Le regard de Monica – À propos de Mangodara… et de partout ailleurs

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Le Regard de Monica est une chronique de Burkina24 qui est animée chaque jeudi par Monica Rinaldi, une Italienne vivant au Burkina.monica-rinaldi Cette chronique traite de sujets liés aux femmes, à la consommation locale et aux faits de société.


La nouvelle, diffusée premièrement par un média en ligne et très rapidement répandue à travers les réseaux sociaux et les médias traditionnels, a causé une vague d’indignation chez les Burkinabè. À Mangodara, localité située à une centaine de kilomètres à sud de Banfora sur une route très accidentée, un enseignant aurait enceinté cinq de ses élèves… Les réactions ont été aussi nombreuses qu’animées, du chef qui voulait « chasser le coupable » de la ville, sauf après dire qu’étant humains l’erreur est permise et pardonnable, à la communauté enseignante qui s’est ouvertement démarquée de leur confrère, aux associations féminines qui ont dénoncé la régularité de ces épisodes, aux attaques au corps enseignant de part et d’autre. À distance de quelques semaines, toutefois, quelques voix isolées se sont levées pour dénier l’information… Quelle qu’en soit la réalité, il est certain que les cas de relations entre enseignants et élèves ne sont pas matière inouïe au Burkina… Analyse.

Une zone enclavée

Mangodara a connu une croissance démographique très importante liée à la réinstallation des Burkinabè ayant fui la Côte d’Ivoire suite aux crises répétées. Selon Mme Dao, première vice-présidente de l’Association Munyu des Femmes de la Comoé, «il y a des hameaux qui sont deux, trois fois plus grands que le village auquel ils sont reliés. Là où vous voyez ces habitations, il y a 10 ans il n’y avait que de la forêt. Aujourd’hui, il n’y a plus de forêts. On a abattu les arbres pour faire des champs et des plantations ».

 Cela a eu un effet sur l’environnement bien-sûr, avec une perte importante du patrimoine d’espèces autochtones de flore et faune, mais aussi sur les habitudes alimentaires. « Quand je suis arrivée dans la région (elle est originaire du Sud-Ouest), ici les gens mangeaient les tubercules qu’ils produisaient, et en exportaient même en Côte d’Ivoire. Mangodara, c’était l’igname. Mais aujourd’hui, ils cultivent les anacardes, le coton et ils achètent du riz importé pour manger ! En plus, la route est tellement dégradée que la zone est totalement enclavée en hivernage ».

En effet, à l’instar de plusieurs autres zones du Pays, Mangodara souffre de l’enclavement dû au très mauvais état de la route qui la relie à Banfora, 100 km au nord. Au vu du bref portrait que nous venons de dresser, dans cette partie du Burkina tout comme ailleurs, l’éducation est la clé du développement… notamment pour les filles.

Leur taux de scolarisation, bien qu’ayant évolué dans les derniers 20 ans, reste inférieur à celui des garçons : si une proportion relativement satisfaisante de filles complète le cycle primaire jusqu’à obtention du CEP, très peu continuent leurs études, notamment dans les zones rurales. Les mariages précoces, les travaux domestiques et agricoles, et des pesanteurs socio-culturelles encore importantes causent une baisse très importante de l’inscription des filles à partir de la classe de 6ème, et encore moins en 2nde. Ce portrait pourrait être dressé, à bien voir, pour l’ensemble des zones rurales du Burkina.

« Là où il y a la fumée, il y a le rôti… »

Dans ce contexte, l’un des facteurs d’encouragement à la poursuite des études peut être la confiance placée par la communauté au corps enseignant. Malheureusement, les rumeurs et les « on-dit » –beaucoup desquels ont été ressortis avec véhémence dans les dernières semaines – dressent un portrait avec des zones d’ombre inquiétantes : de part et d’autre, des anecdotes ont émergé sur les enseignants entretenant des relations intimes avec leurs élèves, des directeurs harcelant les institutrices, des filles retirées de l’école car enceintes de leur professeur…  Si la plupart de ces rumeurs ont peut-être été assombries dans les différents passages de bouche-à-oreille, il est certain qu’elles ont à quelque part un fondement : « là où il y a de la fumée, il y a du rôti », dit-on en Italie.

Combien d’entre nous peuvent affirmer de ne jamais avoir été informés du mariage entre un enseignant et son élève ? La célébration du mariage est le happy end d’une relation qui a commencé sur les bancs de l’école, l’aboutissement heureux de laquelle a été possible grâce au sérieux des sentiments des deux époux, et n’est certainement pas à condamner – au contraire. Mais pour un couple qui se marie, combien d’aventures plus ou moins licites ont lieu entre les élèves – parfois mineures – et leurs enseignants ?

Nécessité d’agir

Le lien entre un enseignant et ses élèves est sacré. Dans l’âge délicat de l’apprentissage, allant de l’enfance à l’âge adulte et traversant la difficile période de l’adolescence, les élèves sont particulièrement influençables et facilement « façonnables » par les adultes qui les entourent. Alors, pour un enseignant dévoué à son métier, c’est l’occasion de transmettre non seulement des connaissances, mais aussi des valeurs, des principes et des passions, qui vont accompagner l’élève pour le restant de sa vie.

Un enseignant dévoué et passionné saura inculquer à ses élèves l’amour pour les études, le civisme, le sérieux, et les encourager à suivre la filière d’études qui s’adapte le plus à leurs attitudes et aspirations. Mais un mauvais enseignant éteindra dans ses élèves la soif de connaissances, sans pour autant l’étancher.

Alors, il est plus que jamais nécessaire que des résolutions soient prises pour que le rôle éducatif de l’enseignant, qui est aussi important que celui de la famille pour l’éducation des citoyens de demain, soit assaini de tous soupçons assombrissant son image vis-à-vis de ses élèves, de leurs familles, de la communauté où il est appelé à servir et, plus en général, de la société.

 Les rumeurs et/ou accusations devraient être vérifiées par la hiérarchie et – si nécessaire – les autorités et, si avérées, la ou le coupable devrait subir les sanctions qui s’imposent. Il est inadmissible qu’un enseignant profite de l’influençabilité de ses élèves, souvent mineures, pour en tirer un quelconque avantage. Mais il est scandaleux que cela se passe au vu et au su de tout le monde, sans qu’aucune mesure ne soit prise !

Il en va de la crédibilité du système éducatif, de l’adhésion des populations aux politiques encourageant la scolarisation des filles. Il en va de l’avenir de notre Pays !

Monica RINALDI

Chroniqueuse pour Burkina24



Rédaction B24

L'actualité du Burkina 24h/24.

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