Promotion de la production locale : Au “Foyer” des mets burkinabè

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Vous ne trouverez pas du riz brisure ou tout autre riz en provenance d’Asie ou du pays de l’oncle Sam dans le restaurant « Le Foyer » de Mien Konkobo/De Graeve, sis à l’intérieur de l’Atelier théâtre burkinabè (ATB) dans le quartier populaire de Gounghin. Elle ne prépare « que le riz burkinabè, le riz de Bagré ». Découverte.

« Beaucoup d’entre eux, ils mangent le riz qui vient de la Chine, de Thaïlande, je ne sais pas d’où, mais ça vient pas du Burkina. Pourtant, il y a du très bon riz burkinabè dans les différentes régions ». C’est le constat dressé par la restauratrice. Mais, si elle est le sait, pourquoi ne prépare-t-elle alors que du riz made in Burkina Faso ?

Mien De Graeve évoque sourire aux lèvres son mariage avec un Burkinabè et surtout parce qu’elle se dit un peu plus proche de son pays adoptif avant de justifier son choix. « Parce que moi je suis convaincue qu’un pays ne peut pas se développer économiquement mais du coup aussi culturellement, si on va amener tous les produits de l’extérieur », dit-elle.

 Tellement le sujet l’enchante, qu’elle a commencé à le développer. La restauratrice déplore que le pays dont elle a pris la nationalité soit « gravement endetté » alors que relève-t-elle, « on peut faire des choses énormes ici ».  Son désarroi ne s’arrête pas là. Elle enchaine en évoquant la vision que se font les uns du pays. Elle réfute la thèse selon laquelle le Burkina est un pays au Sahel où rien ne peut grandir. « C’est pas vrai », dit-elle.

Et si, elle en est aussi convaincue c’est parce que dit-elle, le président Thomas Sanakara pensait la même chose. A savoir que « le Burkina est certainement capable de se nourrir lui—même. C’est parfaitement possible ». Mien Konkobo « n’arrive pas à comprendre » que les Burkinabè ne consomment que du riz en provenance d’un autre continent en l’occurrence l’Asie. Elle trouve d’ailleurs « fou » cette situation.

La restauratrice essaie « d’utiliser le plus  possible les produits d’ici ». En effet, il n’y a pas que le riz servi au Foyer qui est made in Burkina. Le produit fini des potières de Tchériba dans la région de la Boucle sert de plat. « Mes plats aussi, mes repas sont servis dans des assiettes qui sont faites en terre cuite », a tenu à souligner la gérante. Ce n’est pas tout. En bas du plastic qui recouvre les tables, vous trouverez du Faso Dan Fani. « Tout ce que j’ai fait ici, je l’ai fait avec les artisans locaux », se vante Mien Konkobo.

Mien Konkobo/De Graeve s’apprêtant à servir du bissap (jus local) à des clients © Burkina24

Mais, cette promotrice du local est rattrapée par la dure réalité du quotidien des habitants de la ville. Elle vend aussi la bière et la sucrerie parce que les gens le demandent. « Mais, insiste-t-elle, j’ai tout une gamme de jus local et naturel. Je vends des plats comme le gonré, jamènè ».

 A tout cela s’ajoutent les stéréotypes. Sous le prétexte que le restaurant est tenu par une « Nassara », une Blanche, il est fréquenté par des Nassara. « Ils pensent seulement, Nassara, c’est l’argent », se désole la restauratrice. Tout ceci, « ce sont des stéréotypes », qualifie-t-elle. Même si, admet-elle, il y a des restaurants à Ouaga où les portes sont plutôt fermées et où le plat peut coûter 4000 à 5000 F CFA.

Si la promotrice de Le Foyer s’est installée à Gounghin, un quartier populaire c’est justement, explique-t-elle, avec l’objectif « de rendre les produits de qualité accessibles à un public qui ne comporte pas seulement de Nassara ».

L’idée selon elle, c’était de parvenir à ce que les Burkinabè viennent découvrir leur propre culture. « C’est le riz du Burkina. Le gonré et jamènè, c’est un plat burkinabè. Le jus d’ici, la musique ici, c’est la culture burkinabè », résume Mien Konkobo/De Graeve. En effet, une troupe y joue régulièrement du balafon, au djembé, à la Kora.

« Ici, caricature la gérante, j’essaie d’ouvrir les portes pour un public mélangé. Si vous regardez ici aussi, il y a beaucoup de Nassara. Mais, je ne vais pas les refuser. C’est le mélange qui m’intéresse en fait ».

Oui Koueta

Burkina24

 



Oui Koueta

'The vitality of a country can also be measured through that of its journalists'

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