Eau et lutte contre la faim dans le Sahel : Le CILSS pose le débat

Les chiffres sont parlants. Aujourd’hui encore 39% des Sahéliens se retrouvent privés d’eau malgré les considérables ressources hydriques de surfaces avec pour conséquence moins de 5 000 hectares irrigués sur un potentiel de 2,4 millions. Pour inverser la courbe, les acteurs de la coalition mondiale de l’eau des 13 pays du Comité inter Etats de lutte contre la sécheresse dans le Sahel (CILSS) examinent l’initiative « Maitriser l’eau pour faire reculer la faim au Sahel »

« Encore dans certains pays, 30% des gens n’ont pas accès à l’eau potable parce que tout simplement, on n’en mobilise pas », s’étonne Clément Ouédraogo, coordonnateur régional du programme d’appui à la maitrise de l’eau.

Avec le potentiel hydrique de surfaces, estime-t-il, il est n’est pas compréhensible que l’« on meurt de faim et de soif au Sahel alors que nous avons des terres, de la ressource » et que l’agriculture soit basée encore à 90% sur la pluviométrie. « Ça, c’est un scandale », analyse-t-il. Des incompréhensions que partage Niouga Ambroise Ouédraogo, ministre de l’eau et de l’assainissement. « Au Sahel, on peut estimer qu’il ne pleut pas beaucoup. Mais il pleut suffisamment pour pouvoir assurer la production agroindustrielle », dit-il.

Et si dans la pratique cela n’est pas le cas, c’est qu’il y a un frein au niveau de la maitrise et de la redistribution. Des réalités qui ne sont pas inconnues du chef du département eau et assainissement. Il cite entre autres la difficulté de mobilisation de la ressource et le problème d’une vision partagée et cohérente du secteur de l’eau. Or « qui dit pays sahélien, dit ce que nous appelons les bassins hydrographiques partagés », soutient Ambroise Ouédraogo.

« Il y a beaucoup d’eau au Sahel »

Et pourtant, relève le ministre, toutes les eaux coulent vers l’océan. C’est là une raison de plus dit-il, pour que tous les Etats de la région regardent dans la même direction « pour pouvoir exploiter de façon optimale » les ressources en eau, car «si elles sont exploitées de façon optimale, permettent la production de richesses ». Un postulat partagé par le coordonnateur régional du CILSS. « Nous avons notre potentiel en eau qui est extrêmement sous exploité. Nous sommes dans un paradoxe. En réalité, on dit que l’eau est rare au Sahel, mais en fait il y a beaucoup d’eau au Sahel », affirme Clément Ouédraogo.

Le ministre de l’eau et de l’assainissement Ambroise Niouga Ouédraogo  a fait part  de sa joie de voir la problématique de l’eau prise à bras le corps par le CILSS soutenu dans cette lancée par la Banque africaine de développement. « Quand on parle d’eau surtout dans un pays sahélien, tout le monde est sensible. Au Burkina particulièrement tout le monde est sensible à l’eau. Et ce n’est pas moi, ministre de l’eau qui dirai le contraire », a-t-il déclaré. Et le « cadre ouvert » des discussions de la coalition mondiale l’en réjouit davantage.

Les échanges de Ouagadougou sont vus par Clément Ouédraogo comme un « nouvel élan » pour repenser la problématique de la ressource eau, ressource indispensable pour les Etats du Sahel qui luttent toujours contre l’insécurité alimentaire due en partie à la faible pluviométrie. Le CILSS appelle tous les partenaires à être autour de lui pour que ce partenariat soit « un véritable creuset où on met en synergie les énergies pour faire de l’eau un facteur de développement ». Une feuille de route est attendue pour répondre à la question « comment on va sortir des résultats concrets ».

Oui Koueta

Burkina24



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