Lettre à Simon Compaoré : « Monsieur le ministre, notre système de sécurité a besoin d’un expert »

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Dans cette lettre ouverte aux allures de coup de gueule, Ablassé Tassembédo, Burkinabè résidant aux Etats-Unis, s’adresse au ministre de la sécurité intérieure Simon Compaoré, par rapport à la dernière attaque terroriste essuyée par le Burkina.

 Tout d’abord, permettez-moi de m’incliner sur la mémoire de nos vaillants et intrépides combattants, ces dignes fils qui, arrachés brutalement par les forces ténébreuses d’un monde repu, ont au prix du sacrifice suprême fait barrage à ces hordes d’impies et de messagers du démon. Aux blessés, je souhaite prompt rétablissement et que Dieu console toutes les familles éplorées.

Monsieur le ministre d’Etat Simon Compaoré,

Arrêtons de faire de la politique là où il ne faut pas. S’il vous plaît, arrêtez de faire de la politique là où il ne faut pas. Permettez aux gens d’être à la place qu’il faut. Le peuple burkinabè vous regarde et vous demandera des comptes.

Ça ne sert à rien d’affronter le monde avec un visage désolant. (…) La valeur d’un homme d’Etat, se mesure à sa propension d’écoute et de critiques. Les gens ne vous en veulent pas personnellement, mais ils estiment que vous n’êtes pas en mesure de cumuler toutes ces charges ministérielles et mener efficacement cette mission de sécurité où la vie de toute une nation en dépend.

 Ce n’est pas une haine contre votre personnalité mais un sens élevé de responsabilité que le peuple vous demande.

 Messieurs les Ministres (Etat, Administration Territoriale, Décentralisation, Sécurité Intérieure),

Notre système de sécurité a besoin d’un expert, un spécialiste pour rassurer nos Forces de Sécurité et de Défense et rassurer le peuple. Des mesures fortes doivent être prises dans les jours qui suivent afin de rassurer tout le monde. Évitez donc cette résistance insensée et inopportune qui consiste à garder le portefeuille de la Sécurité. Toute autre initiative contraire ne fera que vous exposer et conduire notre pays vers le chaos.

Vous avez géré la Mairie de la ville de Ouagadougou pendant une quinzaine d’années, personne ne vous a demandé de quitter ou de démissionner. Vous avez fait un travail impeccable, nous vous félicitons, vous avez fait un bon boulot à la tête de la Mairie.

C’est très triste de voir nos compatriotes mourir de la sorte, on dirait du bétail qu’on vient prélever quand on veut et puis jamais aucun terroriste n’ait été tué.

Lors de l’attaque du Cappuccino et de Splendid hôtel, vous aviez dit sur les ondes de la Télévision Nationale du Burkina, que: «On n’attaque pas le Burkina impunément ». Pratiquement, une année après, vous n’avez même pas pu inquiéter une petite mouche. Pire, c’est comme si votre déclaration était de la provocation. Conséquence, le Burkina a été giflé à répétition. Ce sont nos pauvres soldats qui sont tués comme des poulets, leurs familles endeuillées, la nation aussi. Vous êtes toujours là, gelé et vous ne vous remettez pas en cause.

 Monsieur le Ministre d’Etat,

Je voudrais vous inviter à soigner votre langage car en pareille circonstance, la communication compte tant pour apaiser les cœurs que pour remonter le moral de la troupe et aussi pour ne pas dépouiller le pays et l’exhiber.

Comment tout un ministre de la Sécurité Intérieure peut étaler sur une chaîne de la Télévision Nationale émettant sur satellite et sur internet la faiblesse de toute son armée, opposant kalachnikov de sa troupe aux armes sophistiquées des jihadistes? N’est-ce pas donner de quoi à l’ennemi pour frapper et saper le moral des troupes ?

 Comment pouvez-vous citer le Chef de File de l’Opposition et Mr Bassolma très particulièrement et de manière spécifique comme si eux, ils sont toujours contre vous en toutes circonstances, mais cette fois-ci, ils ont particulièrement compati à votre douleur? Où est-ce que vous avez mis les 18 millions de Burkinabè de l’intérieur et les autres millions de Burkinabè de l’extérieur ? A mon humble avis, c’est une affaire du Burkina et tous les Burkinabè sont consternés. Une fois de plus, Mr le Ministre d’Etat, arrêtez de faire la politique là où il ne faut pas la faire

(…)

Voulez-vous dire qu’on ne savait pas que les terroristes se promènent avec des canons 12,7 dans cette zone? Quel est le rayon d’action des avions d’attaque au sol dont l’armée burkinabè dispose ? Vous nous avez exposé des armes et des avions lors du défilé du 11-Décembre 2016 à Kaya. Pourquoi vous ne les avez pas déployés en zone depuis lors, afin de conférer un avantage stratégique et opérationnel à nos combattants ?

C’est une  “guerre asymétrique”  certes, mais avez-vous au moins identifié les bases arrière de ces terroristes? Pourquoi, pour une fois au moins n’avez-vous pas tenté d’avoir l’initiative du feu en allant les neutraliser dans ces retranchements? Des pays comme le Rwanda l’ont fait à la frontière avec le Congo et ont ainsi pu restaurer la sécurité à leurs frontières. Cela est d’autant pressant dans la mesure où l’Etat malien est inexistant de l’autre côté. Si ces terroristes osent franchir nos frontières, surtout avec des équipements lourds, cela signifie qu’ils pensent être adossés sur du solide et que vous avez aussi longtemps dormi.

