Adama Toé, l’homme au taekwondo stylé

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Demander à Adama Toé de choisir entre la mode et les arts martiaux, il vous dira sans la moindre hésitation que le ciseau est l’outil qui donne vie à sa créativité débordante tandis que le taekwondo lui permet de canaliser cette belle énergie et cette attachante chaleur qu’il dégage. Un tout qui fait de lui le karateka-styliste de la diaspora burkinabè en Côte d’Ivoire.  

Burkina24 (B24): Adama Toé et la mode. Racontez-nous comment est-ce que vos chemins se sont croisés.

Adama TOE (A.T): D’emblée, permettez que je me réjouisse et je remercie la rédaction de Burkina24 pour cet honneur qui m’est fait à travers cette interview qui est la première du genre qu’une presse de mon pays d’origine m’accorde.

Disons que mon enfance avait été déjà bercée par les bruits de la manivelle de la machine à coudre de ma mère. Ces machines que nous appelions dans le temps, « Toclo-toclo ». Elle s’était spécialisée dans la confection des boubous de femmes enceintes et de drap, entre autres.

L’imitation étant le laboratoire de tout enfant, de temps à autres, je m’essayais à raccommoder mes tenues d’école et autres vêtements. Nous étions déjà dans les années 70-80. Je dirais, au passage, que je jouis d’une disposition naturelle à apprendre vite et aisément. Toutefois, avant de choisir la mode et le stylisme comme métier de façon définitive en 2004, c’est tout un parcours que je traîne mêlant la mécanique au transport.

B24: Parlez-nous en alors !

A.T: Votre préoccupation m’emmène a vous raconter un peu ma vie de « diaspo » qui commence dans les années 70 car né en Côte d’Ivoire, d’un père arrivé du Burkina à Abidjan en 1958, rencontre ma mère, également Burkinabe ici et me donnent la vie.

Je suis scolarisé à Bobo-dioulasso sous le suivi bienveillant de ma mère mais je reviens régulièrement en Côte d’Ivoire, à la faveur de chaque vacance scolaire.

Mon père s’étant aperçu que j’étais davantage bricoleur qu’écolier, estime qu’il serait mieux pour moi de faire des cours de mécanique, ici à Abidjan, précisément dans la commune de Cocody, non loin du Centre Hospitalier Universitaire, CHU. Nous sommes en 1987. Je deviens donc apprenti mécanicien puis mécanicien confirmé.

Quelque temps plus tard, je deviens chauffeur professionnel puis transporteur. Adama Toé et le transport ne durera pas plus de deux années. En 2004, la fibre de la mode et du stylisme va pendre plus fort que tout pour me faire retourner à mon premier amour, celui de la couture.

B24: De 2004 à 2017, vous avez glané plusieurs distinctions. En quoi réside votre secret ?   

A.T: Si c’en est un, alors, tout le monde le connait. Il s’agit de la discipline et de l’humilité de l’apprenant et du travail axé sur la quête de l’excellence. Ces valeurs sont certes de moins en moins recherchées par nos jeunes frères et nos progénitures mais reste le secret le plus vanté et le plus certain pour aboutir à une consécration sans chagrin.

C’est l’occasion pour moi alors de rendre hommage à mes maîtres et formateurs. Je pense au compatriote Roamba Moussa plus connu sous le surnom de Don Mous Malone et Monsieur Baragui Hamed dont, le soutien financier m’a été très précieux dans la professionnalisation de ma passion.

La fierté que nous éprouvons et la reconnaissance qu’on nous voue, nous les leur devons. Nous sommes d’autant plus fier que notre entreprise est légalement constituée et nous sommes régulièrement coptés aux différentes éditions du SIAO et du FESPACO dont nous gardons un très bon souvenir pour avoir réalisé, récemment en Février-Mars dernier d’excellents chiffres, à l’instar d’ailleurs de tous les artisans venus d’Abidjan.     

B24: Adama Toé est également un talentueux sportif qui s’est fait un nom en Côte d’Ivoire, dans le domaine des arts martiaux et très précisément dans le taekwondo. 

A.T: Votre serviteur Adama Toé est passionné de sport, un vrai passionné des arts martiaux, du taekwondo particulièrement. Je suis titulaire d’une ceinture noire cinquième (5ème) Dan. Mes premiers pas au taekwondo remontent à l’époque où j’étais encore apprenti électricien-auto non loin du CHU de Cocody donc de l’Université Félix-Houphouet Boigny.

J’avais avec certains de mes amis pris l’habitude, chaque soir à la descente du travail, de prendre du plaisir à se promener à travers les rues et les impressionnants bâtiments de ce temple du savoir, jusqu’au jour où je tombe sur un club est plein entrainement. Il n’en faut pas plus pour que, moi alors très jeune, je tombe sous le charme du « spectacle » qui s’offrait à mes yeux. 

« Un spectacle » fait de très beaux gestes techniques, de combativité et d’endurance. Quelques jours après, je reviens sur la scène de mon coup de foudre. Nous étions précisément le 28 février 1991, je commence naturellement avec la ceinture blanche et je mets à profit « mon petit gros cœur » de Burkinabè qui fera de moi un athlète particulièrement teigneux et fougueux sur le Tatami (Rire).

