Bagré : La prison pour trois mères de filles excisées

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Le jeudi 04 mai 2017, trois femmes ont comparu devant le Tribunal de grande instance (TGI) de Tenkodogo pour répondre des faits de complicité d’excision. Les faits sont  intervenus dans le village de Bagré en janvier 2017. L’une a été condamnée à six mois de prison ferme et les deux autres, à  huit mois avec sursis. 

Au « Pays des Hommes intègres », malgré les nombreuses campagnes de sensibilisation,  les conséquences néfastes de l’excision semblent toujours être ignorées. Sinon comment comprendre que Talato Bébané, 60 ans, Mariam Daboné, 35 ans et Maïmouna Kéré, 22 ans aient participé  à la mutilation de 4 enfants à Bagré ?

Dame Talato Bébané, première à comparaître,  a reconnu les faits tout en précisant que c’est elle qui a fait appel à l’exciseuse pour ses deux petites filles. Elle lui a même apporté son aide en immobilisant les petites de 2 et 4 ans pour qu’elle commette son forfait.

Elle a affirmé l’avoir fait à l’insu des parents parce que la tradition dit qu’il faut le faire sinon les fils que ses petites filles mettront au monde plus tard ne survivront pas. Le clitoris serait en cause, car dit-on, si la tête d’un enfant pendant l’accouchement le touche, la mort est inévitable.

 Maïmouna Kéré, elle, n’a pas eu assez de courage pour dénoncer sa belle-mère qui a excisé sa fille sans son accord. Il lui est reproché de n’avoir pas porté le fait aux forces de l’ordre alors qu’elle savait que la loi l’interdisait. Du même coup, le tribunal lui a fait savoir qu’elle a mis son enfant en danger car elle ne l’a pas fait prendre en charge dans un centre de santé après l’excision.

Le procureur a déclaré ces Maïmouna Kéré et Talato Bébané coupables de complicité d’excision et a requis 6 mois de prison fermes pour chacune.

Mariam Daboné, contre qui il  a été requis 12 mois de prison assortis de sursis, avait une autre explication. Elle a affirmé au tribunal que son enfant était très maladive et on lui a conseillé d’exciser sa fille sinon elle ne guérirait pas. Elle n’a pas assisté à l’opération et s’est rendue aux autorités compétentes lorsqu’elle a su qu’on était à sa recherche.


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Le tribunal a bien sûr fait comprendre à ces dames que les raisons pour lesquelles elles ont fait subir les mutilations génitales aux enfants étaient infondées. Il n’a pas manqué de revenir sur les conséquences néfastes de cette pratique. Elles ont toutes reconnu les faits et se sont confondues en excuses tout le long du procès. Mais qu’à cela ne tienne, le tribunal a pris acte des réquisitions du procureur. 

Le 11 mai, il a rendu son verdict. Talato Bébané a été condamnée à six mois de prison ferme. Quant à Mariam Daboré et Maïmouna Kéré, elles ont écopé de huit mois de prison avec sursis.

En rappel l’exciseuse, principale accusée du nom de Habibou Kéré, n’était pas au procès. Elle est introuvable depuis qu’elle a été libérée des locaux de la brigade de gendarmerie de Bagré le 26 janvier 2017. La brigade avait été attaquée par des manifestants et les personnes interpellées avaient été libérées.

Moumini GOUBA

Correspondant de Burkina24 à Tenkodogo

Rédaction B24

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