Député Alitou Ido : « Voilà l’usage que j’ai fait du million que je n’aurai pas dû recevoir de l’Assemblée »

Les 127 millions de F CFA reçus par les députés de l’Assemblée nationale à la fin de la deuxième session ordinaire ne passent pas au sein de l’opinion nationale. Dans cette tribune publiée sur son mur Facebook, le député Alitou Ido, président du groupe parlementaire Union pour le progrès et le changement (UPC) explique à quoi il a destiné la somme d’un million de F CFA qu’il a perçue.

Bonjour bonnes gens,

Je l’ai dit et répété lors de nos dernières journées parlementaires UPC à l’hôtel Palm Beach. Le MPP (Mouvement du peuple pour le progrès) et ses alliés naturels ont grassement acheté leur naam lors de toutes les élections présidentielle, législatives et municipales. Tout le Burkina Faso l’a vu et décrié du bout des lèvres par endroit par certains, de manière plus véhémente par d’autres. Rien, absolument rien n’y fit. Ils ont été tour à tour investis puis couronnés princes de nos cités avec la haute main sur tout notre patrimoine !

Ainsi donc le peuple a fait son choix, dira-t-on. Que des hommes qui étaient aux commandes des affaires publiques avec Blaise Compaoré et ce, pendant plus d’un quart de siècle ! Bonnes gens, dites-moi où est la logique de ce choix ? Pourquoi avoir alors chassé Blaise Compaoré si c’est pour continuer son système avec ses ex-ministres ? J’avoue que j’y perds mon latin !

Pouvons-nous réalistement être surpris de la qualité du management des affaires publiques de ces ministres d’hier de Blaise Compaoré ? L’UPC a présenté une offre de gouvernance basée sur le vrai changement, qui est en soi une rupture totale d’avec le système ancien. Vous avez préféré la continuité. Soit ! Nous nous inclinons. Alors buvons tous le supplice courageusement jusqu’à la lie ! Car c’est le choix du peuple ! Ne dit-on pas que tout peuple mérite ses dirigeants ! Allons seulement ! comme disent les jeunes.

« La construction d’une société démocratique est au prix de la critique quotidienne de la pratique et du comportement des hommes politiques et des fonctionnaires publics. Acceptons ce principe en toute humilité ou démissionnons de nos fonctions d’élu ou de fonctionnaire »

 Depuis 2010, nous nous battons pour le changement, le vrai changement, à nos frais en nous investissant de toutes de nos forces, de toute notre âme. D’autres encore comme les Sankaristes, le PAREN…. sont à la pointe de cette lutte depuis encore plus longtemps. Pour quel résultat au finish ?

Je dois néanmoins reconnaitre que nous rentrons dans l’année 2017 avec quelques motifs de satisfaction car la veille citoyenne pour une gestion réellement transparente et vertueuse de notre Faso, après quelques errements, devient de plus en plus efficace. La construction d’une société démocratique est au prix de la critique quotidienne de la pratique et du comportement des hommes politiques et des fonctionnaires publics. Acceptons ce principe en toute humilité ou démissionnons de nos fonctions d’élu ou de fonctionnaire.

Luttons tous pour bannir le mensonge comme instrument de gestion tant au sommet de l’Etat qu’au plus petit niveau de notre société, construisons tous ensemble une gouvernance exempte de corruption et équitable, valorisons la culture du travail bien fait, la culture de la redevabilité ou de l’imputabilité, comme disent les Canadiens. A mon sens, cela n’est seulement possible que si la veille citoyenne est encore mieux structurée et plus efficace en étant objective.

La loi octroie aux députés une allocation sous la forme d’un appui aux groupes parlementaires pour financer des activités de redevabilité. On peut évidemment se demander si cela est opportun dans le contexte actuel certes, mais objectivement cela est légal. Est-ce moral ? Nous pouvons en débattre longtemps tant les points de vue et les arguments peuvent diverger. Tout ceci n’est que conséquences de nos choix d’hier !

Personnellement, je bois du petit lait car je suis en accord avec la majorité de vos analyses et critiques. Cet écrit me place d’emblée en position très inconfortable avec non seulement mon groupe de députés UPC mais plus largement avec l’ensemble de mes collègues à l’Assemblée.

NATAMA le SISSALA l’a dit et cela est juste après l’épisode des élections tel que présenté plus haut, peut-on s’étonner réalistement de l’attitude des députés ? Pourquoi au moment des élections le peuple a-t-il assisté quasi silencieusement à l’achat des votes ? Pourquoi les objecteurs actuels de conscience ne sont-ils pas montés au créneau pour dire NON et NON ! Nous voulons des votes propres !

