Titi Sylvestre Ouédraogo : « 51 ans que j’attends de revoir ma sœur »

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Sylvestre Ouédraogo est un militaire burkinabè à la retraite. Né à Madagascar, il est rentré au Burkina Faso avec son père à l’âge de 14 ans, laissant derrière lui ses six frères et sœurs ainsi que sa mère. Depuis 1966, date de son arrivée au Burkina, il ne les a plus revus. Cependant, il pourrait revoir sa petite sœur Bernadette Ouédraogo que le Président du Faso a invitée au Burkina. Et cela fait un demi-siècle qu’il attend ce jour.

Titi Sylvestre Ouédraogo, âgé aujourd’hui de 66 ans, est le frère de Bernadette Ouédraogo, cette fille d’un ancien combattant burkinabè qui a combattu pour le compte de l’armée française à Madagascar pendant la deuxième guerre mondiale. Très connue de la communauté burkinabè à Madagascar, Bernadette Ouédraogo âgée de 58 ans avait pour rêve de découvrir sa terre natale le Burkina Faso et revoir son frère.

Bernadette Ouédraogo, la sœur de Sylvestre Ouédraogo qu’il pourrait revoir bientôt

Touché par son histoire, le Président du Faso Roch Marc Christian Kaboré a invité Bernadette Ouédraogo au Burkina. « Pendant que je lisais son histoire sur Burkina24, je n’ai pas terminé la lecture ce même jour-là parce que je ne pouvais retenir mes larmes. Il fallait que l’émotion passe avant que je ne puisse vraiment relire l’histoire de ma sœur», raconte Sylvestre Ouédraogo.  

 « J’avais 14 ans. On nous avait appelés à l’hôpital colonial parce que le papa était malade. On nous a demandé qui voulait le suivre au Burkina. Les autres ont refusé. Moi j’ai préféré aller avec lui. On nous a amenés directement à l’hôpital Yalgado». C’est par ces mots que Titi Sylvestre Ouédraogo commence par se remémorer son premier contact avec le Burkina Faso. C’est lui seul qui a décidé d’accompagner son papa lorsque la décision a été prise de l’amener sur sa terre natale.

Une fois au Burkina, il est laissé seul avec son papa puis celui qui les avait amenés-là est reparti. Ils restèrent à l’hôpital Yalgado Ouédraogo pendant plusieurs jours sans savoir à qui demander de l’aide. « Je ne savais pas à qui m’adresser. Mais un jour, il y a quelqu’un qui est venu parce qu’il a appris par un communiqué à la radio qu’il y a un homme qui est rentré de Madagascar avec son fils et qui avait des troubles psychiatriques. C’est lui qui m’a hébergé avant que le papa ne rentre au village », explique-t-il. C’est donc finalement ce monsieur qui le prend en charge.

Sylvestre Ouédraogo (premier debout à gauche) lors de ses premiers pas dans l’armée avec quelques frères d’armes

Séparé de sa famille, ses six frères et sœurs, alors qu’il n’avait que 14 ans, les premières années sont difficiles pour Sylvestre Ouédraogo. « Je ne comprenais aucune langue hormis le malgache. J’ai dû refaire le certificat d’étude primaire ici. Aujourd’hui, je me retrouve avec deux certificats », fait-il savoir. En plus de cela, la nourriture burkinabè, composée essentiellement de tô, ne lui convenait pas. Il était habitué plutôt aux mets malgaches.

Pire, faute de moyens financiers, il ne peut poursuivre les études au lycée, après l’obtention de son certificat burkinabè. « On était dans la pauvreté. Mon tuteur faisait ce qu’il pouvait mais ce n’était pas facile », poursuit Ouédraogo. C’est finalement lui qui le pousse à passer le concours pour entrer dans l’armée burkinabè. Il devient donc militaire comme son père.

