Burkinabè de Madagascar : Solidarité dans la solitude

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A Madagascar, ils sont une trentaine de Burkinabè qui vivent dans la capitale Antananarivo. Cette petite communauté s’est bien organisée pour faire face à la solitude. Le XVIe sommet de la francophonie a été un cadre pour rassembler ses membres afin de défendre l’image du Burkina. Cet esprit de solidarité leur permet de faire face au mal du pays.

Le modeste stand du Burkina au village de la francophonie sert de lieu de rencontre pendant le sommet
Le modeste stand du Burkina au village de la francophonie sert de lieu de rencontre pendant le sommet

La solidarité. C’est la principale force des Burkinabè vivant à Madagascar. Et cela saute aux yeux. C’est Serge Dimitri Bazyemo, étudiant en physique qui interpelle le journaliste de Burkina 24 constatant son habillement sahélien. « Vous êtes Burkinabè ? », interroge-t-il. Se rendant compte qu’il se trouvait avec un compatriote, il appelle automatiquement un autre en la personne Yacouba Kaboré. « Bloque-le là-bas. J’arrive», entend-t-on au téléphone.  Ils sont désormais trois au niveau d’un stand qu’il s’apprêtait à aménager le mardi 23 novembre 2016.

 


De l’Ethiopie à l’Afrique du Sud

« Il n’y a pas longtemps qu’on a su que l’Afrique du Sud couvrait Madagascar parce que précédemment c’est l’ambassade du Burkina en Éthiopie qui couvrait Madagascar. En décembre 2015, la Transition a signé un décret qui redéfinit  la juridiction des ambassades. Pour des raisons que j’ignore, on n’a pas reçu ces textes à temps. C’est dans le cadre de la francophonie que nous avons eu l’information que Madagascar est à notre charge (…) ».

Aristide Ouédraogo, trésorier de l’ambassade du Burkina en Afrique du Sud accrédité auprès de la république de Madagascar


Cela fait un an que Yacouba Kaboré, ancien commercial à Impérial Tobacco, est arrivé à Madagascar. « Ce qui m’a amené à Antananarivo, c’est ma femme. C’est vrai que j’ai des activités qui m’attendent encore au pays mais je ne voulais pas être séparé de ma famille. Je suis ce qu’on appelle ici homme au foyer », confie-t-il avec une pointe d’humour. Mais ce n’est pas pour autant que Yacouba Kaboré reste sans rien faire. « J’ai profité pour me recycler. Je me suis mis à étudier les pierres parce que Madagascar c’est le paradis des pierres », explique le gemmologue.

Serge Dimitri  Bazyemo, pour sa part, est arrivé à Madagascar, il y a six mois pour des raisons d’études. Il est étudiant en physique à l’Université de Antanarivo. Son statut de boursier lui facilite un peu la tâche. Sidonie Yanogo a suivi son mari pour Madagascar. Elle y vit depuis environs cinq ans. Elle évolue dans le monde de la décoration et la vente des tissus du Burkina.

S’il y a une chose que les Burkinabè supportent difficilement, c’est la distance avec le pays comme l’explique Sidonie Yanogo. « Il faut souvent attendre six mois ou une année avant de rentrer. Ce qui fait que c’est par Internet qu’on se retrouve ».

Le mal du pays

C’est la même préoccupation que relève Serge Dimitri Bazyemo. Ce qui rend difficiles les contacts avec la famille au Burkina Faso. Mais le problème majeur demeure l’insécurité. Cela s’explique par l’extrême pauvreté de la population. En plus de cela, il y a la barrière linguistique puisque le malagasy, la langue malgache, est le plus parlé dans ce pays selon Yacouba Kaboré.

Cette situation ne favorise pas l’intégration au sein de la communauté surtout face à une population extrêmement pauvre. A ce sujet, Sidonie Yanogo explique que les Malgaches ne connaissent pas assez bien le continent africain.

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« Il y a des gens qui me demandent souvent si je suis africain parce qu’ils ne savent même pas qu’eux aussi sont africains », souligne-t-elle. Presque vivants à part bien que trouvant beaucoup de Malgaches simples et accueillants, ils s’organisent entre communauté. Et selon Serge Dimitri Bazyemo, à l’Université, il se trouve beaucoup plus avec ses amis étrangers venus poursuivre leurs études.

Même si les Burkinabè de Madagascar n’osent pas le dire clairement, ils semblent être abandonnés. Car pour Sidoine Yanogo, il n’y a pas véritablement de structure qui assiste la communauté. « J’aimerai bien que nos autorités puissent s’intéresser à la communauté burkinabè qui se trouve ici car nous aimerons voir ce que nous pouvons apporter au pays », développe Sidonie Yanogo.

Les réunions entre la quinzaine de familles vivant à Madagascar est le ciment de la communauté burkinabè. Pendant les fêtes ou en cas de problème, elle organise des rencontres confie Yacouba Kaboré venu trouver une telle organisation.

Une solide solidarité

Mais plus le temps passe, plus les Burkinabè se font sentir. Actuellement, le stand Burkina Faso au village de la francophonie sert de point de rencontre. Certains comme Eloi Kaboré, coordonnateur à médecin du monde et arrivé il y a trois mois ou encore Adélaïde Ouédraogo viennent donner un coup de main. C’est également le cas de Marie Kaboré, la fille de Yacouba Kaboré qui passe le temps au stand pour présenter les produits burkinabè. Un symbole de la solidarité entre communauté burkinabè.

Pour Serge Dimitri Bazyemo, les autorités burkinabè ont intérêt à s’intéresser aux Burkinabè vivant à Madagascar car ces derniers peuvent apporter beaucoup de choses au pays. Par exemple, Yacouba Kaboré pense que le Burkina pourrait être leader en Afrique de l’Ouest sur la gemmologie à travers des formations de cadres à Madagascar parce que dans la sous-région, il existe peu d’experts.

Boukari OUEDRAOGO

Burkina24



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