A ce jour, je comptabilise environ une trentaine d’années de pratique des Arts-martiaux dans interlude. C’est l’occasion pour moi de rendre un très grand hommage à mes maîtres, notamment Me Diawara, basé depuis quelques années au Mali, Me D. Paul, Me Coulibaly Aboubacar et je n’oublie pas les autres.

Nanti de ma ceinture noire 5ème Dan, je suis très actif dans l’encadrement avec deux clubs que j’ai mis sur pied. Le premier, Olympic taekwondo Club et le second, Saréga taekwondo Club, du groupe Saréga qui implique mon entreprise de couture. Avec ce statut d’entreprise, Saréga Tae-Kwondo Club, participe régulièrement aux compétitions des entreprises.

Autrement, je préside à la destinée de Diaspora taekowondo club regroupant des taekwondo’in d’origine burkinabè vivants en Côte d’Ivoire.

Nous participons avec «Diaspora taekwondo club », chaque année au championnat burkinabè de taekwondo.

A notre niveau, nous estimons que vu le niveau du taekwondo en Côte d’Ivoire qui connaît d’ailleurs un rayonnement au niveau mondial grâce à des athlètes comme Gbagbi Ruth et Cissé Cheick, nous comptons faire profiter à notre chère patrie de cette expérience.

Les talentueux taekwondo’in burkinabè, nous en disposons à profusion. 

B24: Comment vous vient l’idée de la création de «Diaspora taekowondo club » ?

A.T: Je suis de ceux qui estiment qu’il ne faudrait pas attendre l’appel du pays pour le servir. Mon expertise réside dans les arts-martiaux, alors, je le lui rends car il est ma terre, celle de mes parents et de mes ancêtres.

Pour revenir à votre question, je vous dirais que la Côte d’Ivoire regorge de nombreux et talentueux « tireurs » ayant conservé leur nationalité burkinabè. A ce titre, ils sont de facto éliminés des compétitions organisées par l’instance ivoirienne du taekwondo. La seule alternative pour eux, s’ils désirent compétir en Côte d’Ivoire, serait à titre individuel. 

Nous avons trouvé juste et bon de servir notre pays, tout en gardant notre nationalité, à travers «Diaspora taekwondo club ». Nous entamons certaines démarches auprès de la Fédération burkinabè taekwondo. A notre grande surprise, une agréable surprise d’ailleurs, notre projet est plébiscité par les responsables de cette fédération qui nous adoptent et nous intègrent au nombre des clubs en lice chaque année dans la championnat de taekwondo.

Mais avant cette étape, en 2013 à l’occasion du Championnat du Monde de taekwondo qui se tient pour la première fois en Afrique et tout précisément en Côte d’Ivoire, nous, parlant de «Diaspora taekwondo club », nous marquons un grand coup avec un accueil.

Bien que ne compétissant pas, les taekwondo’in burkinabè vivant en Côte d’Ivoire ont été d’un soutien et d’un accueil jugé plus que chaleureux par la délégation burkinabè composée d’athlètes et d’officiels. Le mariage est donc vite scellé et la participation de «Diaspora taekwondo club » au championnat burkinabè de taekwondo va passer de l’étape de projet à sa réalisation l’année qui va suivre.

En 2014, donc, nous recevons à notre grande surprise une invitation de la part de la Fédération burkinabè de taekwondo à competir au championnat au pays, avec tous frais payés.

Avec Me Bassolé Jean, Burkinabè vivant en Côte d’Ivoire, ceinture noire 5ème Dan également, nous lançons la sélection.

Pour un coup d’essai, ce sera un coup de maître. Nous partons avec 4 athlètes, 2 filles et deux garçons et nous décrochons 2 médailles d’argent. Nous bonifions nos performances en 2015, 2016 et 2017.

C’est l’occasion pour moi de rendre un hommage à Me Koussoubé, anciennement secrétaire général de la Fédération burkinabè taekwondo, Me Daouda Nikiema avec l’ensemble de leur équipe qui ont pesé lourd dans le plaidoyer visant à nous intégrer au Burkina Faso. Mes encouragement et remerciement vont également à l’endroit de Me Timbo Zongo, l’actuel président de la Fédération burkinabè de taekwondo.

Je les salue pour leur engagement et leur dévotion à la cause de cet art-martial au Burkina Faso et au profit de tous les Burkinabè sans distinction de lieu de résidence.

Nous mettons à la disposition de notre pays, nos athlètes pour les compétitions internationales au sein de l’équipe nationale burkinabè de taekwondo. Je pense que c’est là que nous attendons davantage de notre fédération.

B24: Votre mot de fin….

A.T: Je donne cette interview dans un contexte assez pénible et douloureux pour mon pays, le Burkina Faso. Je fais allusion à l’attentat et la perte de l’honorable Salif Diallo en l’espace d’une semaine.

La diaspora burkinabè en Côte d’Ivoire et dont j’en suis un modeste  membre est attristée au même titre que nos compatriotes à qui nous souhaitons de rester dignes, unis et forts. A la classe politique burkinabè, j’adresse mes sincères condoléances à la suite de la disparition du président de l’Assemblée Nationale.

Interview réalisée par Kouame L.-Ph. Arnaud KOUAKOU

Burkina24



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