J’aurai franchement aimé les sentir envahir tous les espaces médiatiques pour dénoncer à cor et à cris ce dérapage monstre de notre démocratie dès le vote ! Quelle assemblée pensiez-vous obtenir à la fin du processus ? En vérité je vous le dis, je suis toujours écœuré de nos élections, tant des tonnes d’argent ont été déversées sur l’électeur, qui, dans ce contexte de pauvreté exacerbée, a préféré prendre l’argent et se détourner du Sankariste, du PAREN, de l’UPC…du vrai changement. Voilà à mon sens d’où vient tout le mal que nous dénonçons tous aujourd’hui !

« Le 17 décembre 2016, pendant les assises du bureau politique national de l’UPC,  j’ai donné dix millions de FCFA de mes ventes d’ignames dans la Sissili pour redynamiser la section UPC du grand Houet. C’est avec de telles contributions de chaque militant(e) que notre parti vit »

Depuis 2010, individuellement, nous (les partis de l’ancien CFOP sans le MPP) financions les mobilisations des citoyens à même nos maigres ressources pour conscientiser le peuple au changement, au vrai changement ! Au finish, quel a été le choix du peuple ? A-t-il choisi le changement ? Bonnes gens, j’ai mal, j’ai très mal, peut-on dire que le peuple a-t-il été dupé et roulé dans la farine ?

Chez les Nord-américains ne rentre généralement en politique que le (la) citoyen (ne) qui s’est construit (e) avec donc une bonne assise financière et un fort désir d’aider les autres et de consolider la vie démocratique. Sur l’échelle universelle de MASLOW, ils sont à l’étape de réalisation de soi, rien à voir avec nous ici au Burkina qui sommes à l’étape d’assurer nos besoins primaires ! Visons sérieusement cet idéal de réalisation de soi dans notre longue et laborieuse marche pour la construction d’une réelle démocratie au FASO.

Le 17 décembre 2016, pendant les assises du bureau politique national de l’UPC,  j’ai donné dix millions de FCFA de mes ventes d’ignames dans la Sissili pour redynamiser la section UPC du grand Houet. C’est avec de telles contributions de chaque militant(e) que notre parti vit.

Courant septembre 2016, c’est encore une contribution aux activités de formation des jeunes de l’UPC que j’ai faite de deux millions cinq cent mille (2 500 000) F CFA provenant cette fois-ci de mes ventes de patates douces toujours dans la Sissili. Je consacre ces efforts au parti, à sa jeunesse parce que je crois au changement véritable et à notre jeunesse. Montrons aux jeunes, nous les ainés, la voix de l’honneur, de la vérité et du sacrifice.

A la rentrée en octobre 2016, trois collèges du continuum ont été créés par l’Etat dans la commune de To province de la Sissili comme dans plusieurs autres communes. L’Etat a juste envoyé quelques enseignants et ce sont les villages qui doivent se cotiser pour construire les salles de classe et les équiper en tables bancs et autres mobiliers de bureau.

« Voilà l’usage que j’ai fait du million que je n’aurai pas dû recevoir de l’Assemblée. Il reste encore deux autres collèges pour lesquels je dois consentir les mêmes sacrifices »

Une première requête me fut adressée par les paysans parents d’élèves pour 20 tables bancs. Je fis fabriquer les 20 tables bancs à 25000 F CFA l’unité soit cinq cent mille F CFA et le transport de Léo au collège fut de 25 000 F CFA également, soit un total de 525 000 F CFA pour cette requête d’octobre 2016.

Pendant la fête de Noël, le million de FCFA reçu de l’Assemblée a servi à acheter encore 20 autres tables bancs à cinq cent mille F CFA (ci-joint le numéro de téléphone du soudeur Madi de l’atelier ENMF, téléphone 76 66 72 82 pour vérification) et également doter le fonds de médicaments de base de la maternité de Tabou qui dessert 9 villages, qui a été approvisionnée à cinq cent mille F CFA  en médicaments(El Hadj Mounkailou est le responsable 73 26 76 73). Car la récente politique de gratuité (de soins) a vidé les stocks sans les approvisionner. Conséquences, la situation est dramatique par endroit.

La publication sur le profil du député

Burkina24

Voilà l’usage que j’ai fait du million que je n’aurai pas dû recevoir de l’Assemblée. Il reste encore deux autres collèges pour lesquels je dois consentir les mêmes sacrifices. La pauvreté au village est si répandue et totalement désarmante ! A tous ces jeunes internautes qui m’écrivent pour me demander « tonton avez-vous aussi pris le million pour les fêtes ?» je réponds, OUI. Mais pas pour les fêtes,  jeunes gens, mais pour soulager un tant soit peu la misère humaine à l’autre bout du pays !

A tous ces jeunes et à vous tous je demande pardon pour mon silence, car je n’ai pas argumenté contre la remise des fonds aux députés quitte à être mis en minorité comme pour le cas des tablettes. Malgré cette mise en minorité, j’ai quand même continué avec quelques députés de l’opposition la lutte, et au finish les tablettes sont restituées !

Alitou IDO

Député UPC à l’Assemblée nationale



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