Monsieur le Ministre de l’Administration Territoriale, 

Il est grand temps de vous réveiller et surtout d’accepter de mettre l’homme qu’il faut à la place qu’il faut car ceux qui savent l’importance d’une bonne gestion de la communication en temps de guerre ne feraient pas aussi piètre figure dans le cas d’espèce.

 Monsieur le Ministre de la Décentralisation,

Evitez à chaque fois de comparer ces genres de situations avec ce qui se passe en France ou aux USA. Eux, au  moins ils ont les armes qu’il faut pour riposter. On ne peut pas diriger un pays avec de grandes contradictions au sommet.

Quelques semaines après les attentats de Bruxelles du 22 mars 2016, la ministre de la mobilité et des Transports belge, la libérale wallonne Jacqueline Galant, a démissionné.

Les ministres sénégalais des Transports et des Forces armées ont démissionné le 1er Octobre 2002, après le naufrage du bateau Le Joola, qui a fait le 26 septembre 2002 un millier de morts et seulement 64 rescapés.

Le ministre irakien de l’Intérieur a présenté sa démission le Mardi 05 Juillet 2016, deux jours après un attentat qui a fait plus de 200 morts à Bagdad.

Le ministre indien de l’Intérieur et le conseiller à la sécurité nationale ont démissionné en 2008 après les attaques de Bombay en Inde. Ils ont indiqué qu’ils se sentaient dans l’obligation d’assumer la “responsabilité morale” après ces attaques d’islamistes à Bombay.

 Le responsable des chemins de fer iraniens, le vice-ministre Poorsaeid Aghaie a démissionné en Novembre 2016 après la catastrophe ferroviaire qui a fait au moins 44 morts dans le Nord du pays.

Le Ministre des Transports ainsi que le chef de l’Autorité des chemins de fer égyptien ont démissionné en 2012 après une collision entre un autocar scolaire et un train a fait 49 morts dont 47 enfants à Manfalout, dans le centre de l’Egypte.

 Monsieur le Ministre d’Etat, 

Monsieur le Ministre d’Administration Territoriale, 

Monsieur le Ministre de la Décentralisation, 

Monsieur le Ministre de la Sécurité Intérieure,

Tous ces démissionnaires n’ont pas attendu une seconde catastrophe pour démissionner quand bien même ils assuraient simplement un seul portefeuille.

En moins d’une année à la tête de ces multiples ministères, combien de fois vous vous êtes présenté à la Télévision Nationale pour des raisons de Sécurité, et cela a fait combien de pertes en vies humaines? Combien de familles ont été endeuillées? Combien de femmes sont devenues veuves? Combien d’enfants sont maintenant orphelins? En moins d’une année de gestion du quatrième Ministère dont vous tenez les plus hautes responsabilités

 Monsieur le Ministre,

Démissionnez dans la dignité avant que des mères de victimes ne vous indiquent le chemin de l’honneur. Donnez votre sabre de guerre à celui qui pourra défendre le Faso, jadis pacifique.  (…)

Je ne vous demande pas de démissionner de tous les quatre ministères, dont vous seul, expert compétent a les charges. Je vous demande de démissionner très humblement du dernier Ministère qui est celui de la Sécurité Intérieure. Cela vous rendra grand, très grand et plus respectable.

Il faut capitaliser tous ces acquis par des moyens conséquents, des choix et des décisions salutaires pour que la sécurité publique se renforce crescendo. Des enfants burkinabè sont morts depuis janvier 2016 et continuent de mourir.  (…)

Triste de dire qu’il faut des moyens aériens maintenant. Gouverner c’est prévoir. C’est vraiment déshonorant que des gens à moto et à véhicule puissent surprendre tout un “camp “. Il n’y a même pas de grilles ni même des sacs de sable ou même des trous pour s’abriter et riposter. Et qu’est-il des sentinelles, ceux qui montent la faction? Il faut revoir beaucoup de choses dans la Sécurité.

S’il vous plait, Monsieur le Ministre de la Sécurité Intérieure, 

Les soldats d’un camp anti-terroriste ne peuvent être équipés de Kalachnikov. Une zone suffisamment réputée hyper dangereuse et vous envoyez nos frères à l’abattoir avec de simples Kalachnikov ? Les armes lourdes retirées des mains des RSP qu’on a fièrement exposées à la Place de la révolution sont où ? L’arsenal que vous aviez utilisé récemment le 11-Décembre à Kaya pour le défilé sont où ? Ça va toujours continuer comme ça et on va toujours nous dire qu’on n’a pas d’armes et que même les USA et la France sont aussi attaqués ?

 Le Ministère de la Sécurité Intérieure ne convient pas du tout à un profane dans le domaine de la Sécurité. On ne peut pas faire de ce Ministère, un poste de récompense. C’est un cadeau très empoisonné. Et je sais bien que vous êtes entrain de vous rendre compte.

C’est bien vrai que vous avez été un CDR au temps de la révolution et pas le moindre, mais je ne crois vraiment pas que ces compétences acquises vous qualifient pour gérer le poste de sécurité intérieure de notre cher Faso dans un contexte où le Jihadisme est d’actualité et où le Burkina Faso est si vulnérable.

 Enfin, ma conviction est que la dégradation de la situation sécuritaire actuelle est le résultat d’un mauvais choix politique, l’infantilisation de la vie politique à outrance, précipitant notre pays jadis havre de paix par une insurrection irresponsable pour une alternance qui, pour l’instant n’assure ni paix ni sécurité.

Ablassé Tassembedo

Burkinabè résident aux Etats-Unis

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