Mais la rancœur est restée. Passer toutes ces années sans voir un seul membre de sa famille l’a conduit à la déprime. Sylvestre Ouédraogo a même dû écrire des lettres acerbes pour s’en prendre à ses frères et sœurs. « A l’époque, j’étais déprimé. Je pensais que mes frères et sœurs s’étaient accaparés des biens du papa et que personne ne pensait à moi. En fait, c’était la jeunesse et le manque de maturité », relève-t-il.

Après plus de vingt ans sans avoir des nouvelles de sa famille, c’est grâce à une dame « madame Sandwidi », que Sylvestre Ouédraogo renoue les contacts avec sa famille. « Il n’y avait pas de téléphones portables. Quand on écrivait, les lettres mettaient du temps avant d’arriver à destination », précise Sylvestre Ouédraogo. C’est pourquoi dans une telle situation, il faisait souvent plus d’une année avant d’avoir des nouvelles.

Parmi ses frères et sœurs, c’est Bernadette Ouédraogo qui était le plus à la recherche de son frère. Son aîné comprend cela. « Nous étions très collés. Je ne suis pas étonné qu’elle soit si dynamique. Nous l’étions. Mais aujourd’hui, la solitude a fait de moi un homme renfermé», affirme ce militaire à la retraite.

Il aura la chance de revoir sa sœur. Après une longue attente ! « Ça fait 51 ans que j’attends de voir ma sœur. Toutes ces années, je ne fais que penser à elle. D’ailleurs quand j’ai vu comment elle est attachée à la communauté burkinabè, ça m’a touché et je suis fier d’être sa sœur », confie-t-il.

Dans une des lettres envoyées à sa sœur, Sylvestre Ouédraogo a posté une carte de Pobé Mangoa supposée être son village. C’est en tout cas ce que croit sa sœur. En réalité, son frère est originaire de Kalsaka dans la province du Yatenga. « En fait, je ne voulais pas qu’on sache que j’avais des difficultés ici. C’est pourquoi, j’ai pris n’importe quelle carte postale et j’ai fait des indications sur lesquelles je plaçais les tombes supposées de mon père, ma chambre », se justifie Sylvestre Ouédraogo.

Aujourd’hui, s’il aura l’occasion de rencontrer sa sœur comme l’a promis le Président du Faso Roch Marc Christian Kaboré, il souhaite aussi retourner dans ce pays « pour que l’histoire soit complète ».  Le rêve de Sylvestre Ouédraogo, c’est de faire le chemin inverse pour embrasser ses autres frères et rencontrer leurs enfants.

Boukari OUEDRAOGO

Burkina24



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Il y a 4 commentaires

  1. Merci Monsieur le Président du Faso, d’avoir permis à cette famille separée de se retrouver. Que DIEU vous le rende au centuple et qu’il vous guide durant tout votre mandat.

  2. Le mien mon oncle a pu rentrer au village sans un de ses pieds qu’il a perdu en France. Il vécut le reste de ses jours sans pension. Mes parents ont perdu ses papiers que j’ai eu l’occasion de lire quand je faisais le CP1, CP2. Par plaisir, je portais son chapeau de liège blanc et m’essayais à son costume militaire en coton rose/rouge.
    Un jour que je me rendais aux USA, j’ai eu des problèmes avec un français des îles noir comme moi et qui me demandais pourquoi je voulais sortir de l’aéroport. Je lui ai dit Merci et j’ai rebroussé chemin prendre l’avion à destination des USA. Pour moi, la France est et restera INGRATE.

  3. Je n’ai pas bien lu ou quoi? Le récit aussi émouvant qu’il soit, ne dit pas tout. Comment le père s’est-il retrouver en Madagascar? Quelles en sont les raisons historiques pour qu’il y gagnent six enfants? Pour retourner au pays sans qu’un des parents en soit informé? A une époque où l’on était moins nombreux et solidaire; surtout que les élites se comptaient facilement? Que devient le père malade? Autant de réponses même courtes à ces questions donneraient une autre saveur au papier. Dans l’ensemble, c’est une histoire familiale très touchante.

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