacouba Kaboré, Sidoine Yanogo et Serge Dimitri Baziemo, comptent cotiser pour lui permettre de voir sa terre d’origine. Ils espèrent tout de même que le Président Roch Marc Christian Kaboré sera sensible à sa situation.

Boukari OUEDRAOGO depuis Antananarivo

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