3-Janvier 1966 : « Malheureusement, on n’a pas tiré des leçons » (Paul Kaboré)

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A l’instar des précédentes années depuis 1966, les centrales syndicales célèbrent chaque 3 janvier, le soulèvement populaire, l’une des premières insurrections au Burkina Faso. Pour cette année, l’Unité d’action syndicale (UAS) commémore le 3-Janvier sous l’angle des leçons à y tirer par rapport à l’insurrection populaire des 30 et 31 octobre 2014 et à la résistance au putsch de septembre 2015.

Pour la commémoration du soulèvement populaire du 3 janvier 1966, l’Unité d’action syndicale (UAS) est passée par une conférence publique qu’elle a déclinée suivant cet axe : « les leçons du soulèvement populaire et historique du 3 janvier 1966 pour la défense des acquis de l’insurrection et de la résistance héroïque au putsch ».

Celle-ci, animée par Kuiliga Dominique Yaméogo, a donné l’occasion aux participants de revivre les grandes lignes du déroulement des évènements du 3-Janvier. Comparativement aux grands évènements que le Burkina a connus, les participants ont fait le point des leçons. A en croire Paul Kaboré, président de mois des centrales syndicales, à propos des gouvernants, dit-il, « malheureusement, on n’a pas tiré des leçons. Si on avait tiré des leçons du 1966, on n’allait pas tomber dans une affaire du genre de 2014 ».

Du côté des travailleurs, Paul Kaboré estime qu’ils doivent « se lever pour dire Non »  à chaque fois « qu’on veut violer la Constitution ». Mais, poursuit-il, « au-delà de la Constitution, il faut que le Gouvernement respecte ce que la population veut ».

Le président de mois attire l’attention des gouvernants, en guise de leçons, de se rappeler « qu’en 1966, c’est le mécontentement, l’insurrection de 2014, c’est le mécontentement, il ne faut pas qu’il y  ait un troisième mécontentement ».

« C’est le Gouvernement et ses institutions qui sont foncièrement budgétivores »

Kuiliga Dominique Yaméogo

« Dire que le Gouvernement tire leçon, nous ne voyons pas tellement. Tout récemment, nous avons entendu le ministre de la fonction publique, parlant des salariés, il disait qu’il y a une minorité de salariés dans le pays qui s’accapare du budget de l’Etat alors que ce n’est pas la réalité.

Les salariés se battent aussi bien pour eux que pour les acteurs du secteur informel et rural. La preuve, si vous regardez les plateformes revendicatives, la question de l’accaparement des terres des paysans est inscrite en bonne place. Les vrais coûts au niveau du fonctionnement de l’Etat, ce ne sont pas les salariés. C’est pratiquement le Gouvernement et ses institutions qui sont foncièrement budgétivores ». 

Kuiliga Dominique Yaméogo, le 3 janvier 2016

Dans sa communication, Kuiliga Dominique Yaméogo, le conférencier du jour, rappelle que la revendication lors des évènements du 3-Janvier « était du pain, de l’eau et de la démocratie ». C’est tout un programme, continue-t-il, avant de faire le lien avec l’insurrection d’octobre 2014 : « si cela avait été exécuté, le Burkina Faso ne serait pas là où il est aujourd’hui ».

Des similitudes avec l’insurrection des 30 et 31 octobre 2014, il en a évoqué. Tout comme en 1966, des personnes dans la foule ont appelé l’armée à prendre le pouvoir, note Kuiliga Dominique Yaméogo. Mais pour lui, la gestion du pays relève des partis politiques.

Même s’il estime ne pas « voir » si le Gouvernement actuel a tiré leçon des évènements passés, le conférencier concède néanmoins l’existence d’acquis. En cela, il cite la liberté de la presse afin « d’interpeller les uns et les autres sur les manquements et leur devoir de redevabilité vis-à-vis de notre peuple ».

Aussi, « les zones rouges ont été liquidées», poursuit-il. Pour Kuiliga Dominique Yaméogo, il faut tirer toutes les leçons pour que dans l’élaboration de la nouvelle Constitution, « on puisse consacrer l’insurrection comme expression du peuple au cas où ses droits sont violés (…). S’il y a des tyrans, le peuple n’a pas d’autres choix que d’utiliser l’insurrection pour s’en débarrasser ». 

Ignace Ismaël NABOLE

Burkina 24



Ignace Ismaël NABOLE

Journaliste reporter d'images (JRI).

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