Burkina : La réconciliation “ne s’accommode pas avec de la précipitation” (Benoît Kambou)

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Pour parvenir avec assurance à la réconciliation nationale, le président du Haut conseil pour la réconciliation et l’unité nationale (HCRUN), Benoït Kambou, demande aux Burkinabè de faire preuve de patience.

Cela fait un an maintenant que le HCRUN a été mis en place. Créé le 15 janvier 2016, il a été officiellement installé le 22 mars 2016.

Né des cendres de la Commission de réconciliation nationale et des réformes (CRNR) instituée sous la Transition, sa mission principale est de trouver une résolution aux milliers de dossiers dans lesquels des Burkinabè ont été lésés, de faire éclater la vérité afin d’aboutir à la paix des cœurs, socle de la réconciliation nationale.

Dans une interview accordée à Sidwaya et parue ce 29 décembre 2016, son président, Benoît Kambou, a expliqué que ces 12 premiers mois ont été consacrés à la dotation du HCRUN de ses outils de travail : règlement intérieur, plan d’actions et  stratégie de communication. Quant au travail proprement dit, Benoît Kambou informe que des correspondances ont été envoyées à différents ministères dans le cadre de l’examen des dossiers.

Plus de 5 000 dossiers constitués de plaintes de victimes ont été cédés au Haut conseil par la CRNR. Ce nombre a désormais connu une hausse puisque le président informe qu’il continue d’en recevoir. Les dossiers sont recevables d’ailleurs jusqu’à la fin du mandat du conseil qui est prévu durer cinq ans avec une possibilité de prorogation.

Faire mieux

Benoît Kambou, dans l’interview de nos confrères, a donné la lecture que le HCRUN a de sa mission. Pour ses membres, la vérité et la justice sont primordiales pour aboutir à une véritable réconciliation. “Si certaines structures ont  échoué, c’était dû au fait que l’on a voulu faire la réconciliation par coup de décret sans chercher la vérité. Aujourd’hui, l’une de nos priorités, c’est d’abord la vérité, la justice, la réparation, ensuite l’engagement à faire en sorte que ce qui s’est produit ne se répète plus jamais», dit-il.

Le président est convaincu que la manifestation de la vérité est primordiale. “Vous avez des victimes qui veulent savoir ce qui s’est passé réellement. Ce n’est pas tant la réparation qui les intéresse, c’est la vérité, l’origine des exactions subies par leurs parents», explique-t-il, se basant sur ce postulat pour croire que le HCRUN fera la différence. “(…) Nous croyons que nous ferons mieux, parce que nous nous attaquons aux vrais problèmes», dit-il.

Quant à la justice, le Haut conseil dispose d’alternatives pour pallier aux insuffisances de la justice classique. Il s’agit du recours aux coutumiers et religieux et des pouvoirs “exorbitants” du Conseil (voir à la fin de l’article).

En attendant, Benoît Kambou demande aux Burkinabè d’être patients pour éviter d’enterrer les vivants. “Nous demandons à la population de prendre toujours son mal en patience, parce que ce domaine ne s’accommode pas avec de la précipitation», a-t-il plaidé.

Synthèse de Abdou ZOURE

Burkina24

© Photo:  Aouaga.com


L’arme secrète du HCRUN

“La loi nous donne un certain nombre de pouvoirs exorbitants. Je pense au pouvoir d’investigation. Elle nous autorise aussi à faire fi de la qualité officielle de certaines personnes, notamment celles qui bénéficient d’immunité ou qui peuvent bénéficier de loi d’amnistie ou de prescription, afin qu’elles ne puissent pas invoquer tous ces avantages pour se soustraire de la compétence du HCRUN.

Sans oublier aussi que cette loi nous permet d’obliger toute personne, quel que soit son statut, à révéler des documents que nous souhaitons. Bien sûr que nous ne pouvons pas exercer ces pouvoirs tous seuls. C’est là que s’établit une passerelle entre le Haut conseil et la justice classique. Parce que nous sommes obligés à un certain moment ou à un autre de collaborer avec cette justice”

Benoît Kambou, Président du HCRUN

Sidwaya du 29 décembre 2016

Abdou ZOURE

Abdou Zouré est le rédacteur en chef de Burkina24.

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