Zoom sur « Efficient Protection », un antivirus conçu par un Burkinabè

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Dr Abdoul Karim Ganamé est un Burkinabè installé au Canada. Il a développé un anti-virus basé sur l’analyse comportementale des réseaux infectés. Un outil considéré comme ultrasophistiqué. Son produit intéresse plusieurs gouvernements africains. La jeune pousse axée sur les TIC, créée par le spécialiste en cyber sécurité et professeur à l’École polytechnique de Montréal, a été distinguée « Start up de la semaine » par Jeune Afrique le 29 décembre 2016.

Une étude menée par l’entreprise américaine « FireEye » a montré que les compagnies mettent en moyenne 205 jours à réaliser qu’elles ont subi une cyberattaque. Le risque de pertes massives de données devient presque inévitable.

Le flair de l’auto entreprenariat…

Même si personne n’est épargné, pour Dr Abdoul Karim Ganamé, « il faut savoir limiter les dégâts en identifiant rapidement l’origine de la menace ». Après avoir partagé son enfance entre le Burkina Faso et la Côte d’Ivoire, ce fils de commerçant a quitté le continent pour terminer ses études en France, à l’INSA de Lyon puis à Besançon par un doctorat en cyber sécurité validé en 2005.

Dr Abdoul Karim Ganamé, créateur de l’antivirus “Efficient Protection”.

Installé à Montréal depuis 2006, il a créé « Efficient Protection » en 2011. Il dit partir du constat que la détection des cyberattaques était trop lente et aléatoire.

Le Burkinabè a l’ambition « d’en faire l’un des meilleurs éditeurs de solutions de cyber sécurité au monde ».

À la différence du modèle classique d’antivirus qui agit poste par poste et reconnaît les cyberattaques par signature, « Efficient Protection » fonctionne comme un outil d’analyse comportemental de l’ensemble du réseau d’une entreprise.

Grâce à un Système de détection de compromission (CDS) breveté en 2015, l’outil a été développé sur 3 ans par l’entrepreneur avec une équipe de développeurs et de chercheurs en cyber sécurité.

Le fonctionnement paraît simple. Sur une période allant de deux à six semaines, le CDS, branché au réseau du client, surveille le trafic internet de l’entreprise, la fréquentation par tranche horaire, le pays d’origine des sites visités, etc.

Karim Ganamé a décroché un marché au Togo…

Il en tire un schéma des habitudes de navigation du réseau. Tout ce qui sort de ce modèle est analysé par le système qui dégage de potentielles brèches dans le réseau et alerte alors les techniciens d’Efficient Protection ou ceux du client ayant les compétences.

« La start-up de la semaine » de Jeune Afrique emploie actuellement onze personnes dont un vice-président/directeur financier et deux administrateurs, entrepreneurs techniques et investisseurs focalisés sur la cyber sécurité. Il faut noter que les concurrents sur le créneau de l’analyse comportementale sont peu nombreux et principalement basés aux États-Unis.

L’innovation intéresse plusieurs gouvernements africains. L’Autorité de régulation des télécoms au Togo a récemment lancé un appel d’offres pour aider à la construction du Centre national de réponse aux incidents et cyberattaques (CERT). « Efficient Protection » a remporté le marché en mai dernier. Le marché africain, l’un des plus prometteurs, s’ouvre ainsi à l’entrepreneur. Efficient Protection offre des versions de test de l’outil CDS (gratuit pendant 90 jours). Il est possible d’en faire la demande à l’adresse  web ici.

Plusieurs autres gouvernements africains seraient tentés par l’expérience. « Mais rien n’est encore signé, alors je ne peux pas donner de noms », tempère le Burkinabè qui ne compte pas s’arrêter là. Il caresse l’espoir de proposer des solutions similaires adaptées aux objets connectés.

Noufou KINDO

Burkina 24

Plus loin …

Après avoir collecté des données dans son réseau sur les virus/malwares et en les croisant avec des données de partenaires, « Efficient Protection » a observé la situation suivante pendant la journée du 8 décembre 2015 : 1.110 ordinateurs infectés au Burkina ont établi des communications vers l’extérieur. Mali : 1.221 ordinateurs ; Côte Ivoire : 16.114 ; Nigeria : 26.402 ; Afrique du sud : 50.779 ; Tunisie 48.602 ; Sénégal 8.022. Pour 7 pays au total, 152.250 ordinateurs infectés ont établi des communications externes. Un chiffre que Karim Ganamé a déclaré non-exhaustifs car dit-il, « il est impossible d’observer l’ensemble des communications au niveau mondial à partir d’un nombre de points limités ».



Noufou KINDO

@noufou_kindo s'intéresse aux questions liées au développement inclusif et durable. Il parle Population et Développement.

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