Tribune – “Pourquoi une Journée mondiale de l’eau ?”

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Dans cette tribune, Emile Lalsaga attire l’attention sur la pénurie d’eau qui s’est installée à Ouagadougou depuis plusieurs jours.

La résolution A/RES/47/193 adoptée lors de l’Assemblée générale des Nations Unies du 20 décembre 1992 déclarait le 22 mars, Journée mondiale de l’eau. Cette Journée a pour objectif d’attirer notre attention sur l’importance de l’eau et de promouvoir la gestion durable des ressources en eau douce. La Journée mondiale de l’eau est en effet une occasion d’en apprendre plus sur les sujets liés à l’eau. C’est également l’occasion d’en parler autour de nous, d’agir et de changer le cours des choses afin de relever les défis d’aujourd’hui et de demain.

Tout le monde le sait : l’eau c’est la vie. L’humanité a besoin de l’eau. Une goutte d’eau est puissante et vitale. Rien n’est plus nécessaire qu’une goutte d’eau.

Pour cette XXVe Journée mondiale de l’eau, l’ONU-Eau a retenu comme thème pourquoi les eaux usées? A travers ce thème, l’ONU invite les populations du monde à réfléchir sur la problématique des eaux usées et les différents moyens de les réduire et les réutiliser.                                   Pas moins de 80% des eaux usées provenant des lieux d’habitation, des villes, de l’industrie et de l’agriculture sont rejetées dans la nature, polluant l’environnement et appauvrissant les sols.

Au regard de ce tableau sombre, nous devons améliorer la collecte, le traitement et la réutilisation des eaux usées. Dans le même temps, nous devons réduire la quantité d’eaux usées que nous produisons afin de protéger l’environnement et nos ressources en eau.

En rappel, plus de 80% des eaux usées résultant des activités humaines sont déversées dans les rivières ou la mer sans aucune dépollution. Au moins 1,8 milliard de personnes dans le monde utilisent une source d’eau potable qui est contaminée par des matières fécales. L’exploitation des eaux usées représente une véritable opportunité en raison de l’abondance de cette ressource. Traitées de manière sûre, les eaux usées représentent une source durable en eau, en énergie, en nutriments et autres matériaux récupérables.

La problématique de l’eau au Burkina Faso

Le Burkina Faso est un pays sahélien et l’eau demeure une denrée rare. De par sa position géographique, il est régulièrement confronté au problème d’eau. L’eau disponible s’amenuise à cause des changements climatiques et des actions néfastes de l’homme tandis que celle disponible est souvent polluée via l’utilisation des produits toxiques comme la cyanure et le mercure.

La baisse de la quantité d’eau disponible est causée par une baisse de la pluviométrie, une hausse de la température et le phénomène de l’ensablement des bassins d’eau. A coté de cela, on constate que les ressources en eau font aussi l’objet d’une certaine pression du fait que l’eau soit utilisée dans presque toutes les activités humaine et industrielle. La démographie galopante n’est pas en reste car la besoin d’eau est de plus en plus croissant dans les ménages. L’Office national de l’eau et de l’assainissement (ONEA) travaille à satisfaire les populations. Selon les chiffres, l’accès à l’eau potable est estimé à environ 65% en milieu rural contre 88 % environ en milieu urbain.

Malgré ces chiffres au « vert », l’ONEA n’est pas exempt de reproches dans sa politique de distribution d’eau. Pourtant, le projet Ziga 1 et Ziga 2 devraient résorber le déficit en approvisionnement d’eau potable surtout pour la ville de Ouagadougou. Malheureusement, nous assistons encore à des « coupures sauvages » d’eau pendant la canicule et même souvent en saison pluvieuse.

Par ces temps, il n’est pas rare de voir dans les rues de Ouagadougou, des femmes juchées sur des vélos ou motos et munies de bidons, parcourir des kilomètres à la recherche de l’or bleu. D’autres poussent leur barrique sur de longues distances, sous un soleil de plomb pour espérer de l’eau au niveau d’une fontaine publique. Au sahel où l’eau se fait assez rare, les ânes sont mis à contribution pour parcourir les pistes désertes et sablonneuses.

Du thème de cette année au plan national

Dans son message, le Ministre burkinabè en charge de l’eau et de l’assainissement, Niougou Ambroise OUEDRAOGO a indiqué que le thème retenu au plan national est en droite ligne avec celui international.

En choisissant de commémorer cette journée sous le thème Eaux usées, quelles stratégies pour leur valorisation, le ministre rappelle que « le sous-secteur de l’assainissement des eaux usées et excréta est caractérisé par des faibles performances en terme d’accès tant en milieu urbain (36,1%) qu’en milieu rural (13,1%) en 2016. Cette situation qui montre que plus de 2/3 de la population burkinabè n’a toujours pas accès à des infrastructures adéquates d’assainissement pour la gestion des eaux usées et ont recours à la nature comme lieu de défécation, nous interpelle sur l’immensité de la tâche à accomplir pour nous mettre en règle. »

Puis, il affirme qu’ «  en agglomération, d’énormes quantités d’eaux usées ménagères et professionnelles sont produites journalièrement, par ignorance et par incivisme et sont déversées sans précaution aucune dans les rues, les caniveaux, espaces vides et autres décharges publiques insuffisamment  gérées, créant des désagréments divers aux autres. »

Face à cet état de fait poursuit-il, « le combat de tous et de chacun à son niveau, doit nous conduire à l’éradication totale des nuisances tributaires de cette situation. » Il conclut donc que « le thème vise à interpeller notre conscience collective sur l’adoption d’une stratégie visant à répondre efficacement. » Pour le Ministre, les défis sont énormes et les moyens financiers limités mais il reste confiant car « le programme national d’assainissement des eaux usées et excréta (PN AEUE), fondé sur des principes d’implication et de participation active de toutes les couches de la population à travers des approches innovantes et communautaires, est un instrument stratégique sectoriel à la disposition des acteurs. » 

Pénurie d’eau à Ouagadougou, facebook s’enflamme

Aujourd’hui, 22 mars 2017, XXVe Journée mondiale de l’eau, des familles ont encore veillé hier nuit dans certains quartiers de la capitale burkinabè pour avoir de l’eau à des heures indues. Cette situation est frustrante et certains internautes se lâchent sur les réseaux sociaux, notamment facebook. Lisez…

Que conclure ?

Au regard de tout ce qui précède, il ressort donc qu’il faut repenser d’une part la politique d’eau dans notre pays et d’autre part insister sur l’assainissement. Il nous faut user d’intelligence économique pour amoindrir la quantité des eaux usées et de les valoriser afin de pouvoir les réutiliser. Il faudra protéger à tout prix les nappes phréatiques, d’éviter la pollution des bassins d’eau  et d’agir de façon plus humaine, plus responsable sur notre environnement. 

Par ailleurs, s’il est vrai que l’eau c’est la vie, il est alors suicidaire d’en priver à une partie de nos populations pendant des jours. L’ONEA gagnerait à communiquer davantage et à repartir de façon responsable et équitable la déserte en eau potable. On comprend bien que la finalisation des travaux de Ziga 2 entraine sans doute des perturbations mais cela ne devrait en aucun cas porter atteinte à la dignité des populations dans un contexte de chaleur « énervante » car manquer d’eau, c’est manquer de tout. Alors cher ONEA prenez note et ne devenez surtout pas Office National de l’Eau et de l’Assoiffément (néologisme). Rires !

Emile LALSAGA

Ecrivain-Poète

[email protected]

 



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