Tribune – “Le Président de la CENI pris à son propre piège”

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Dans cette tribune, Ousmane Djiguemdé s’interroge sur les avantages accordés au personnel de la commission électorale nationale indépendante (CENI).

Le dimanche 12 mars 2017, le président de la Commission Électorale Nationale Indépendante (CENI) était invité sur une radio privée de la place pour parler, entre autres, des élections du 28 mai 2017. Malheureusement, pour ce sujet très sensible et extrêmement budgétivore, il n’a pas eu de contradicteur.

Doit-on comprendre que le tapis rouge lui aurait été déroulé, à sa demande, pour mener un show médiatique d’explication d’un budget qui passe mal dans l’opinion ? Doit-on comprendre qu’il y ait eu des désistements ou que cela relève de la seule volonté de la radio de lui donner l’exclusivité du temps de parole ?

Toujours est-il que le président de la CENI a déroulé ses arguments dont l’invariable argument de la cherté de la démocratie et des élections que l’on nous sert depuis toujours. Non, ni la démocratie, ni les élections ne coûtent chères ! Elles coûtent seulement ce que valent notre citoyenneté et notre intégrité ! L’État de droit a ses exigences et le Burkinabè doit en être conscient pour donner au service public et à l’intérêt général leurs valeurs exactes. Quelqu’un a dit que le service public est un sacerdoce et les petits pays du nord de l’Europe nous en donne chaque jour des exemples. Suivons-les simplement !

En voulant défendre coûte que coûte les 1,2 milliards de son budget, le Président de la CENI a simplement donné du grain à moudre à la critique et remis sur la table des débats la nécessité de restaurer une administration apolitique qui puisse gérer toute seule les processus électoraux dans le cadre des activités normales de service public, avec professionnalisme et sans surcoût comme c’est le cas.

Pourquoi le coût de ces élections reste indécent ?

Le président Newton Ahmed Barry dit jouer la carte de la transparence pour choquer et inviter les Burkinabè à ne pas jouer avec le processus électoral parce que les élections coûtent extrêmement chères. Certes, mais ce qu’il a oublié de dire c’est le détail de ce qui, dans ce type d’activité ou la plupart des ressources non-financières existent déjà, engloutit beaucoup d’argent ?

À partir du moment où dans une reprise d’élections la plupart des activités des processus support (véhicules, cartes électorales, listes électorales, urnes, autres supports divers), celles des activités du processus métier (certaines activités de renforcement des capacités ou de production des textes liés aux élections, etc.) ne sont plus à initier, quel est le poste budgétivore si ce n’est celui des activités du processus de pilotage des élections, destinées uniquement à la prise en charge des responsables (majoritairement des activités de fonctionnement et de supervision) ? C’est la seule question qu’on aurait aimé lui poser.

Ce qui caractérise les administrations des pays faiblement démocratiques et sous-développés, c’est le déséquilibre des investissements vers les activités du processus de pilotage, inutilement budgétivores, au détriment des activités du processus métier qui, normalement, contribuent à créer de la plus-value, si elles sont bien pourvues en ressources du processus support. C’est cela la triste réalité !

Aucun élément, dans ce qui a été avancé ne concerne vraiment le processus métier des élections du 28 mai 2017, c’est-à-dire les activités exclusivement opérationnelles pour ces élections. Ce budget passe donc très mal au lendemain d’une insurrection où tout le monde demande de la mesure dans les dépenses publiques et une adéquation entre qualité et coût des investissements publiques.

Le « diable » se trouve dans la surenchère des droits et avantages

Même sans être devin, le président Barry nous en donne quelques pistes en confirmant justement cet adage moaga : « on lui dit albinos et il rétorque que c’est sa tête qui est rouge » ! Si l’on a bien écouté le président de la CENI, il a suivi la mode du moment en faisant dans la surenchère de prétention de droits et avantages, au moment où le peuple crie assez aux agents du ministère des finances dont la bagarre sur le fameux « fonds commun » qui divise tant et paralyse le pays !

Et pour preuve, sans le savoir, le Président de la CENI est allé dans le sens de notre analyse pour nous donner des éléments de preuve sur les dépenses de luxe annexées à cette importante opération de responsabilisation des citoyens à la base. En effet, pour recueillir le suffrage d’environ 360.000 citoyens, à travers plus de 800 bureaux de vote, s’il faut mobiliser 1,2 milliards de francs CFA, on déduit que chaque votant coûte à l’État 3.500 F CFA à peu près. C’est vraiment trop cher ! À ce rythme, on doit voir Yaya Jammeh et en prendre de la graine, avec humilité.

Malheureusement, le président Barry se prend à son propre piège en annonçant avec fierté, comme acquis, le fait d’avoir œuvré à assurer une couverture maladie à tous les travailleurs et leurs familles, ainsi qu’une assurance accident, pour garantir de meilleures conditions de travail. C’est là qu’il se trompe justement, parce que la CENI, malgré son indépendance et la spécificité de sa mission reste une structure administrative avec ce que cela implique comme obligations vis-à-vis de l’État. Là également se dégage la nécessité d’inscrire l’action administrative dans la dynamique des avancées du concept de service public et de la possibilité que chaque État a de lui donner les contours liés à ses réalités sociopolitiques.

Comme dans toutes les structures administratives, l’efficacité et l’efficience de son action tiennent à sa capacité à investir la grande partie de ses ressources dans les processus métiers pour mieux rendre le service public et non en un déséquilibre en faveur du processus de pilotage, à travers des investissements de luxe et autres.

En le faisant, le président Barry verse dans la surenchère des privilèges de certains citoyens sur d’autres, sans aucune référence à des critères de pénibilité et de difficultés évidentes, et fait de la CENI, non pas une structure administrative citoyenne, mais une vache à lait convoitée par les autres travailleurs, au moment où l’on parle plus de justice sociale. Mais, ce qui est le plus inadmissible pour un gestionnaire public de son rang, qui a eu la critique que l’on sait, c’est de soustraire tous les citoyens appelés à ses côtés, à rendre ce service public particulier, aux dispositions légales en vigueur dans notre pays.

L’on sait que, aussi bien pour tous les biens publics que pour les agents publics, l’État est son propre assureur. Aussi a-t-il prévu des mécanismes propres, à travers son système d’assurance pour ses agents, la CARFO et la CNSS, notamment ceux portant régime de prévention et de réparation des risques professionnels applicables aux agents de la fonction publique, aux militaires et aux magistrats et le code du travail.

 De là, il est impensable que toute structure administrative, aussi puissante soit-elle ou du simple fait de la présence d’un homme fort à sa tête, s’arroge le droit de contracter avec les assurances privées, des privilèges supplémentaires, comme l’a dit le président de la CENI, en garantissant assurances accident et maladie, fussent-elles à 100% ou moins, aux travailleurs et à leurs familles.

Ousmane DJIGUEMDÉ

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